" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

jeudi 24 octobre 2019

Le baron russe Ungern von Sternberg à Liège dans les années 1890. Un homme peu recommandable ...




 Le baron russe Ungern von Sternberg

A noter que ces deux photos d'identités sont parmi les premières a avoir été publiées dans le journal " La Meuse".

« La Meuse », vendredi 25 mai 1894 :

Qu’est-ce que ce baron Ungern von Sternberg ?
Ce héros de l’anarchie, n’est-ce pas un criminel de droit commun ?
Sa maîtresse avoue que c’est un scélérat de la pire espèce qui n’oserait pas rentrer en Russie.
Nihiliste, il l’était et c’est pour cette raison qu’il a dû quitter le pays des Tsars.
Mais n’est-ce pas aussi un vulgaire assassin ? Comme Ravachol, n’a-t-il pas tué pour doter l’anarchie d’un petit budget ?
N’a-t-il pas tué pour se payer les noces et festins qui le faisait remarquer des tous à Liége ?
N’a-t-il pas tué en Suisse pour tirer vengeance de parents qui refusaient de lui accorder la main de leur fille ?
On a émis des doutes sur la véritable personnalité du baron de Sternberg qui a été l’instigateur de l’attentat de Liége. Mais celui que l’on recherche est bien le baron et porte le nom de Sternberg. Son père habite encore à Saint-Pétersbourg, rue Maximilien 4/4.
Le baron de Sternberg ressemble étonnamment à Pranzini. La cédule du parquet de Liége indique qu’il est poursuivi pour dégradation d’édifices, détention d’engins explosibles, tentative d’assassinats contre la sûreté du royaume etc.
Le baron russe ne paye pas de mine. Nos lecteurs s’en souviendront par les portraits que nous avons publiés. Le jour de la visite du roi à la Manufacture d’armes et à l’Institut éléctro-technique Montéfiore, Sternberg se trouvait dans un des grands hôtels de la place Saint->Lambert. Il lia conversation avec un Liégeois, M.S…, qui fit cette remarque à un des employés de l’hôtel : « S’il arrivait quelque chose au Roi aujourd’hui, je dirais que c’est cet individu qui a fait le coup. » Le 27 avril, la veille du jour de l’attentat à Saint-Jacques, un voyageur a fait, sur une malle belge de Douvres à Ostende, la traverse en compagnie du baron Ungern von Sternberg.
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Sidonie Maréchal
Sidonie Maréchal a été l’amie et la confidente du baron von Sternberg. Cette fille a été servante pendant sept mois chez un industriel habitant la Bonne Femme. Elle satisfaisait entièrement ses maîtres. Elle a 18 ans, petite de taille et d’une beauté médiocre. Il se fait que Sidonie, conquise par les avances du baron, se jeta dans ses bras. Il ne fallut pas longtemps pour convertir Sidonie à l’anarchie qui devint une farouche « compagnonne ». C’était la période des attentats et elle dût assister  ou tout au moins mise au courant des ceux-ci.
(…)
Son amant ayant dû s’enfuir, Sidonie trouva une place de servante chez un honorable habitant de la rue des Champs. Ses employeurs à la Bonne femme enformèrent les autorités. La police de Grivegnée arrêta Sidonie qui déclara, entre autres :
   - Oui, je connais le baron. Il a été mon amant et je sacrifierais ma vie pour le sauver.
   - On a entendu des « boum-boum » à Liége, on en entendra encore, je vous le jure, et d’ici peu.
   - Je suis anarchiste de cœur et d’âme et j’applaudis aux actes de justice d’hommes énergiques comme mon amant.
   - Je n’ai plus besoin de travailler. Mon amant m’a assuré une pension mensuelle de cent francs.

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 " La Meuse", jeudi 24 mai 1894


Peu de temps avant les attentats, le baron von Sternberg offrit à souper, dans un des grands hôtels du Centre de la ville de Liége, à un de ses amis. Le repas fut pantagruélique et l’addition dépassait la centaine de francs car, comme d’habitude, on avait sablé le meilleur nectar de la veuve Clicquot. Coïncidence  vraiment singulière : la table voisine était occupée par deux messieurs qui soupaient également. Or, l’un d’eux n’était autre que M.M…, un des dynamités de 1892. Dynamitard et dynamité se coudoyaient sans le savoir.

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« La Meuse », mardi 22 mai 1894 
Van Sternberg était muni d’un passeport délivré en Russie. Il remit cette pièce à l’Hôtel de Ville de Liége lorsqu’il a fait sa déclaration de domicile. A son arrivée à Liége, il la déposa en garantie au propriétaire du Café de L’Université. Il n’avait pour tout bagage qu’une valise. Il ne possédait qu’un seul costume, une seule chemise, un col, une paire de manchettes, etc. Ce n’est que sur les instances de son propriétaire qu’il se fit acheter une seconde chemise.

