" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 19 mai 2019

Gustave Flaubert : " Madame Bovary "





Mariée à Charles, un médecin provincial bienveillant, Emma Bovary s’éprend de Rodophe, un vicomte, puis de Léon, un jeune clerc mais ces deux amours se révèlent être un échec. Emma s’ennuie. Elle rêve de mondanités pour sortir de sa vie monotone et se lance alors dans un style de vie romanesque qui exige plus d’argent que son mari ne peut lui apporter. Elle contracte donc d’importantes dettes auprès d’un commerçant peu scrupuleux. Tout aura donc échoué ; il ne lui reste plus que le suicide.

J’ai retardé autant que possible la lecture de ce « monument de la littérature française ». La raison principale est qu’il s’agit d’une histoire d’amour et que je déteste cela. Je fus servi et, comme je le craignais, je fus amèrement déçu par ces 400 pages.
Je suis content de l’avoir lu ;  encore une bonne chose de faite comme on dit dans ces cas-là. Je n’ai pas envie d’aller plus loin dans ma « critique », car je n’ai pas l’envergure ni le goût d’argumenter sur l’œuvre de Gustave Flaubert. Juste terminer par dire ceci : la longue nouvelle « La légende de Saint-Julien l’hospitalier » de Monsieur Flaubert est le livre que je classe numéro UN dans tout ce que j’ai lu, toutes catégories confondues ( j’en sais qui ricanent dans leur barbe …).


Extraits :

L’hôtesse prit la défense de son curé :
– D’ailleurs, il en plierait quatre comme vous sur son genou. Il a, l’année dernière, aidé nos
gens à rentrer la paille ; il en portait jusqu’à six bottes à la fois, tant il est fort !
– Bravo ! dit le pharmacien. Envoyez donc vos filles à confesse à des gaillards d’un tempérament
pareil ! Moi, si j’étais le gouvernement, je voudrais qu’on saignât les prêtres une fois par
mois. Oui, madame Lefrançois, tous les mois, une large phlébotomie, dans l’intérêt de la police
et des mœurs !
– Taisez-vous donc, monsieur Homais ! vous êtes un impie ! vous n’avez pas de religion !
Le pharmacien répondit :
– J’ai une religion, ma religion, et même j’en ai plus qu’eux tous, avec leurs momeries et leurs
jongleries ! J’adore Dieu, au contraire ! Je crois en l’Être suprême, à un Créateur, quel qu’il soit,
peu m’importe, qui nous a placés ici-bas pour y remplir nos devoirs de citoyen et de père de
famille ; mais je n’ai pas besoin d’aller, dans une église, baiser des plats d’argent, et engraisser de ma poche un tas de farceurs qui se nourrissent mieux que nous ! Car on peut l’honorer aussi bien dans un bois, dans un champ, ou même en contemplant la voûte éthérée, comme les anciens. Mon Dieu, à moi, c’est le Dieu de Socrate, de Franklin, de Voltaire et de Béranger ! Je suis pour la Profession de foi du vicaire savoyard et les immortels principes de 89 ! Aussi, je n’admets pas un bonhomme de bon Dieu qui se promène dans son parterre la canne à la main, loge ses amis dans le ventre des baleines, meurt en poussant un cri et ressuscite au bout de trois jours : choses absurdes en elles-mêmes et complètement opposées, d’ailleurs, à toutes les lois de la physique ; ce qui nous démontre, en passant, que les prêtres ont toujours croupi dans une ignorance turpide, où ils s’efforcent d’engloutir avec eux les populations.

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M. Rodolphe Boulanger avait trente-quatre ans ; il était de tempérament brutal et d’intelligence perspicace, ayant d’ailleurs beaucoup fréquenté les femmes, et s’y connaissant bien. Celle-là lui avait paru jolie ; il y rêvait donc, et à son mari.
– Je le crois très bête. Elle en est fatiguée sans doute. Il porte des ongles sales et une barbe de trois jours. Tandis qu’il trottine à ses malades, elle reste à ravauder des chaussettes. Et on s’ennuie ! on voudrait habiter la ville, danser la polka tous les soirs ! Pauvre petite femme ! Ça bâille après l’amour, comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine. Avec trois mots de galanterie, cela vous adorerait, j’en suis sûr ! ce serait tendre ! charmant !... Oui, mais comment s’en débarrasser ensuite ?
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Alors, par tendresse subite et découragement, Charles se tourna vers sa femme en lui disant :
– Embrasse-moi donc, ma bonne !
– Laisse-moi ! fit-elle, toute rouge de colère.
– Qu’as-tu ? qu’as-tu ? répétait-il stupéfait. Calme-toi ! reprends-toi !... Tu sais bien que je t’aime ! viens !
– Assez ! s’écria-t-elle d’un air terrible.
Et s’échappant de la salle, Emma ferma la porte si fort, que le baromètre bondit de la muraille et s’écrasa par terre.
Charles s’affaissa dans son fauteuil, bouleversé, cherchant ce qu’elle pouvait avoir, imaginant une maladie nerveuse, pleurant, et sentant vaguement circuler autour de lui quelque chose de funeste et d’incompréhensible.
Quand Rodolphe, le soir, arriva dans le jardin, il trouva sa maîtresse qui l’attendait au bas du perron, sur la première marche. Ils s’étreignirent, et toute leur rancune se fondit comme une neige sous la chaleur de ce baiser.
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Au bout de quelques minutes, Rodolphe s’arrêta ; et, quand il la vit avec son vêtement blanc peu à peu s’évanouir dans l’ombre comme un fantôme, il fut pris d’un tel battement de cœur, qu’il s’appuya contre un arbre pour ne pas tomber.
– Quel imbécile je suis ! fit-il en jurant épouvantablement. N’importe, c’était une jolie maîtresse !
Et, aussitôt, la beauté d’Emma, avec tous les plaisirs de cet amour, lui réapparurent. D’abord il s’attendrit, puis il se révolta contre elle.
– Car enfin, exclamait-il en gesticulant, je ne peux pas m’expatrier, avoir la charge d’une enfant.
Il se disait ces choses pour s’affermir davantage.
– Et, d’ailleurs, les embarras, la dépense. Ah ! non, non, mille fois non ! cela eût été trop bête !

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