" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 20 février 2018

Léa Nivarlet : " Quelques souvenirs de la vie quotidienne au début du XX ème siècle à Rettigny et à Gouvy




                                           Brisy (Rettigny) d'antan


                                        Cherain dans le temps


Née à Rettigny le 21 avril 1899, orpheline de père et de mère à 12 ans, Léa Nivarlet fut recueillie par un oncle et, en 1920, elle épouse Jean Servatius, facteur des postes. Ils s’installèrent à Gouvy comme fermiers. Léa Nivarlet a consigné ses souvenirs dans 32 carnets.

«  J’ai seulement fait un quart d’école dans un petit village d’Ardenne.

 Quand j’étais jeune, nos grands-parents assistaient à deux messes le dimanche car c’était le jour du Seigneur. Après les Vêpres, les bonnes-mamans se rendaient à l’église pour faire le chemin de la croix et, le soir, elles allaient au Salut.

J’ai vu des parents dormir dans des clôses-foumes (alcôves) : c’était une sorte de lit encastré dans le mur de la chambre (pièce au rez-de-chaussée contigüe à la cuisine). Pendant le jour, on tirait une tenture.

On n’avait pas de conduite d’eau. C’était un puits profond de 20m. avec un tourniquet et une chaine qui amenait l’eau à la surface.

En 1908, l’école n’était pas obligatoire. En été, on allait garder les vaches car il n’y avait pas de clôture. En automne, on ramassait les pommes de terre et pour paiement, à la Toussaint, on touchait 5 francs.

En 1905. Voici l’hiver, point de chômage, point d’allocation ni de mutuelle pour les malheureux ouvriers. On les voyait le long des routes ; ils cassaient des pierres pour l’entretien des routes et dans leur besace, une tartine de sirop.

En 1902. Comme coiffeur, c’était un brave vieux qui coupait les cheveux pour Brisy, Rettigny, Cherain, Vaux, Sterpigny. (…) Tous les hommes étaient coiffés de la même manière qui s’appelait : à la brosse.

Avant 1912. Douleurs au dos ? On appelait la vieille Fifine, une femme du village. Elle vous mettait des ventouses avec des verres exprès, des sangsues qui vous suçaient le sang. La visite était gratuite.
Le soir, après le souper, on se mettait à genoux pour réciter le chapelet. Avant d’entamer le pain, on le signait d’une croix. A midi, quand sonnait l’Angélus, on s’appuyait sur son outil pour prier. Si on passait devant une chapelle, on disait : «  Loué soit Jésus-Christ ! »

Avant 1940 à Gouvy, j’ai hébergé des dizaines de mendiants. Je leur préparais des lits dans la grange. En hiver, il faisait froid, alors, ils dormaient dans les étables et, parfois, ils me volaient encore. Je disais à mon mari :   Ils sont si misérables ! »

J’ai gardé un domestique pendant vingt ans. Pendant la guerre, il fumait des feuilles de rhubarbe séchées.

Au début du siècle, le service militaire était obligatoire. A 20 ans, les jeunes hommes allaient à Houffalize pour aller tirer au sort un numéro. S’ils tiraient un bon numéro, ils étaient exempts de service militaire. Celui qui possédait de l’argent pouvait mettre un remplaçant. Pour 4 ans, il payait la somme de 1.000 francs. Il y en a qui restaient deux années sans revenir en congé. (en guise de référence, avant 1914, 1 kilo de viande coûtait 1F50)

Les poux des enfants ! Il y avait aussi des puces pour les sales personnes, c’était une bête noire qui suçait le sang. Alors, on disait ceci : «  La puce est très dévote : le matin, elle vous pique disant : lève-toi, fainéant, va entendre la sainte messe. Elle pique le riche comme le pauvre, l’ignorant comme le savant. »

Du vieux temps, eh ! bien, le papa disait à son fils qui voulait courtiser : «  regarde bien dans la cour de la fille ; si ses parents ont un gros tas de fumier dans la cour, tu peux y aller, fils ». Cela veut dire que ce sont des gros riches paysans.

Un vieux dicton populaire :
Voulez-vous être heureux un jour ? Soûlez-vous.
Durant trois jours ? Mariez-vous.
Durant une semaine ? Tuez un cochon.
Durant toute la vie ? Faites-vous curé ! »

Extraits d’un long article, signé Léa Nivarlet, paru dans la revue « Glain et Salm - Haute Ardenne », numéro 16 , mai 1982

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