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« La Meuse », lundi 21 mai 1894
Le baron Ernest von Ungern Sternberg serait né en Russie le 27 février 1867. Après s’être enfoui de Russie en 1892, il se brouilla avec sa famille et séjourna quelques temps dans les villes universitaires allemandes. De là, il se rendit en France et s’engagea dans les légions étrangères. Comme tel, il partit pour Alger. En 1893, après quelques mois de service, il déserta, gagna le Maroc, de là, l’Italie puis Strasbourg d’où il vint, le 2 novembre  dernier (1893). Il se disait étudiant en sciences et vivait de sa fortune personnelle. Il ne se fit cependant pas inscrire sur les registres de notre université et passait ses jours et une grande partie de ses nuits dans les cafés, où il faisait de grandes dépenses, sablant le champagne à tous propos et soldaient toujours la note de ses consommations. On lui attribua quelques largesses et maintes charités louables. Mais si l’argent coulait facilement pendant les jours qui suivaient la réception des sommes qu’il recevait par banques ou par la poste – de qui ? on l’ignore encore –, par contre il avait des moments de grande gène et était obligé de recourir au Mont-de-Piété et à des emprunts insignifiants. Il signait aussi des traites dont quelques-unes furent protestées.
Exclu de la colonie russe à Liége dans laquelle il avait voulu s’implanter, il fréquenta dès son arrivé en notre ville des jeunes gens aux convictions anarchisantes. Il parlait plusieurs langues : le russe, l’allemand, le français, le hollandais.

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* Il s’était trompé

D’après des renseignements transmis par un Liégeois qui s’engagea aussi dans les légions étrangères de France et qui servit en Afrique en même temps que Sternberg, il paraît certain aujourd’hui que le baron russe s’était trompé en déposant la bombe chez l’infortuné docteur Renson. Le Russe avait confondu rue de la Paix, 5 avec la rue du Parc, 5. Après l’explosion à l’église Saint-Jacques, les dynamiteurs dont Muller et le baron gagnèrent Maestricht où ils passèrent la nuit à l’hôtel de la Renaissance.

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* Le baron amoureux

Peu de temps après son arrivée à Liége, le baron remarqua la fille, fort jolie du reste, d’honorables commerçants d’une des rues du centre de notre ville. Presque chaque jour, il paraissait au magasin pour acheter d’ample quantités de … mettons de cigarettes russes … et de faire avec la jeune fille de longues conversations. Un jour, brusquement, il lui déclara qu’il était amoureux d’elle et lui offrit de l’épouser. La jeune fille répondit par un refus. Le lendemain, le baron se présenta en habit noir, cravate blanche, gants gris-perle et demanda à la mère la main de sa fille. Il était en possession d’une liasse de papiers démontrant sa noblesse et indiquant de nombreux châteaux en Pologne auxquels il aurait droit un jour. La brave femme, quelque peu ahurie, lui répondit que sa fille avait toujours manifesté une grande répugnance pour le mariage et tout ce qu’elle désirait le plus au monde était de rester dans le magasin auprès de sa mère. Bref, elle l’éconduisit, très poliment d’ailleurs.
- Prenez garde, dit le baron. Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez. L’an dernier, en Suisse, des parents ont aussi refusé la main de leur fille et le lendemain, tous deux étaient trouvés assassinés.
L’histoire d’assassinat, restée jusqu’ici inexpliquée, a été rapportée, il y a environ un an, par des journaux allemands.

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De nouvelles révélations sensationnelles à propos du baron russe ( suite 1 )
« La Meuse », samedi 26 mai 1894
Les travestissements du « baron ». Il est un fait certain c’est que ce rastaquouère se faisait une « tête » avec une merveilleuse faculté. Dans ce cas, Sternberg devait avoir à Liége une garde-robe montée, des perruques, des barbes, etc. Il faut croire qu’il avait un autre pied à terre à Liége ou dans une localité voisine.
 Von Sternberg aurait dit à sa maîtresse : «Voilà mon révolver, il y a une balle pour celui qui tentera de m’arrêter et une autre pour moi. » La capture du bandit, lorsqu’on aura déniché ses traces, ne sera pas chose aisée. Il est l’homme à vendre chèrement sa peau et à suivre l’exemple de Henry. D’un autre côté, on craint de ne pas le capturer vivant.
(…)
Les personnes qui l’ont connu à Bâle ( Suisse) sont persuadées que ses ressources lui étaient fournies par la police russe. Un journal socialiste de Bâle accuse le baron d’espionnage. Le baron feignait une grande admiration pour le Tsar.

