" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 27 décembre 2019

Gustave Flaubert : " Un coeur simple "




L’histoire se déroule en Normandie au début du 19 ème siècle. Félicité est servante chez Mme Aubin.  « Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre et resta fidèle à sa maîtresse, – qui cependant n’était pas une personne agréable. »
Un jeune homme du bourg lui avait bien fait des avances, il fut même question de mariage puis il l’avait plantée là. Félicité porta toute son attention à Virginie, la fille de madame Aubin, jusqu’au jour où … Elle porta ensuite son affection pour Victor, son neveu mais le jeune homme partit pour les Amériques où il mourut de fièvre. Un jour, « il lui advint un grand bonheur : au moment de dîner, un nègre de Mme de Larsonnière se présenta, tenant un perroquet dans sa cage » Le volatile était plutôt un présent pour Mme Aubin mais elle s’en défit volontiers pour le confier à sa bonne.
Quelle trouvaille ! Gustave Flaubert et Félicie vont sublimer ce Loulou.

Cette nouvelle fait partie des plus belles pages de la littérature française. Aussi, il faut la lire avec précaution, avec respect, avec retenue ;  il faut surtout la lire lentement, pour ne rien rater.
Elle fait partie du triptyque de Gustave Flaubert connu sous le nom de « Trois contes ». Dans un autre article, je reviendrai sur l’un d’entre eux,  « La Légende de Saint-Julien l’hospitalier » qui est, à mes yeux, le plus beau texte parmi les centaines et les centaines romans que j’ai lus. Comprenez qu’il occupe la première place (sans doute indétrônable).

Mais revenons à cette autre merveille «Un cœur simple ». Il existe sur Internet, une version audio. La lecture y est bien adaptée, blanche. La voici :


Extraits :
 - Après les Polonais, ce fut le père Colmiche, un vieillard passant pour avoir fait des horreurs en 93. Il vivait au bord de la rivière, dans les décombres d'une porcherie. Les gamins le regardaient par les fentes du mur, et lui jetaient des cailloux qui tombaient sur son grabat, où il gisait, continuellement secoué par un catarrhe, avec des cheveux très-longs, les paupières enflammées, et au bras une tumeur plus grosse que sa tête. Elle lui procura du linge, tâcha de nettoyer son bouge, rêvait à l'établir dans le fournil, sans qu'il gênât Madame. Quand le cancer eut crevé, elle le pansa tous les jours, quelquefois lui apportait de la galette, le plaçait au soleil sur une botte de paille ; et le pauvre vieux, en bavant et en tremblant, la remerciait de sa voix éteinte, craignait de la perdre, allongeait les mains dès qu'il la voyait s'éloigner. Il mourut ; elle fit dire une messe pour le repos de son âme. Ce jour-là, il lui advint un grand bonheur : au moment du dîner, le nègre de Mme de Larsonnière se présenta, tenant le perroquet dans sa cage, avec le bâton, la chaîne et le cadenas. Un billet de la baronne annonçait à Mme Aubain que, son mari étant élevé à une préfecture, ils partaient le soir ; et elle la priait d'accepter cet oiseau, comme un souvenir, et en témoignage de ses respects. Il occupait depuis longtemps l'imagination de Félicité, car il venait d'Amérique ; et ce mot lui rappelait Victor, si bien qu'elle s'en informait auprès du nègre. Une fois même elle avait dit :—«C'est Madame qui serait heureuse de l'avoir !»

- Loulou, caché sous des roses, ne laissait voir que son front bleu, pareil à une plaque de lapis. Les fabriciens, les chantres, les enfants se rangèrent sur les trois côtés de la cour. Le prêtre gravit lentement les marches, et posa sur la dentelle son grand soleil d'or qui rayonnait. Tous s'agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes. Une vapeur d'azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique ; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements de son cœur se ralentirent un peu, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s'épuise, comme un écho disparaît ; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entr'ouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête.

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