" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 27 février 2018

Léa Nivarlet : " Souvenirs de la vie quotidienne à Gouvy et Rettigny dans la première moitié du XX ème siècle "







*  Une kermesse à Gouvy en 1924
(…) Sur la fête, Paulette vendait des chiques. Sur la place, on plantait un sapin entouré de savon. En haut, pendait un jambon. Les courses de sacs, la course avec un œuf dans une cuiller. Alors, le soir, c’était bal au café de la gare. On s’y amusait bien, on dansait le lancier, la valse, le tango, la mazurka. Tant pis si le dimanche suivant l’abbé Bastin grondait dans son sermon. C’est comme l’ivrogne à sa femme : «Trop tard de gronder après ! »

*  Le « vècheu » quel drôle de nom !
Avant la guerre de 1914 à la Dicasse, c’était fête trois jours. Alors, le mardi, on chassait le vècheu. C’était un pauvre vieux qui était désigné. Alors, on lui mettait une peau sur le dos avec une manne. Toute la jeunesse faisait le tour du village avec des petites musiques, ils ramassaient de l’argent, de la tarte pour le vècheu qui avait huit gosses.

*  « Pêleter » ses ennemis ( début du XX ème siècle)
Oui, vraiment , c’est un drôle de mot et beaucoup ne savent pas ce que c’est. Un exemple : une fille avait courtisé (= fréquenté) et éconduit son amant ou un homme allait voir la femme d’un autre. Et bien, pendant la nuit, la « jeunesse » se réunissait en bande avec des couvercles, des seaux, ils tapaient en-dessous des fenêtres du coupable. Alors, le matin, les gens disaient : « celui-là a été pêleté la nuit ».

* L’accoucheuse
En 1921, une accoucheuse prenait 85 francs. Elle venait soigner la maman 9 jours mais beaucoup prenaient une femme du village. Il y a eu beaucoup de décès.

*  Circulation et véhicules
Auguste, qui avait un tablier en cuir, vendait de la bière en tonneaux avec une charrette et un cheval. Le bourgmestre avait un cheval et une voiture. Le docteur Scheurette c’était Catin (*) qui le pilotait. Le facteur Charles faisait sa tournée avec une charrette et deux chiens. Arnold, le boucher, portait la viande à domicile avec deux chiens attelés à une petite charrette. C’était la grande circulation du passé. Parfois on regrette encore ce passé.

Note : (*) Mon grand-père, Jean-Joseph Catin, fut instituteur à Gouvy. Tout comme d’ailleurs mon arrière-grand-père.

            Extraits d’un long article de Léa Nivarlet qui parut dans la revue « Glain et Salm  - Haute Ardenne », numéro 19, décembre 1983.


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Le texte qui suit a été publié sur la page Facebook : « Tu es un vrai Gouvyon si … » par Charlie Angé. Il a hérité de Léa Nivalet, dont il est parent, un ou plusieurs de ses carnets.

" Les mois d’hiver du bon vieux temps (écrit en 1974) par Léa Nivarlet

Nos grandes familles d’autrefois ont disparu. Dans nos villages, hélas, combien se retrouvent seuls ou parfois à deux.

Où est la belle jeunesse de jadis qui le soir s’assemblait en bande pour courtiser et chanter ? Des soirées qu’on n’oublie jamais.
Au village en hiver tout est paralysé, les emprunts dorment, autrefois le père disait à ses fils : « je ne voudrais pas mourir en vous laissant des dettes ».Que faut-il en conclure ?

Autrefois à 4h du matin le coq annonçait le lever du jour ; celui du voisin l’accompagnait.
C’était la fanfare au village. Les poules commençaient à potpoter. Maintenant on achète les œufs au magasin. Les poulaillers sont déserts, la mère poule ne se promène plus avec ses poussins que le chat guette derrière la haie.

Vers 8 heures le fermier déliait les bêtes et les conduisait boire au ruisseau. Le gros chien aboyait à plein gosier. Le soir même chose les bêtes retournaient à la rivière. Maintenant ces pauvres bêtes sont liées pendant 5-6 mois devant un abreuvoir qui vient des conduites d’eau.
Puis c’est la bande d’écoliers se rendant à l’école. La grosse cloche sonne l’entrée, ceux des écarts marchaient une demi-heure pour s’y rendre. Maintenant on vient les chercher sur le pas de la porte et on les ramène franco.

Avant le dîner, les mamans allaient rincer le linge à la rivière, battre et rebattre sur une pierre bleue. Puis elles retournaient avec la manne sur la brouette les doigts gelés. Une ou l’autre des mamans avait appris une nouvelle.