- « La Meuse », vendredi 1 e juin 1894
On annonce qu’à Bruges, on a trouvé dans un hôtel une valise et une sacoche. Tout laisse supposer qu’elles appartenaient au baron Ungern von Sternberg qui voyageait aussi sous le nom de van der Daes. Ce van der Daes a séjourné à Bruges du 7 au 9 mai 1892 avec une femme et un enfant qui pourrait avoir un mois et demi.

- «  La Meuse », samedi 2 juin 1894
La police judiciaire d’Anvers a la certitude que le baron Sternberg se cache en ce moment à Anvers où il attend sans doute l’occasion de s’embarque pour l’Amérique. Le 25 mai, il était à Cologne. Après quoi il est rentré en Belgique et est passé par Gand et Bruxelles. On croit que l’arrestation du baron dynamitard n’est plus qu’une question d’heures. ( Précurseur)

- «  La Meuse », mardi 5 juin 1894

La police ne croit nullement que «  le  baron «  se déguisait de mille et une façon, comme certains l’affirment. Ce qui est certain, c’est qu’il se faisait fréquemment la barbe de différentes manières : il portait tantôt une simple moustache, tantôt une barbichette où se rasait complètement. Mais, à Liége, on le voyait éternellement avec les mêmes habits et on pourrait même dire la même chemise. Il n’avait pas non plus de sous-vêtements.

- « La Meuse », vendredi 8 juin 1894
On nous annonce que le baron russe s’est trouvé un jour de la semaine dernière à Ougrée. Il a écrit de cet endroit à la famille d’une des personnes détenues à propos des affaires anarchistes.
(…) Le fameux baron Ungern von Sternberg est Russe ou Polonais.

- « La Meuse », lundi 11 juin 1894 et les jours qui suivent

Une personne, digne de foi et très sérieuse, a vu de ses yeux vu – du moins elle le soutient - ces jours derniers le baron dans une maison d’une rue écartée de la ville.
D’après des aveux des anarchistes détenus, c’est bien le baron qui aurait placé les bombes chez M. Léo Gérard (le bourgmestre), au Théâtre et à Saint-Jacques.
Sidonie Maréchal, l’ancienne maîtresse du baron, continue de recevoir des lettres de lui. La dernière, datée du 11 juin, lui a été envoyée d’Anvers.

-« La Meuse », mardi 19 juin 1894
Le faux baron Sternberg. On sait maintenant, à la suite d’une enquête faite auprès de la famille Ungern von Sternberg, que l’anarchiste de Liége n’a rien de commun avec elle, mais qu’il est vraisemblablement en possession d’un passeport et de papiers ayant appartenu à un des membres de cette famille russe. ( voir la longue explication de la substitution de ces documents en page 2, première colonne). (…) le baron russe aurait été vu à Bâle à la fin du mois de mai derniersous les vêtements d’un mécanicien. Il se serait même rendu plusieurs fois au commissariat de police pour faire viser ses papiers ! D’autre part, une dame verviétoise aurait cru le reconnaître à Ostende où il se serait fait passer pour un Italien.

- « La Meuse », vendredi 6 juillet 1894
Le faux-baron Sternberg. Le journal La Libre Parole raconte que la Préfecture de Police de Paris sait que le faux baron Sternberg est en réalité un Juif-allemand nommé Meesen qui aurait été pendant longtemps à la solde du gouvernement allemand. Il aurait vécu à Bruxelles et à Liége sous le nom de Hartmann. Il s’occupait de courtage pour le pari mutuel. Vers la fin du mois de mai, il était à Paris.

- « La Meuse », mercredi 11 juillet 1894
Le baron russe. Sa prétendue arrestation. La Gazette de Francfort publiait hier un télégramme de Nisch en Serbie qui annonçait l’arrestation de fameux baron russe, le faux Ungern von Sternberg que les policiers russes avait fini par découvrir en cette lointaine localité.(…)

- « La Meuse », , vendredi 20 juillet 1894
On dit dans la Gazette de Bruxelles : « J’ai sous les yeux une pièce curieuse : le passeport du baron d’Ungern Sternberg dont se servait à Liége Cyprien Jaholkowski, le dynamitard si redoutable. Ce passeport, délivré en Russie, le 13 mars 1890 a été remis à Ernest baron d’Ungern-Sternberg. »

- « La Meuse », lundi 25 juillet 1894
L’introuvable baron. La nouvelle de l’arrestation du fameux baron russe en Serbie n’était décidément qu’une nouvelle fumisterie. Qui donc peut s’amuser à lancer de canards dans les journaux ? Ce ne peut être que le baron lui-même dans l’intention de dépister les recherches de toutes les polices de l’ancien et du nouveau monde. Impossible de réussir mieux !

