" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 30 mars 2018

Bien triste époque !




Ingres : " Vierge à l'hostie "


Le musicologue liégeois, Jean-Marc Onkelinx, donne des conférences à la bibliothèque des Chriroux. Elles s’intitulent «  les jeudis du classique ». Cette année 2017-2018, elles sont au nombre de 18 et sont délicieuses à souhait ( c’est gratuit il faut juste arriver à l’heure). Ce jeudi, je suis allé écouter celle nommée : «  Les Stabat Mater du XIII ème siècle à nos jours ». Monsieur Onkelinx nous a raconté cette anecdote. Alors qu’il donnait un cours à des jeunes gens, il demanda à son auditoire qui était le personnage représenté au centre de cette peinture d’Ingres. Personne ne put répondre (ne parlons même pas de l’«objet rond et blanc »). En insistant un peu, une voix, presque timide, osa murmurer : « Ne serait-ce pas Marie … ? ». Monsieur Onkelinx (qui est, je crois, agnostique) continua son exposé devant l’auditoire de ce jeudi : peu importe nos convictions, nos opinions, il est tout de même assez inquiétant de constater l’effondrement ( ou le désintéressement) des bases de notre culture occidentale. En art, que ce soit en peinture, en sculpture, en musique, si on retire tout ce qui a un quelconque rapport avec la religion chrétienne, il ne reste quasiment plus rien…

L’autre jour, je surpris un internaute déclarer qu’il se réjouissait que l’on balaye enfin la culture judéo-chrétienne. Il est vrai qu’il appartient à cette sorte de gens qui n’hésitent pas à cracher sur leurs parents, leurs grands-parents, leurs aïeux pour la simple raison qu’ils furent des catholiques plus ou moins fervents.

C’est assez ignoble !
C’est honteux !

Triste époque où l’on balaye d’un revers de main deux mille ans de civilisation !

jeudi 29 mars 2018

Roger Peyrefitte : " Les amitiés particulières "





En lisant ce long roman, on a l’impression que l’ histoire se déroule à une époque située à des années-lumière de nous alors que l’auteur situe son récit dans les années 1920, soit il y a à peine une centaine d’années. Il est vrai que nous sommes plongés dans un collège religieux d’un rigorisme extrême, destiné à forger le caractère d’enfants de l’aristocratie, de la haute bourgeoisie. Georges de Sarre, quatorze ans, peut compter sur l’amitié de quelqu’un de ses condisciples. Il s’éprend d’Alexandre Motier, douze ans. L’amitié est réciproque mais il faut sans cesse se cacher des Pères qui surveillent, et même plus …

Ce livre fut couronné par le prix Renaudot en 1945. Mauriac le qualifiera de «  dégoûtant ».


Roger Peyrefitte est qualifié de «  sulfureux ».  Il aimait dire: « Le soufre est mon élément naturel » ou encore « les hurlements, ça équivaut pour moi à des applaudissements ».
Peyrefitte s'est toujours, comme André Gide, proclamé pédéraste plutôt qu'homosexuel : « J'aime les agneaux, disait-il, pas les moutons. » dixit sa page Wikipédia. En outre, il est taxé d’antisémite.
Voici ce que a répondu un jour Jean d’Ormesson en s’adressant en public et devant les caméras à Roger Peyrefitte : « Il faut dire que si je vous fréquentais hier, c’est que je vous méprisais beaucoup moins qu’aujourd’hui ! »
Un autre écrivain déclara : «  On vous lira encore dans cent ans ! ». Ce qui n’est déjà pas mal, avouez. Oui, ce roman tient bien la route.

Extraits :

-  Ils lui rappelaient ce bon curé de campagne qui, ayant décidé d’établir un roulement pour les confessions de la semaine sainte, déclara en chaire qu’ils entendraient : le lundi, les menteurs ; le mardi, les voleurs ; le mercredi : les impudiques …, et s’étonna de ne voir personne.

-  Les occasions de péché sont si nombreuses – sept fois par jour pour le juste, a dit l’Ecriture ! - Et les enfants ressemblent si peu à des justes. Plus souvent encore que les hommes car ils ont à la fois plus de loisirs et plus d’observation, ils pèchent par la vue, l’ouïe, quand ils ne le peuvent de fait.

- Les enfants, dit-il en souriant, sont comme les chats : ils se méfient toujours et n’aiment personne. Mais on ne peut s’empêcher de les aimer.