Pendant la journée, deux ou trois mendiants passaient de porte en porte. Ils vendaient des lacets, des savonnettes. D’autres récitaient des prières.
Le père conduisait du froment et de l’avoine au moulin car on ne connaissait pas le boulanger de ce jour.

Après dîner on attelait les deux chevaux au manège. Ils tournaient pendant des heures pour actionner la machine à battre.
On allait aussi chez Julien Bantz le maréchal-ferrant qui frappe sur son enclume pour réparer les roues de chariots ou ferrer les chevaux.
On voyait Félix Felten qui passait avec ses deux bœufs, assis sur la charrette de fumier. Il monte aux Garbages en mangeant sa tartine pour gagner du temps.
Joseph Manard qui n’abandonne jamais son grand fouet pour son cheval et sa chique de tabac.
Sa femme Marie charge au fumier.
Christophe Dethier fier d’apprendre l’attelage à ses bœufs et de chanter aux offices.
Le grand Louis Clotuche en sarreau bleu qui vient du moulin avec ses quatre chevaux, la queue tressée avec de la paille, les colliers et les grelots en cuivre qui reluisent au soleil. Il monte la Haie de Bellain.
Joseph André qui allait au moulin en hiver et qui faisait du feu sur le tombereau pour se chauffer.

Marie et Josépine Lamborelle qui allaient sur les Monts avec leurs belles chaussures et qui arrivées mettaient des galoches. "

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Troisième texte du cahier de Léa Nivarlet
L’année 1920 et les Sobriquets (Sunoms) (écrit en 1975)
En 1920 je me suis installée à Gouvy (pour mémoire, née à Rettigny en 1899, mariée à gouvy le 11-11-1919 avec Nicolas Servatius)
Oui mes enfants, un jour j’avais juré que Gouvy ne me verrait jamais mais l’homme propose et Dieu dispose…
Comme étrangère dans un village j’ai dû apprendre les noms des familles mais surtout ceux qu’on utilisait : j’en ai retenu quelques uns
Chez Winand = chez Servatius
Chez Chairas = chez Dewalque
Chez Pirou = Parmentier
Toubac = André
Bouzette = Clausse
Borgne Catin = Louis André
Weiffe = vAndré
La Rosaie = Goebels
Taitaipe = Cremer
Lu marlie = le sacristain
Lu vî Polite = Polite Cremer
Àmon Roine = J Pierre Cremer
Amon commissaire = Constant André
Amon Martiny = Kaesch
Amon L Baron = Thomas
La grosse Garitte = Laloux
Jean Pierre do moni = Jean Pierre Art
Amon Pire Jacques = François Cremer
La grosse Marie do troo = Marie Cremer
Félix Moray = Félix Felten
Amon Genin = Ernest Dethier
Julien do bochi = Julien Gaspar
Pierre Moray = Pierre Jacob
La grande Céline = Gillet
Marie Bourriche = Marie Klepper
Amon Mayeur =Entrigner
Lu roi dol Prusse = André Martin
Amon sizette = Martiny
Amon Corange = Mélan
Teuta = Léon Cremer
Amon Coula = Boulanger
Amon Bavesse = Mélan
Amon djoris = Lamborelle
Amon Jandrenne = Servatius

lundi 26 février 2018

Liège : la province où l'auto règne en maître !




Selon une étude d’Acerta, 98 % des travailleurs de la province de Liège se rendent au travail en voiture.
Dans notre province, seulement 1,4 % des travailleurs se rendent à vélo au travail.
Seulement 4,9 % des travailleurs de Liège ont opté pour le train et le bus en 2017.

Armel Job : " Le commandant Bill "





10 mai 1940. Un avion de reconnaissance allemand s’écrase non loin d’un hameau de l’Ardenne belge, Boisferté (nom d’emprunt). Werner, le pilote rescapé mais blessé, est emmené par les villageois et caché dans une grange. C’est principalement Louisa Malempré et Eva qui sont chargées de nourrir et de vêtir ce « prisonnier » … qui devient vite encombrant. Cadet, le frère de Louisa, déserteur de l’armée belge en déroute, veut en finir une fois pour toute avec ce salopard de Werner.

Mais qui est donc ce commandant Bill ? Vous le saurez en lisant ce livre remarquable et palpitant de notre écrivain ardennais préféré. Sachez juste qu’il revêt plusieurs identités …

Extraits :


-  * « -Fais-moi plutôt des œufs, va ! »
Elle cassa deux œufs dans la poêle avec une cuiller de saindoux et deux tranches de lard. C’était le repas du matin de tous les hommes de Boisferté, sans lequel ils n’auraient pas pu travailler.