- «  La Meuse «, mercredi 25 juillet 1894
La dynamite à Liége. Un canard de 100.000 francs. M. Lucas, voyageur de commerce à Bruxelles, s’est vu licencier par son patron car son nom se trouvait erronément nommé dans un article à propos des dynamitards de Liége. M. Lucas intente un procès au journal en question la Gazette de Bruxelles et réclame 100.000 francs de dommages-intérêts.

- «  La Meuse », 31 juillet 1894
M. le juge d’instruction Seny nous transmet la communiqué suivant : « Une récompense de dix mille francs est offerte à celui qui fera découvrir et arrêter Jagolthowsky Cyprien –Philippe, né le 27 avril 1865 à Boloff ( Russie) qui est venu résider à Liége depuis le 2 novembre 1893 jusqu’au 28 avril 1894, en prenant faussement le nom et le titre de baron Ernest d’Ungern Sternberg, né le 27 février 1867 en Russie. Il est prévenu de nombreux attentats à Liége au moyen d’explosifs.
( Note de 2019 : sachant qu’un numéro du journal « La Meuse » coûtait en 1894 10 centimes et 15 centimes le samedi, attendu que ce même journal coûte 1,80 euros aux jours d’aujourd’hui, on peut donc estimer que ces 100.000 francs de 1894 correspondent à pas loin de 2.000.000 d' euros).

- «  La Meuse », mardi 7 août 1894
( en résumant) On annonce que le fameux anarchiste venait d’être arrêté par des agents de la sécurité belge et livré à l’autorité russe à Nisch ( Serbie).  On le conduisit à Salonique. En attendant le départ du navire qui devait l’emmener, il fut écroué dans une cellule au consulat général russe. Mais notre homme réussit, pendant la nuit, à prendre la fuite et se réfugia à bord d’un navire américain. Le capitaine du navire refusa de livrer le prisonnier et son navire gagna la pleine mer.

- « La Meuse », vendredi 31 août 1894
Ce matin, le parquet a reçu confirmation de l’arrestation du baron russe. Il a été écroué à Saint-Pétersbourg. M. Seny a reçu plusieurs télégrammes à ce sujet. La question est de savoir si on accordera son extradition

- « La Meuse », lundi 5 septembre 1894
On connait le nom et l’adresse d’une autre maîtresse liégeoise du baron russe : Marie Vandel, 49 avenue d’Avroy à Liége.

 « La Meuse », lundi 24 septembre 1894
Et encore le baron russe. Il est le fils d’un fonctionnaire russe. Enfant, il fréquenta l’Ecole moyenne mais il s’en fit renvoyé pour inconduite et paresse. Lors de sa récente arrestation en Russie, le baron russe était, avec deux complices, en possession de bombes d’un genre nouveau et d’une grande quantité de dynamite expédiées de France. Ils complotaient tous trois un attentat contre le Tsar à Saint-Pétersbourg.


- « La Meuse », mercredi 19 décembre 1894
Des déclarations du « baron «  ont été déposées avant-hier au greffe de la Cour d’assises. Le baron ne dénie absolument pas qu’il soit anarchiste et partisan de la propagande mais il nie avoir exécuté l’attentat de la Paix et il accuse Muller d’en avoir été l’auteur. Il déclare qu’il déplore les « attentats ridicules «  qui ont eu lieu à Liége parce qu’ils compromettaient la réalisations de ses projets,à lui, qui ne tendaient à rien moins que de faire sauter les gazomètres de Liége, à plonger la ville dans l’obscurité et à poignarder ceux qui tomberaient sous les mains des anarchistes. La justice belge ne tient pas, d’après lui, tous les anarchistes du groupe liégeois. Les déclarations du pseudo baron ont causé grand émoi au Palais.

- « La Meuse », mercredi 26 décembre 1894

Pendant son séjour à la légion étrangère en Algérie, Cyprien Jagolkowsky se procura le moyen de fausser son identité en volant le passeport de l’un de ses compagnons d’arme, un Russe comme lui,  le véritable baron d’Ungern Sternberg, puis il déserta.




Merci au journal «  La Meuse » et à la bibliothèque de l’Université de Liège !

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En bonus :

- Les treize attentats à Liège au début de années 1890 :

https://catinus.blogspot.com/2019/10/treize-attentats-la-dynamite-liege.html

-  Un remarquable blog sur l’anarchie :

https://anarchiv.wordpress.com/

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