" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 10 juillet 2018

La vie liégeoise au XVIII ème siècle




Panorama de Liège au XVIII è siècle


La Meuse en Avroy en 1740


Article de Carlo Bronne, paru dans la « Vie wallonne, revue illustrée » du 2 ème trimestre 1954, pp 71 à 76
Résumé.

«  Comme le ciel redevient clair après l’orage, le XVIII è siècle liégeois est tout accalmie et douceur de vivre. Le vent des révoltes est tombé, le tonnerre des combats s’est tu : pendant quatre-vingt ans, la paix va revenir, permettant à la ville d’embellir, à la bourgeoisie de s’enrichir, aux mœurs de se policer. Le nouveau prince-évêque, Jean- Clément de Bavière, est fasciné par l’éclat de Versailles. Il n’était pas favorisé par la nature. S’il faut en croire Saint-Simon, il était « fort bossu par derrière, un peu par devant mais point du tout embarrassé de sa personne ni de ses discours ». Prodigue, « un peu ratier et bouffon, il était aussi peu cérémonieux que possible ». Un jour, le premier d’avril, il avait fait annoncer qu’il prononcerait lui-même le sermon. Avec gravité, suivi de toute sa maison, il se dirigea vers la chaire, y monta et attendit que le silence fut complet. Alors, éclatant de rire, il cria : « Poisson d’avril ! » et dégringola les escaliers tandis que la musique et timbale se déchaînaient et que les fidèles se regardaient avec stupeur.
(…)
Un avocat hollandais, grand collectionneur d’estampes et d’épitaphe, s’émerveilla, dès 1705, des surprises que Liège lui réservait. Au monastère Saint-Laurent, on lui montra dans de vastes tiroirs de précieux habits pontificaux brodés d’or, de perles et de pierres, et puis des vases et des croix, des mitres, des missels. Au Collège des Jésuites Anglais ( devenu plus tard l’hôpital des Anglais), il parcourut les jardins en terrasses ornés de cadrans solaires et de statues de souverains britanniques.
(…)
Afin de dégager le Perron avaient été démolies les maisons voisines : la Folie, le Cornet, la Roulette, le Pot d’étain, la Baleine et les Trois roses. La Féronstrée fut plusieurs fois aérée par le recul de la façade de l’église St-Georges et la destruction des masures branlantes. Non loin de là, venait d’être bâti l’hôtel d’Ansembourg. Rue des Célestines, le baron de Crassier s’était fait construire une demeure assez vaste pour abriter les soixante-deux camées et les trois mille huit cents pièces de son médailler, sa galerie de peintures et sa bibliothèque qui renfermait la première Bible de Gutenberg et l’évangéliaire de Notger. Le 23 mars 1734, le feu prit soudain au Palais ; quand on put le maîtriser, il ne restait rien du portail d’entrée et de l’aile faisant face à la cathédrale. On se préoccupait d’aménager des perspectives et des promenades. Deux quais de pierre, plantés d’arbres, longeaient la Meuse au faubourg d’Avroy et au faubourg St-Léonard. On alla jusqu’à éclairer les rues - innovation sensationnelle ! – au moyen de lanternes suspendues. Non seulement les intérieurs se faisaient plus douillets mais les divertissements du dehors devenaient moins rudes.
Ce n’était pas l’avis du baron de Poellnitz, proche de Frédéric 1er de Prusse. Il dit « Les plaisirs de Liége consistent à boire. Il y a peu de société parmi les femmes et les hommes sont beaucoup au cabaret. On y a de bon vin de Bar et de Bourgogne et de la bière encore meilleure. L’un et l’autre n’étant pas bien chers, les Liégeois s’en donnent à cœur joye. Comme ils ont d’ailleurs la tête fort chaude et qu’ils sont de grands parleurs, railleurs et médisants, il arrive que leurs festins finissent comme les Comédies Italiennes. On accuse les Liégeois d’être peu sincères et on les appelle les Italiens des Pays-Bas. Ils sont ivrognes, querelleurs et vindicatifs … Ils aiment les procès et la chicane. J’avoue que de toutes les nations que j’ai pratiquées, il n’en est point pour qui j’aye moins d’estime… Je ne parle que du gros des Liégeois qui m’ont paru tels que je les dépeins. Si je leur fais tord, je leur en demande pardon. »

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