" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mercredi 28 mars 2018

Beho en 1918 >>> la débacle



                                          Troupes allemandes en novembre 1918




« Des quelques centaines d’universitaires munichois cantonnés à Beho, il en restait quarante quand l’ordre de partir arriva. Les fugitifs avaient, en prévision de leur exode, fait argent de tout ce qui était en leur possession : chevaux, harnais, voitures, bêtes à cornes, essence, casseroles,  vivres, effets d’habillement, fusils, sabres, tout y passa. Les gens de Beho achetèrent à bon compte une foule de choses. Ce que les partants ne pouvaient vendre, ils le jetaient. On trouvait partout des fusils, des casques, des masques, des munitions.
(…)
Voici que des masses s’ébranlèrent comme au commencement de la guerre, mais dans un autre sens, honteux de leur œuvre, talonnés de près par les troupes alliés. Arrivèrent d’abord les prisonniers militaires faits par les allemands et occupés çà et là à divers travaux publics : Russes, Italiens, Serbes, etc.
Je ( - c’est l’abbé Simon, curé de Beho qui parle -) n’ai jamais vu un spectacle plus lamentable que ces convois de prisonniers. Voici, par exemple, environs 150 Italiens conduits par des Autrichiens. Ils viennent de Gouvy, où ce monde travaillait à la gare. Figures émaciées et hâves, yeux enfoncés dans les orbites, barbes et cheveux embroussaillés et roussis par la chaleur, sales, couverts de guenilles, de misérables sabots aux pieds, ces hommes se traînent plutôt qu’ils ne marchent. Ils semblent insensibles à tout ce qui les entoure. Ce sera miracle s’ils parviennent à réintégrer leurs pénates. Ceux qui les conduisent ne sont guère mieux conditionnés qu’eux. Chaque homme porte sur le dos un paquet de hardes et sans doute quelques vivres. Il y en a d’attachés à de petites voitures russes sur lesquelles on a entassé encore des paquets. En guise de courroies ou de chaînes, ils  se servent de loques nouées l’une à l’autre.
(…)
Après le défilé des prisonniers de guerre, se fut le tour des hommes du «  Landsturn » allemand (militaires de qualité inférieure) qui jusqu’alors avaient été cantonnés un peu partout dans notre province et au-delà.
(…)
Voici maintenant les hommes du front, puis l’artillerie, puis le Génie.
(…)
Ce qui me frappe le plus, c’était le nombre incalculable de chevaux qu’on emmenait. De grands défilés de bêtes à cornes également (tout ce qui n’était pas sorti de Belgique était considéré comme butin de guerre pour les troupes alliées).
(…)
Le temps était détestable. Sur la route, il y avait partout dix centimètres de boue.
(…)
On était en liesse à Beho. Le drapeau national flottait de nouveau au haut de la tour, beaucoup de maisons étaient pavoisées, les cuivres de l’ancienne fanfare faisaient  retentir de vibrantes brabançonnes. Beaucoup de jeunes gens, en possession de fusils allemands et de cartouches en abondance, s’amusaient à faire crépiter leurs armes à peu près toute la nuit.
(…)
Cependant, la joie commune devait être gâtée car d’anciennes haines couraient. On en voulait à ceux qui avaient trafiqué trop ouvertement avec les Allemands.
(…)
A Beho, comme partout, les exilés rentrèrent petit à petit, les uns fin 1918, les autres au commencement de 1919. Le premier combattant rentré fut un des fils Freres, que ses parents croyaient mort depuis longtemps. Ce fut une fête dans tout le village. »


                                                      Georges Benoit
qui s’est inspiré des récits de l’abbé Henri Simon, curé à Beho (1855-1931).
Extraits d’un très long article paru dans la revue «  Glain et Salm – Haute-Ardenne », numéro 58, juin 2003


Merci au centre de documentation de la " Vie Wallonne ", Cour des Mineurs à Liège  !

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