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En 1964, Jean Delannoy a réalisé un film éponyme s’inspirant du roman de Roger Peyrefitte.
Voici un extrait significatif :

mercredi 28 mars 2018

Beho en 1918 >>> la débacle



                                          Troupes allemandes en novembre 1918




« Des quelques centaines d’universitaires munichois cantonnés à Beho, il en restait quarante quand l’ordre de partir arriva. Les fugitifs avaient, en prévision de leur exode, fait argent de tout ce qui était en leur possession : chevaux, harnais, voitures, bêtes à cornes, essence, casseroles,  vivres, effets d’habillement, fusils, sabres, tout y passa. Les gens de Beho achetèrent à bon compte une foule de choses. Ce que les partants ne pouvaient vendre, ils le jetaient. On trouvait partout des fusils, des casques, des masques, des munitions.
(…)
Voici que des masses s’ébranlèrent comme au commencement de la guerre, mais dans un autre sens, honteux de leur œuvre, talonnés de près par les troupes alliés. Arrivèrent d’abord les prisonniers militaires faits par les allemands et occupés çà et là à divers travaux publics : Russes, Italiens, Serbes, etc.
Je ( - c’est l’abbé Simon, curé de Beho qui parle -) n’ai jamais vu un spectacle plus lamentable que ces convois de prisonniers. Voici, par exemple, environs 150 Italiens conduits par des Autrichiens. Ils viennent de Gouvy, où ce monde travaillait à la gare. Figures émaciées et hâves, yeux enfoncés dans les orbites, barbes et cheveux embroussaillés et roussis par la chaleur, sales, couverts de guenilles, de misérables sabots aux pieds, ces hommes se traînent plutôt qu’ils ne marchent. Ils semblent insensibles à tout ce qui les entoure. Ce sera miracle s’ils parviennent à réintégrer leurs pénates. Ceux qui les conduisent ne sont guère mieux conditionnés qu’eux. Chaque homme porte sur le dos un paquet de hardes et sans doute quelques vivres. Il y en a d’attachés à de petites voitures russes sur lesquelles on a entassé encore des paquets. En guise de courroies ou de chaînes, ils  se servent de loques nouées l’une à l’autre.
(…)
Après le défilé des prisonniers de guerre, se fut le tour des hommes du «  Landsturn » allemand (militaires de qualité inférieure) qui jusqu’alors avaient été cantonnés un peu partout dans notre province et au-delà.
(…)
Voici maintenant les hommes du front, puis l’artillerie, puis le Génie.
(…)
Ce qui me frappe le plus, c’était le nombre incalculable de chevaux qu’on emmenait. De grands défilés de bêtes à cornes également (tout ce qui n’était pas sorti de Belgique était considéré comme butin de guerre pour les troupes alliées).
(…)
Le temps était détestable. Sur la route, il y avait partout dix centimètres de boue.
(…)
On était en liesse à Beho. Le drapeau national flottait de nouveau au haut de la tour, beaucoup de maisons étaient pavoisées, les cuivres de l’ancienne fanfare faisaient  retentir de vibrantes brabançonnes. Beaucoup de jeunes gens, en possession de fusils allemands et de cartouches en abondance, s’amusaient à faire crépiter leurs armes à peu près toute la nuit.
(…)
Cependant, la joie commune devait être gâtée car d’anciennes haines couraient. On en voulait à ceux qui avaient trafiqué trop ouvertement avec les Allemands.
(…)
A Beho, comme partout, les exilés rentrèrent petit à petit, les uns fin 1918, les autres au commencement de 1919. Le premier combattant rentré fut un des fils Freres, que ses parents croyaient mort depuis longtemps. Ce fut une fête dans tout le village. »


                                                      Georges Benoit
qui s’est inspiré des récits de l’abbé Henri Simon, curé à Beho (1855-1931).
Extraits d’un très long article paru dans la revue «  Glain et Salm – Haute-Ardenne », numéro 58, juin 2003


Merci au centre de documentation de la " Vie Wallonne ", Cour des Mineurs à Liège  !

mardi 27 mars 2018

Beho en 1900





                                                          L'église de Beho en 1910



                                           Douane à Beho au début du XX ème siècle


                                          La maison Meyer de Beho au début du XX è siècle


" En 1900, il n’y a à Beho ni chemin de fer, ni train, ni poste, ni télégraphie, ni téléphone. Les habitants,- soit les Behonais ou les Behotains- , s’ils veulent communiquer avec le monde, sont condamnés à faire le trajet de cinq kilomètres pour arriver à la station de chemin de fer à Gouvy. Il y a là-bas un bureau de poste, lequel fait en même temps office de bureau de télégraphie, de téléphone et de caisse d’épargne. On y trouve la douane, trois hôtels, des maisons de commerces, deux médecins, une sage-femme, un notaire, des loueurs de voitures, des foires aux bestiaux une fois par mois.
(…)
Il y a à Beho quelques maisons de commerce, lesquels trouvent en partie leur clientèle en Prusse, car les articles de consommation y sont plus chers qu’en Belgique. La situation de l’agriculture était misérable dans les années 1880. Depuis lors, on a fait des progrès considérables grâce aux engrais chimiques, aux prix élevés du bétail. Une certaine aisance se remarque, le luxe commence à être de la partie.
Une brigade de huit douaniers, presque tous wallons, est stationnée à Beho. On parle principalement la langue allemande, d’ailleurs beaucoup de gens sont originaires des villages prussiens environnants. Un cinquième de la population est de nationalité wallonne. La plupart des gens parlent les deux langues ou plutôt en parlent quatre, à savoir : le français, l’allemand, le patois allemand et le wallon. A l’église, les annonces se font dans les deux langues (français et allemand). Une fois par mois, le curé prêche en français, les autres fois, il le fait en allemand. En 1904, la population de Beho compte 483 âmes. Tous les habitants sont catholiques, sauf quelques-uns habitant le château de la Concession. De ces derniers, deux sont de religion grecque schismatique et cinq autres de religion protestante. Le bourgmestre de la commune de Beho est Michel Schmitz.
(…)

