" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 9 juillet 2018

Jean d'Ormesson : " Au revoir et merci "




Cet essai date de 1966. Le « jeune homme » nous parle de sa famille et de lui-même - avec des longueurs certaines, si j’ose -. Il y aborde abondamment d’autres thèmes : sa jeunesse, ses études, la recherche de l’ouverture d’une carrière - mais où ?- ; il s’attarde peu sur son épouse, son mariage, sa fille Héloïse ( un jardin secret ?) .  Et encore, sans retenue, il nous raconte : son père, nous parle de l’art, des artistes, de ses nombreux voyages, en Italie par exemple. Beaucoup de choses encore sur l’argent, l’amour, Dieu, … et , pour terminer : l’univers.

Il reste, comme toujours chez Jean d’O, des pépites, de petites perles.

Extraits :

- Vieillir est, jusqu’à ce jour, et pour un bon bout de temps j’imagine, le seul moyen de ne pas mourir.

- La philosophie, pour reprendre la formule de Renan est « la plus ennuyeuse des sciences inexactes ».

- Et dans les instants de découragement qui faisaient précisément partie de ce tempérament de nerveux et qui succédaient trop souvent des exaltations illusoires (François-Régis Bastide et beaucoup d’autres devaient reconnaître plus tard dans ce caractère sinusoïdal, en dépit de mon scepticisme, le type même des Gémaux), je me répétais, au fond des larmes que, parmi tant d’autres, je n’étais presque rien.

-  Un patron me définit aimablement, mais non sans justesse, comme un « intellectuel de nursery ».

-  « Comment va votre confrère Untel ? » - « Oh ! à moitié gâteux » - « Ah ! il va mieux ! »

-   Fauchés, ils demandaient à un chauffeur de taxi stupéfait : «  Donnez- nous-en pour trente-sept francs dans la direction de Saint-Séverin ».

-  Ecrire, en tout cas, ce n’est pas pour soi, comme le prétendent les menteurs et les benêts, écrire c’est pour les autres, c’est être jugé, c’est se précipiter au-devant des jugements de lecteurs, des critiques, dans les meilleurs des cas pour la postérité.

- On raconte que sur le mur d’une école, tracé à la craie, s’étalait le faire-part classique : « Dieu est mort ! signé : Nietzsche », et qu’une main pieuse ou prudente ou simplement soucieuse d’équilibre avait barré l’inscription et avait écrit au-dessous : «  Nietzsche est mort ! signé Dieu ».

- Allons ! encore un effort. Encore quelques petites choses ridicules et sublimes pour les plaisirs de Dieu dans ce monde inutile. Et puis au revoir et merci. Monde inutile, ridicule, sublime. Toute ma vie, jusqu’à la mort, je me demanderai quoi faire. Quoi faire ? Voilà, je me suis présenté. Un certain appétit pour la gloire, à défaut pour la publicité, ni beau ni laid, bonnes études, bonne santé, plus d’argent que la moyenne, vie sexuelle normale, toujours bourgeois, trente-huit ans. Salut et fraternité. Allez, au revoir – et encore merci.

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