" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 6 janvier 2020

La Noël '44 de Ginette Bourgeois, originaire de Steinbach






En décembre 1944, Ginette Bourgeois, originaire de Steinbach quitte Bastogne   avec son frère André, séminariste, pour se diriger vers Marche-en-Famenne, quand ils sont bloqués à Bande. ( …) Je suis donc parti avec André, en uniforme, et nous avons rejoint un groupe de neuf ou dix personnes menées par un abbé nommé Musty. ( …) Les Américains étaient éparpillés tout au long de la route. Nous, on se contentait d’avancer sans parler. Nous avons marché pendant deux jours jusqu’à Bande (37 kilomètres). (…) J’ai été recueillie par la famille Pierre avec laquelle j’ai assisté au retour des Allemands dans le village. La vielle de Noël, nous sommes allés à la messe de 10 heures. Nous sommes restés à l’église plus tard que d’habitude pour nous tenir éloignés des Allemands. André s’est retrouvé face à un Allemand qui l’a emmené avec un autre jeune homme. Mon frère est parti en pantoufles parce qu’il avait de ampoules aux pieds. (…) Quelques jours plus tard,  un des 35 réquisitionnés, Léon Pralle, est réapparu au village. Il a raconté comment les 34 autres avaient reçu une balle dans la tête et comment il avait assommé un soldat avant de prendre la fuite. Au retour des Américains, Léon Pralle a conduit le bourgmestre et seulement quelques hommes au charnier. J’ai toujours regretté de ne pas avoir pu reconnaitre André … C’était une époque où l’on était encore très obéissante.
Je suis tombée dans les bras de mon père un dimanche de janvier ’45 en sortant de la messe. Une fois le village de Steinbach libéré, il était monté le jour même à Bastogne (24 kilomètres) pour nous retrouver à Bande (37 kilomètres) quand il a su que je m’y trouvais, seule. Avec mon père et l’abbé Musty, on a rapidement quitté Bande à bord d’une voiture militaire américaine qui avait accepté de nous conduire à Bastogne, libéré, mais totalement détruite. On a tout de suite enchaîné à pied vers Steinbach. A la nuit tombée et alors qu’il faisait tout blanc de neige, papa a perdu son chemin. Par chance, on a trouvé une meule de foin dans laquelle on a fait un trou pour passer la nuit. Mon père fumait une cigarette, on disait une dizaine de chapelets, il fumait une cigarette, on disait une dizaine de chapelets. … Il ne fallait pas dormir, il faisait trop froid. On est arrivé le lendemain à la maison.
Quatre ans plus tard, je suis rentrée au couvent et j’ai choisi de m’appeler sœur Marie-André. Noël n’a plus jamais été Noël.

     Extrait d’un article paru dans le magazine « Le Vif » le 12 décembre 2019.






                           Déclarations de décès d'André Bourgeois et de Jules Noël







Un site sur le massacre de Bande :

https://bel-memorial.org/cities/luxembourg/bande/memorial_fusilles/bande_memorial_fusilles.htm

2 commentaires:

  1. Magnifique témoignage de ce que fut ce temps "hors du temps", l'apocalypse avant l'heure. Il mériterait d'être lu dans les écoles chaque 16 décembre.

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