Jusqu’en octobre 1904, une seule école communale existe à Beho. Elle est fréquentée en tout dernier lieu par 115 enfants. Durant l’été de la même année, la commune fait construire un second bâtiment d’école avec deux salles de classe. Dès 1905, il y aura donc trois classes : la classe primaire des garçons qui est communale et les deux autres classes confiées à des religieuses de la « doctrine chrétienne de Nancy ». L’enseignement dans ces écoles se donne dans les deux langues.

(…)
Les cabarets sont au nombre de cinq, tous situés sur la route qui se dirige vers la Prusse, «  heureusement aucun d’entre eux ne se trouve aux environs de l’église » précise le curé Simon de Beho (…). Une société de musique instrumentale «  les échos des trois frontières » est érigée en 1904."
(…)

              Extrait d’un très long article signé Georges Benoit qui, pour ce faire, s’est basé sur des textes écrits par l’abbé Henri Simon, curé de Beho ( 1855-1931) ;
                 L’article est paru dans la revue «  Glain et Salm – Haute-Ardenne » numéro 58, juin 2003


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Le docteur Bernard (1822-1909)
Gaspard-Joseph Bernard a fréquenté l’école latine du curé Debra à Bovigny. Il devint docteur en médecine. Malgré ses 87 ans, il pratiquait encore la médecine. C’est en allant visiter un malade qu’il fut victime d’un accident. Un cycliste, qui venait derrière lui, l’effraya. En voulant l’éviter, il tomba. Cette chute provoqua une congestion cérébrale. Il meurt le même jour sans avoir repris connaissance.




Le bourgmestre Michel Schmitz ( 1844-1928)
Henri-Michel Schmitz fut bourgmestre pendant presque 25 ans. On lui doit notamment la construction de plusieurs églises, écoles et presbytère dans les cinq localités qui forment la commune. Ses funérailles furent célébrées à Commanster le mercredi 11 janvier 1928 en présence d’une cinquantaine d’ecclésiastiques.


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                                            Quelques abbés en 1906

dimanche 25 mars 2018

Echos de Bernardfagne, janvier-mars 2018




Voici, en lecture digitale, le dernier numéro en date des « Echos de Bernardfagne » janvier-mars 2018, soit la revue trimestrielle des anciens du collège Saint-Roch à Ferrières.
On y cause, entre autres, de l'année 1968 vue de St-Roch ; du professeur de philosophie émigré au Canada depuis des lustres : Richard Bodéüs ; du décès de l’ancien bourgmestre de Ferrières : Freddy Léonard, et même y apparait un article de la Gazette de Liège de 1907 fourni par votre serviteur (page 12  pour mes fans,  c’est dire si je suis passablement fier, là, pour le coup, hum !).

C'est par ici :


Bonne lecture !

vendredi 23 mars 2018

" Amon-nos-autes ", le journal clandestin durant la seconde guerre



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Amon nos-autes est un journal hebdomadaire clandestin fondé à Liège au début de janvier 1941.
Amon nos-Autes qui fait référence à une expression wallonne signifiant "chez nous" a été fondé dès les premiers jours de 1941. Le service d'impression fonctionnait depuis 1940 pour la reproduction d'autres journaux et de tracts clandestins.

Louise Haye, Marie-Louise Breeur, René Slootmackers, Jean Humblet, Eugène Beauduin et Félix Feron ont participé à la fondation de ce journal. Le premier numéro, tiré à 500 exemplaires, est daté du 7 février 1941.

