" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 13 mai 2018

Jean d'Ormesson : " Du côté de chez Jean "





Ah ! que voilà encore un beau livre de Jean d’O ! Certains diront : « il parle encore de lui ». Certes, mais qu’est-ce qu’il parle bien de lui … et de nous, in fine. Un essai sur sa vie - alors qu’il n’avait que 34 ans puisque publié en 1959- . Pas loin de 200 pages, constituées par, pourrait-on  dire, quinze dissertations : « de ma bêtise », « de la contradiction », « de l’égoïsme », «  de l’argent », «  du sommeil et de la paresse », «  de l’amour et des femmes », etc.
Un bijou dans le genre !

Extraits :

- Ma stupidité m’atterre. Je m’en consolerais aisément si j’étais très beau ou très riche. Mais, d’une allure médiocre et d’une fortune moyenne, je m’inquiète de me sentir en outre, incapable d’être Dante, Aristote ou saint Paul. Ce n’est pas que j’attache une importance particulière à fonder des religions ou à écrire des métaphysiques. Se promener en yacht ou ne rien faire me semble infiniment plus plaisant. Mais il faut bien tenter, d’une façon ou d’une autre, de se distinguer de ses pareils. Rien de plus ennuyeux que l’anonymat lorsqu’il n’est pas volontaire ; mener la vie de tout le monde est évidemment insupportable.

-  Que deviennent les problèmes quand on les ignore ? Ils disparaissent. Ah ! que voilà une jolie méthode pour résoudre la quadrature du cercle et les scrupules de la conscience.

-  (…) cette putain saoule qu’est la pensée.

-  « Fais ce que tu veux ». Chaque instant est séparé des autres. Je suis seul au monde. Les actes n’ont pas d’avenir. Le passé est fini. Demain est un autre jour. Rien n’a d’importance. Fais ce que tu veux. Sans doute, tout cela est faux. Mais qu’importe ? Je ne suis qu’un fantoche qui va au gré des vents.

-  Quand je regarde le soleil dans un ciel sans nuages, je ne me pose plus de questions. Dans ma vie sociale, l’amour du soleil joue un rôle, somme toute assez curieux. De me faire passer de temps en temps pour un parfait imbécile. Car, le temps qu’il fait occupe naturellement mon esprit sensiblement plus souvent qu’il ne convient à une intelligence normalement constituée. La place qu’il tient dans mes conversations paraît d’abord monstrueuse à l’individu que j’entretiens. Il se dit : « C’est un fou », puis : « C’est un crétin ».

-  Les femmes m’ennuient vite. Cela m’enchante. Je méprise assez ceux qui leur parlent pendant des heures. Même celles que j’aime parviennent aisément à me lasser. Elles ne m’intéressent guère que pour coucher avec elles et pour savoir - en gros- ce qu’elles pensent de leur mari, de leur père, de l’existence de Dieu et des plaisirs interdits.

-  L’ennui me vient rarement de moi-même ; il jaillit des autres, comme d’une ville assiégée, pour se précipiter sur moi. Je ne m’ennuie guère quand je suis seul : je lis, je rêve, je dors surtout, il m’arrive même de me promener. Mais quand les autres surgissent, ils veulent m’expliquer ce qu’ils pensent ou raconter ce qu’ils font. Alors, l’ennui me saccage.

-  A force de tout bousculer, tout est tombé en miettes. Il ne reste plus grand-chose debout. Et ce qu’on a voulu reconstruire ne nous paraît pas plus solide que les débris à terre. Une fois l’alexandrin brisé, le vers libre n’a pas été long, si j’ose dire, à nous casser les pieds.

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En bonus, Jean d’Ormesson invité de l’émission « Hep taxi ! » de la Rtbf :

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