" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 29 juillet 2018

Georges Simenon versus le football



                                              Georges Simenon et sa fille Marie-Jo

" J’ai dit souvent ma position devant le nationalisme, tous les nationalismes, quels qu’ils soient, et qui nous valent de temps en temps « la dernière guerre ». J’ai vécu deux « dernières guerres ». J’espère ardemment ne pas en vivre une troisième.
Or, lorsque je regarde à la télévision la foule qui assiste à un match de football, lorsque j’écoute les commentaires, lorsque je lis le lendemain les compte-rendus du match, je m’aperçois que le nationalisme n’a jamais été aussi vigoureux qu’aujourd’hui, en dépit de toutes les conférences internationales et tous les organismes créés pour réunir les peuples.
Ce qui me frappe, c’est que le nationalisme du football a quelque chose de particulier. Les équipes qui s’affrontent de pays à pays, pour quelque coupe des clubs, d’Europe, du monde, que sais-je, et qui font hurler les foules au nom d’un pays auxquels ses équipes appartiennent soi-disant, sont des équipes d’étrangers au pays qu’ils sont censés représenter et qu’on achète et qu’on vend comme de la marchandise.
Autrement dit, un milliardaire d’un pays quelconque pourrait se payer une équipe constituée uniquement des plus grands champions du monde.
Cela n’empêcherait pas la foule de hurler, comme elle le fait d’habitude, et de considérer cette victoire comme celle de son pays.
Dans mon esprit, qui est peut-être obtus, lorsqu’il y a compétition internationale, les joueurs devraient tous appartenir au pays qu’ils représentent. Sinon, ce n’est qu’une question d’argent.
(…)
A chaque match international, on déplace vingt ou trente mille supporters pour applaudir, hurler, descendre parfois sur le terrain et donner des coups, au nom de leur patriotisme, sans se rendre compte, je l’espère, que leur fameuse équipe est en réalité composée de la moitié, sinon plus, de joueurs achetés un peu partout, quand ce n’est pas dans le camp de leur adversaire.
Je pourrais également parler de l’instinct grégaire, mais ce sera décidément tout pour aujourd’hui … "


                      Georges Simenon dans sa « Dictée » intitulée «  Tant que je suis vivant ».



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