Trois équipes se succèdent. La première équipe fonctionne de début janvier à mars 1941. Sur dénonciation de Coenen, un rexiste, l'irruption le 24 mars 1941 de la Gestapo dans le local où se faisait l'impression met fin à l'activité de la première équipe. Le personnel de l'impression et une partie du personnel de la distribution sont arrêtés : Louise Haye, Marie-Louise Breeur, René Slootmackers, Jean Humblet, Léopold Guy, Henri Hoybergen, Hélène Hoybergen, Léon Julsonnet, Adolphe Burhenne, Jeanne Delwaide et Simone Fréchier. Après les premiers interrogatoires, Félix Feron est arrêté le 1er avril, au domicile familial. Lily Lafnet est arrêté le même jour, Jeanne Wathar le 5 avril et Marguerite Lang le 9 avril.
La deuxième équipe est mise en place par Eugène Beauduin. Il avait été convenu qu'au cas où des collaborateurs d'Amon nos-Autes étaient arrêtés par la police allemande, les autres membres de l'organisation continueraient à faire paraître la gazette clandestine de manière à disculper les personnes incarcérées. La campagne menée contre les traitres du journal collaborationniste La Légia redouble d'ardeur. Après le troisième numéro, la situation s'avérait périlleuse. La deuxième équipe se mit donc au service d'un autre journal clandestin Le Courrier de la Meuse, auquel Jean Delville collaborait et servit d'agent de liaison.
La troisième équipe, groupée autour de Dieudonné Boverie, débute en juillet 1941. En janvier 1943, elle s'intègre à une organisation à plus grand rendement.




                                           Janvier 1942

                                                            Cliquez sur les images !



                                         Rétrospective et prévisions


                                           Lettre de Russie


                                               Amon-nos-autes, février 1942


                                                Seuls les traîtres ont le droit de manger !


                                            Comment on accueille les ouvriers belges en Allemagne


  Merci au centre de documentation de la Vie Wallonne, Cour de Mineurs à Liège

jeudi 22 mars 2018

Amélie Nothomb : " Attentat "





Epithane Otas est d’une laideur sans nom. Il tombe amoureux d’une comédienne (et ce n’est pas spécialement réciproque).
Well ! Cela confirme ce que je sais depuis plus de soixante ans : je suis allergique grave à toutes les histoires d’amour. Oublions donc le scénario d’Amélie. Heureusement, il reste des merveilles : trois pages d’éloge sur une des plus grandes découvertes de ces 100 dernières années : les boules Quies ;  une dizaine de pages sur les beautés du Japon, sans oublier quelques jolies sentences ici et là. Ce qui est déjà très bien pour un roman, qui date de 1997.


Extraits :

- Il y eut un temps où être puceau à vingt-neuf ans constituait un acte de foi. Aujourd’hui, personne ne pourrait y voir autre chose qu’une pathologie inavouable due à de sérieux troubles de la personnalité.

-  Ainsi la neige sanglote quand elle fond.

- Il faut vivre avec son temps. Au Moyen-Âge, je ne serais pas parti au loin sans enfermer ma bien-aimée dans sa tour ou dans une ceinture de chasteté, au XIX è siècle je lui aurais acheté une camisole de force. A présent, au nom de la sotte liberté individuelle, on ne peut plus recourir à ces procédés sages et sûrs. Si l’on veut contrôler les gens à distance, on doit le bombarder de télécommunications.

-  Ce bélître de bellâtre

-  Dieu appartient à celui qui y croit.

