" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 6 mars 2018

« A Bovigny en 1923, le curé Meyer ne mâche pas ses mots », par Marie-Hélène Dourte




  
                                                                        (*)
                                                     
« Monsieur le curé Meyer était Grand-Ducal. Il a exercé son sacerdoce de 1910 à 1927 à Bovigny. C’était un homme de grande taille et bien en chair. Il était assez sévère et ferme, bien que juste. Bref, c’était un brave curé. Un dimanche, alors qu’il en était arrivé au sermon de la grand-messe, il entendit des chuchotements et des rires étouffés à grand peine au fond de l’église : c’était quelques jeunes gens qui, voyant que notre curé (qui avait interrompu son sermon) s’apprêtait à les enguirlander, prirent aussitôt la poudre d’escampette. Et voici Monsieur le Curé qui descend de sa chaire de vérité et se dirige à grandes enjambées vers la sortie de l’église. Ne voyant pas nos lascars, il court jusqu’à l’entrée du cimetière (à Bovigny, le cimetière se trouve tout autour de l’église). Juste à ce moment-là, il tombe nez-à-nez avec d’autres jeunes gens qui, eux, arrivaient en retard à la messe. Il y avait Joseph Marenne, Alphonse Urbany, mon grand-père Alphonse Lemaire et Joseph Arnold, tous quatre âgés d’une vingtaine d’années. Derrière ceux-ci, suivait Urbain Batteux, qui lui approchait les 70 ans. Le curé Meyer, enragé parce qu’il n’avait pu mettre la main sur les bavards, passa sa colère sur les retardataires. Lorsque ceux-ci furent arrivés, il les toisa d’un regard mauvais, et, les poussant littéralement à l’intérieur, un à un, il dit, en les énumérant par ordre d’arrivée (avec un ton qui montait dangereusement) : «  Joseph Marenne, le premier…, les Alphonse, …, Arnold, … », puis, vociférant carrément, il apostropha le plus âgé qui suivait en boitant : «  Et toi, vieille bête que tu es et qui as déjà un pied dans la fosse ! » Sur ces paroles, le curé regagna sa chaire de vérité et on imagine aisément comment s’acheva le sermon. Avouez quand même qu’il s’agit là une bien curieuse façon d’accueillir  des fidèles … même s’ils sont en retard. A Bovigny, on en rit encore."


                                                                             Marie-Hélène Dourte

Extrait d’un article paru dans la revue «  Glain et Salm – Haute Ardenne », numéro 23, décembre 1985


(*) P.S. :  La photo ci-dessus n'est pas une photo du curé Meyer

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