mardi 20 mars 2018

" Souvenirs de 1940 - 1945 " par Lucien Schmitz









Je suis né à Commanster en 1928 et j’avais six mois quand mes parents sont allés reprendre une petite ferme à Halconreux (Bovigny).
(…)
Depuis longtemps déjà, le Génie construisait une barrière, une ligne de défense, qui devait traverser depuis Courtil vers le Poncay et le Beleu entre Gouvy et Rettigny. Cette barrière se composait d’une double tranchée. A environ deux ou trois cents mètres de là, on construisit une triple rangée de piliers en béton armé d’un mètre cinquante de deux mètres de haut avec des fondations de plus d’un mètre. Entre les deux devait se trouver un champ de mines sur la route avec une chicane à faire sauter. Egalement une grosse barrière de poutrelles entrecroisées.
Tous les hommes qui le pouvaient allaient travailler à ces tranchées moyennant une rétribution de dix à quinze francs l’heure. Ceci était très apprécié car il y avait depuis cinq à six ans une crise très grave.
 (…)
C’est cette route où il y avait les trois croix en bois, au-dessus du cimetière de Courtil, que nous, gamins et gamines, comme on disait alors, de Halconreux ( six filles, six garçons) , devions parcourir quatre fois par jours pour aller à l’école, au catéchisme et à la messe du dimanche. Toujours à pieds par tous les temps, avec des culottes courtes, de gros souliers avec des clous et un fer au bout, sac au dos et caban noir pour la pluie, nous parcourions ces 4 fois trois kilomètres de chemins rocailleux et remplis de trous d’eau.
Tous les hommes mobilisés avaient déjà dû rejoindre leurs unités plusieurs fois en deux ans, car à tout moment il y avait des violations de frontière de la part d’avions et de détachements de soldats allemands.
(…)
Les bruits de guerre s’accentuaient de plus en plus et tout le village allait aux nouvelles chez le garde-champêtre, M. Hurdebise, qui était, je crois, le seul à posséder un poste de TSF (comme on appelait la radio, en  ce temps-là). Chaque jour, la famille se réunissait pour réciter le chapelet, à genoux sur une chaise, tournés vers le crucifix. Papa ou maman commençait et nous devions répondre. Et pas question de s’asseoir sur les talons encore moins de refuser.
(…)
Vint enfin la journée du dix mai. Toute la nuit, on avait entendu des déflagrations et des avions dans le ciel se laissaient voir. Les gens du village se concertaient : les uns voulaient partir, s’enfuir, les autres pas … Tous les villages récitaient ensemble chapelets sur chapelets. Il n’y avait plus que bougies et quinquets pour s’éclairer. Les premières lueurs du jour dans un beau ciel étaient déjà maculées par les avions et les détonations des ponts et de toutes les chicanes qui sautaient, les unes après les autres.
Nous avions le cœur qui chavirait, moi-même qui n’avais que douze ans. Mais on nous avait tellement parlé de la guerre et des « Boches », comme on disait, d’abord chez nos parents, puis à l’école où l’on nous imprégnait de patriotisme et où l’on apprenait la Brabançonne, la marche des Chasseurs Ardennais et bien d’autres.
(…)
Les derniers groupes de soldats qui avaient fait sauter tous les ouvrages repassaient pour rejoindre l’arrière. Vint encore une dernière équipe de nos fiers soldats avec de grosses tronçonneuses. Ils s’employaient à couper de gros arbres un peu partout pour barrer les routes.
(…)
 Les plus vieux qui avaient connu 14-18 s’écrièrent : «  Mais ce ne sont plus les kakis … ce sont des gris ! » C’étaient bien des Boches. Soudain, l’un monta sur une souche de bois coupée à un mètre de haut, puis un deuxième, puis un troisième firent de même et nous mirent en joue avec leurs mitrailleuses. Je crois que nous avons battu un record de vitesse et d’ensemble pour nous retrouver tous par terre.
(…)
 Les Allemands sont descendus dans le village pour réquisitionner les hommes afin de déblayer le bois des routes et aussi pour voler les chevaux qu’ils trouvaient.
( …)
Nous les enfants, on cherchait quand même à jouer. Mais alors, les avions allemands passaient si bas, nous terrifiant et nous faisaient chaque fois plonger dans les buissons d’épines ou dans tout autre abri pour nous cacher. Quelquefois, dans le ciel, les trop rares avions alliés nous effrayaient encore davantage…
On savait que le Roi des belges avait décrété la mobilisation générale mais il était trop tard, car tous ceux de chez nous qui ont voulu rejoindre l’armée sont tombés tout de suite sur des Allemands qui étaient déjà partout et ont dû rentrer chez eux en se cachant.
(…)
Nous passions notre temps à regarder les interminables colonnes de fantassins allemands qui passaient sur la grand-route de Sterpigny-Gouvy. (…) Cette vision dantesque, pendant des jours et de semaines, sans arrêt, nous avait déjà marqué pour la vie ; nous entrions tout doucement dans la guerre.
A présent, pour «  agrémenter » l’histoire journalière, voici qu’il nous était donné de voir des colonnes de nos pauvres prisonniers qui s’en allaient pour un séjour prolongé en Allemagne. Dans l’une de ces colonnes se trouvait Albert Clause de Halconreux qui passait à deux mètres à peine du seuil de sa maison, isolée sur la route de Sterpigny-Gouvy à 150 mètres du carrefour de Halconreux ; elle est d’ailleurs toujours là, occupée par son frère Théophile et Albert ne put même pas saluer sa maman.
(…)
On priait toujours pour que reviennent nos soldats et ceux qui avaient pu se soustraire à la grande rafle se cachaient, tandis que la grande masse des malchanceux faisaient route dans des camions à bestiaux et même à pied pour aller travailler dans la grande Allemagne pour des vacances forcées de 5 ans. Ca ne fut pas drôle pour eux.
(…)
Un service de carte de ravitaillement fut instauré. Avec ces cartes, on allait chaque mois à la commune recevoir des feuilles de timbres numérotées et de couleurs différentes, qui donnaient droit chez les commerçants à des rations de chaque marchandise. Conséquence directe du ravitaillement, le marché noir s’instaura tout aussi vite. On vit défiler tous les jours le flot des « quottieux », comme on les appelait alors, et en premier lieu les cousins de villes que l’on avait jamais vus. Il y avait aussi des malheureux qui avaient faim. Tous ces gens venaient de très loin. (…)
( …)
En 1942, une épidémie de diphtérie se déclara dans la région et, naturellement, j’en fus. Cela m’obligeait à un repos complet avec dix piqûres quotidiennes dans le ventre, un jour à gauche, le lendemain à droite. L’année suivante, début juin, ma plus jeune sœur et ma nièce qui habitait le village, contractèrent en même temps le typhus et furent sur le point de succomber avec des températures qui dépassaient les 41 °. Le Docteur Noël de Gouvy, qui était un homme bourru et dur, amis un excellent médecin, nous soigna tous très bien.
(…)

(….)

Terminé à écrire ce récit à Neuville en janvier 1994
                                                       Lucien Schmitz

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Extraits d’un très long article de 15 pages, paru dans la revue «  Glain et Salm – Haute Ardenne », numéro 41, octobre 1994


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En bonus, la marche des Chasseurs Ardennais :

lundi 19 mars 2018

Gouvy, Bovigny, Courtil, Commanster, Mont-le-Ban, Beho de 1960 à 1964 en vrac





                                                 L'abbé Raymond Delheylle, 50 ans plus tard

- 4 septembre 1960
M. l’abbé Raymond Delheylle, chapelain à Gouvy est nommé à Transinne
M. l’abbé André Charles, professeur au Petit Séminaire de Bastogne est nommé chapelain à Gouvy

- 18 février 1960
Une société de pêche vient de se former à Bovigny : « Les Pêcheurs du Glain ». Son président : M. Jules Hay, vice-président : M. Jean Lomry, secrétaire : M. Joseph Poncin, trésorier : M. Paul Dewalque. Membres : Jules Hurdebise, Joseph Colson, Georges Lambert

- 27 mai 1961
On annonce à Commanster la création d’un nouveau club sportif : l’Union Sportive Commanster. Le président en est M. Charles Gaspar

- 24 juin 1961
La suppression de tout trafic ferroviaire de chemin de fer Libramont-Gouvy et son remplacement par un service d’autobus viennent d’être décidés

- 31 mars 1962
A la Fraternelle des Chasseurs Ardennais, M. Roscius Catin vient d’être nommé président et M. Guy Remacle, vice-président

- 5 mai 1962
Complexe militaire de l’Otan : c’est Bovigny qui a été choisi pour son implantation

- Août 1962
L’école communale actuelle de Courtil devient l’école mixte pour les enfants de 8 à 14 ans. M. Charles Morsomme en devient instituteur en chef

- 2 mars 1963
Au conseil communal de Bovigny, à huis-clos, c’est le docteur Jacques Bastin qui a été chargé de l’inspection médicale scolaire

- 12 septembre 1964
Ce samedi, la paroisse de Mont-Le-Ban aura la grande joie d’assister à l’inauguration des orgues de l’église paroissiale Saint-Roch

- 3 octobre 1964
La station de contrôle technique des automobiles ouvrira ses portes au début du mois de novembre à Bovigny

-  31 octobre
Dimanche dernier, toute la paroisse de Gouvy s’est réunie pour fêter son pasteur M. l’abbé Zéler, à l’occasion de ses 25 années de prêtrise et ses 15 années passées dans la paroisse de Gouvy

- 19 décembre 1964
A Beho, suite aux élections communales, les élus des deux listes ont décidé de représenter la candidature de M. Morsomme aux fonctions de bourgmestre de la commune de Beho. Les deux échevins seront M.M . Kaiser et Yung

Sources : le journal L’Annonce de Vielsalm

samedi 17 mars 2018

Jean Teulé : " Héloïse, ouille ! "





La jeune adolescente et orpheline Héloïse est confiée par son oncle aux bons soins d’ Abélard , théologien et philosophe, pour parfaire son éducation. Héloïse se révèle être bonne élève y compris - et surtout !-  dans ces amours torrides qui ne vont pas manquer d’apparaître entre l’étudiante et son professeur. Faits historiques dans lesquels se rue Jean Teulé pour rédiger son roman.

Perso, j’ai tout particulièrement apprécié les 100 premières pages ( sur 334) .

Extraits :

* -  Ce n’est pas ma faute si je suis tombée sur des gros vits
   -  Ils étaient de quelle taille leur … à tous ces … ? Montre-moi.
   -  Je ne sais pas, moi. Et tout cas, quand ils se la tenaient d’une main à la base puis l’autre main au-dessus ça dépassait encore drôlement.

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*  Si c’est toi qui succombes avant moi,
    je veux être là pour t’enlacer.
                                ----
  D’accord mais défense d’en profiter pour
  me glisser une carotte dans le cul
                             ----
Pas une mais la botte entière puisque tu aimes ça, détraqué !
                              ----
Je suis bien obligé de subir tes perversités
Je t’ai dans la peau, vicelarde. Il y a des fois,
tu me fais honte. Je devrais te châtier
sévèrement, puis te sodomiser.
                           ----
A notre délire, mon amour ! Qu’on le vive toujours !
Et que dans mille ans, tous les amoureux
du monde se le racontent encore !

vendredi 16 mars 2018

Nous sommes en 2018. Pourquoi Jésus donne le tempo




Nous sommes en 5779 selon le calendrier hébraïque qui prend le point de départ la Genèse datée en l’an 3761 avant notre ère. A moins que nous ne traversions à peine l’an 1440 ? Pour les musulmans, l’Hégire, soit la fuite du prophète Mahomet à Médine en 622, marque  en effet l’origine des temps.
Au VI è siècle, Denys le Petit détermine que le Christ serait né en l’an 753 de la fondation de Rome. Calculs erronés car il se serait trompé de 4 à 6 années.
L’empire romain s’était effondré. Se référer à la création de Rome n’avait plus beaucoup de sens. A l’époque, qui maîtrisait le savoir, les sciences et les écritures ? Les religieux de l’église  chrétienne. Il est donc assez logique que la datation au départ de la naissance du Christ s’impose au monde occidental.

Au XVI è siècle, le calendrier grégorien avait accumulé au fil des siècles, un certain retard par rapport à l’année solaire. En 1582, le pape décide donc de remettre les pendules à l’heure : une bulle papale décrète qu’on supprime dix jours et qu’on passe ainsi du 4 au 15 octobre 1582. Et c’est dans cette nuit un peu singulière que la religieuse sainte Thérèse d’Avila a rendu son dernier souffle.

Des Liégeois originaux. Pendant très longtemps, l’année commençait le 25 décembre. C’est ce qu’on appelait le « style de Noël ». Mais certains irréductibles préféraient le « style de Pâques ». C’était le cas de la principauté de Liège qui, en 1229, a fait commencer l’année à Pâques, se différentiant ainsi de ses voisines jusqu’en 1333. Même si, à Namur, par exemple, on suivait les deux systèmes pendant tout le XIII è siècle. Durant certains mois, vous pouviez donc passer d’une année à l’autre en parcourant quelques kilomètres. Il fallut attendre le XIX pour que tout le monde s’accorde pour faire commencer l’année le 1 er janvier.

                                               Très largement inspiré d'un article paru dans " Le Soir "
                                                 le 8/11-17 , signé Elodie Blogie

jeudi 15 mars 2018

Liège en 1869



                                               Université de Liége en 1869


                                         Eglise Saint-Jean à Liège  



                                         






- «  La Meuse », lundi 25 janvier 1869
Sur les réclamations de plusieurs grenouilles de l’étang du jardin botanique, le patinage y est interdit …

- « La Meuse », lundi 8 mars 1869
On s’occupe à créer à Liége une école gardienne payante, calquée sur celles que la ville a établies gratuitement depuis quelques années d’après la méthode Froebel




- «  La Meuse » jeudi 11 mars 1869
Réclame.12 photos-miniatures pour 5 francs




- Samedi 27 mars 1869
La bonne adresse pour la complète libération du service militaire




- Samedi 10 avril 1869
La grève de Seraing




- Mardi 13 avril 1869
La commune de Seraing compte de 21 à 22.000 âmes

- Lundi 26 avril 1869
Les vélocipédistes commencent à se livrer en assez grand nombre à ce genre de locomotion sur nos promenades. Pour peu que ce moyen de locomotion se perfectionne encore, il détrônera le cheval






                                          Fontaine de la Tradition, place du Marché

- Mardi 11 mai 1869
Voici les endroits désignés pour l’érection des huit bornes fontaines




- Mercredi 16 juin 1869
A propos de la passerelle de Cointe. De l’avis de tout le monde, il était impossible de réaliser rien de plus laid

-  Jeudi 24 juin 1869
Spa va devenir la ville la plus morale de la terre. Nous apprenons que mesdames les cocottes viennent de recevoir l’avis qu’elles ne seraient plus reçues dans les salons de jeux

- Samedi 26 juin 1869
La ville de Liège est autorisée à livrer à la circulation le pont qu’elle a construit sur la Meuse vis-à-vis de la place dite « du pont Maghin »

- Mardi 13 juillet 1869
Un salon royal va être arrangé d’une façon permanente dans la station des Guillemins. Pareil salon manquait dans notre gare souvent traversée et visitée par nos souverains




-  Mercredi 5 septembre 1869
Navigation à vapeur sur le Meuse. Un service omnibus à Liége




Et tout particulièrement au quartier Sainte-Marguerite


- «  La Meuse », samedi 30 janvier 1869
     * Réclame de M. Célestin Rausin, appareils à gaz et eaux alimentaires



     * Machines à coudre, au 54 Mont St-Martin

- « La Meuse », mardi 3 avril 1869
Un aimable époux de la rue Firquet à Saint-Séverin a encore été mis au violon pour trop grands témoignage de tendresse envers sa moitié qu’il rossait de manière indigne

- « La Meuse », lundi 26 avril 1869
Nous avons l’honneur de vous annoncer qu’à date de la fin du mois de mai, l’Institut ophtalmologique sera transféré au faubourg Sainte-Marguerite n° 184. Le célèbre oculiste de Düsseldorf, le docteur Morren a bien voulu consentir à être le chirurgien en chef de l’établissement

- Samedi 7 août 1869
Grand tir international et Fêtes Liégeoises dans tout la ville. Au quartier de l’Ouest : ascension en ballon, concours de crâmignons, grand festival d’harmonie, spectacles et curiosités sur les places publiques, fête de nuit au local de Fontainebleau

- Mercredi 6 cotobre 1869
Hier, un ouvrier houilleur a été frappé de mort subite dans les travaux de la houillère La Plomterie à Sainte-Marguerite. Les hommes de l’art appelés en toute hâte n’ont pu que constater la mort de ce malheureux




- Samedi 6 novembre 1869
Un malheur est arrivé dans la houillère de Ste-Marguerite au sieur Charles Talbot 13 ans




-  Le 7 décembre 1869
«  A la cloche d’or », rue St-Séverin, 145 ( Porte Ste-Marguerite), grand assortiment de chapeaux


Merci au journal «  La Meuse »   !
Merci à la bibliothèque Ulysse Capitaine, en Féronstrée à Liège !

mardi 13 mars 2018

The Four Tops : " Bernadette "

A Gouvy, Limerlé, Steinbach, Courtil, Bovigny, Commanster, en vrac






 - Le duc Charles de Bourgogne, dit Charles le Téméraire (1433-1477) dîna et soupa le 29 août 1473 à Limerlé. Le lendemain, il dîna et soupa à Bastogne pour arriver en septembre au château de Luxembourg.

                In «  Voyages d’autrefois dans le Pays d’Arlon » par Jacques Vannerus.


-  Juillet 1933. Le groupe raphaéliste  de Courtil-Bovigny invite la population à participer le 28 juillet à la bénédiction de son drapeau et d’une croix monumentale. M. Léon Degrelle sera présent.

- 5 Juillet 1936. Ce jour a lieu l’inauguration de la «  Laiterie de Steinbach ».

- Le 3 juin 1951. Travaillant à la restauration des annexes du presbytère de Commanster, un ouvrier a découvert une pierre tombale du XVII è siècle. On peut lire sur celle-ci le nom de Henri-François Baptiste, ancien maïeur de Gouvy, échevin de la Haute-Justice du comté de Salm, décédé à Commanster en 1750.

-  Août 1955
Messieurs Fernand Burtomboy, Guy Colette et Firmin Schwinnen ont été nommés chefs-gardes à la gare de Gouvy.

dimanche 11 mars 2018

Georges Simenon : " Un nouveau dans la ville "






Un « roman américain «  de Georges Simenon.
Un étranger qui se fait appeler Justin Ward arrive dans un obscur patelin de l’Amérique profonde. Il s’installe dans une maison miteuse tenue par une femme acariâtre et évite toute conversation avec qui que ce soit. Il fréquente le bar de Charlie où il lit les journaux. Charlie découvre que son étrange client a certainement un passé douteux…

Une atmosphère lourde, malsaine tout au long de ce récit (un peu trop long à mon goût). Mais c’est toutefois du bon Simenon.


Extrait :

Je nous revois dans le coin de la salle, assis tous deux devant une table éclairée par une lampe à abat-jour rose.
«  - Tu  ne trouves pas ? Chess, que ce type exagère ? me dit la petite à un moment donné. Il ne cesse de me regarder. Il me dévore des yeux, sans se soucier que je sois accompagnée. »
  A deux tables de nous, il y avait un jeune homme assez quelconque, plutôt laid que beau, l’air maladif, et je dois avouer qu’il ne se montait pas le moins du monde inconvenant.
(…)
« - Il a de la chance en tout cas que tu ne sois pas de ceux qui envoient leur poing à la figure des gens pour moins que ça. » reprit-elle.
Et bien ! J’ai été lâche, et j’ai commis ce soir-là la plus vilaine, la plus basse action de ma vie. J’ai voulu épater cette gamine qui n’était rien. (…) Quelques jours plus tôt, j’avais entendu parler de l’ostracisme de la boite où nous étions à l’égard des Israélites. J’appelai le maître d’hôtel, pris mon air le plus dédaigneux, dis qui j’étais : le neveu d’un homme connu dans la ville.
« - Je m’étonne que vous ayez laissé entrer un Juif ici. (…) ». Du bout du menu, je désignai le jeune homme.
«  - Vous croyez qu’il est Juif ? »
Je n’en étais pas certain du tout (…).
« - Pas plus tard qu’hier, je l’ai vu sortir de la synagogue», fis-je.
Ce fut tout simple mais pas beau. Le maître d’hôtel s’est dirigé vers le jeune homme et s’est penché discrètement sur lui, lui a dit quelques mots à l’oreille. Tout de suite, l’inconnu m’a regardé et, dans ses yeux, je ne pouvais pas lire un reproche, mais un immense étonnement. Il se demandait pourquoi un jeune homme de mon âge se montrait si cruel avec lui, sans raison. (…) Sans lui laisser le temps de s’exprimer, on le conduisit vers le vestiaire et quelques instants plus tard la porte se refermait sur lui.