*  Elle lui tendait simplement la joue. Cadet y déposait un baiser sec. C’est ce qui était digne pour les mères lorsque leurs garçons devenaient des hommes.

* Car Eva, en tant que sage-femme, avait l’œil sur toutes les âmes de Boisferté. (…) Elle gouvernait les flux de la vie. Elle expliquait aux femmes comment régler à leur guise la vigueur des hommes. Tous, devant elle, baissaient les yeux ; ils savaient qu’elle n’ignorait rien de leurs petites manies.

" Adieu à notre vieux ruisseau d'eau du Mayon ", Gouvy, le 1er juillet 1973 - Par Léa Nivarlet





C’est décidé maintenant, la réalité est accomplie. Nous, les anciens Gouvions, nous ne verrons plus sillonner l’eau de notre vieille rivière. Ce petit courant, qui nous a fourni l’eau pendant des générations, est enfoui pour toujours. Des machines modernes et sans pitié nous ont arraché nos quatre vieux ponts qui gémissaient avant de rendre un dernier soupir. Fini le champ de bataille ! Bien fini le pêcheur au bord de l’eau ! Fini la reine des prés à l’orée de l’eau, chargée de papillons et de libellules ! Fini les petits oiseaux venant se désaltérer ! La beauté de nos patelins disparaît faute d’entretien pour faire place à la grande circulation de notre époque.
Tout passe et tout s’oublie …

                                                        Lettre ouverte de Léa Nivalet
   Recueillie dans la revue « Glain et Salm – Haute Ardenne » numéro 19, décembre 1983

dimanche 25 février 2018

Philippe Bouvard : " Un oursin dans le caviar "




Ce livre date de 1973. Philippe Bouvard évoque ses bons – et moins bons – moments passés dans la presse écrite ( le « Figaro » entre autres), parlée (RTL) et télévisée (TF1). Il s’attarde sur ses rencontres multiples avec les «  stars »  d’antan : Pierre Lazareff,  Georges Simenon, Maurice Chevalier, Charles Aznavour, Fernandel, Alain Delon etc.etc. ( tous ne sont pas d’un intérêt premier ; mais l’on sait que tous les goûts sont dans la nature).

Si un des défauts de Philippe Bouvard est sa méchanceté légendaire, une de ses qualités est l’humilité. On appréciera – et on apprécie encore ! - sa plume, sa verve dans « des milliers de feuillets bien souvent mêlés de vitriol à l’encre d’imprimerie ».

Comme on dit : «  un-grand-monsieur » (malgré sa petite taille) !


Extraits :

*   Je poursuivais mes études, mais ayant de plus en plus de mal à les rattraper. Tout cela était trop sérieux, trop rigide, trop scolaire.

*   Un reporter racontait que c’était lui qui, se rendant au domicile personnel des Coty, était allé porter la nouvelle à celle qui devenait à partir de cette minute la première dame de France.
« Votre mari vient d’être élu président de la République, qu’allez-vous faire ? »
La réponse était venue tout de suite, mi-sérieuse, mi-enjouée :
« Je vais lui faire une tarte ! »

*  ( de Georges Pompidou ) « La bombe atomique a suscité des problèmes moraux nouveaux. Avant elle, personne ne se posait de questions pour savoir si l’on pouvait ou non ouvrir un ventre humain à l’aide d’une baïonnette. »

*  ( à propos de Simenon)   Comme toutes les belles mécaniques humaines, Simenon est un peu inhumain. Comme tous les créateurs, il est parfaitement égocentrique et ne considère le monde autour de lui que comme le principal matériau de son œuvre. 

* ( à propos de Dieu)  Louis Leprince-Ringuet et Jean Rostand m’ont répondu qu’il y avait autant de chances pour qu’il y ait un Dieu que pour qu’il n’y en ait pas, mais que de toute façon, s’il existait un grand ordinateur de l’univers, ils n’étaient pas du tout certains qu’il nous considère comme ses enfants.

vendredi 23 février 2018

Liège d'antan en vidéos



Via la Sonuma (archives de la Rtbf), voici quelques épisodes du Liège d’antan …

- Le Carré à Liège en 1960 :

- Pour en finir avec l’accent liégeois :

- 1977. Les dernières heures du Grand Bazar de Liège :
https://www.sonuma.be/archive/liege-les-dernieres-heures-du-grand-bazar_1


- La piscine de la Sauvenière (1972) :

- 1963. L’économie liégeoise :

- Les bains-douches de la Saufnière :

- Michel Antaki du Cirque Divers :



mardi 20 février 2018

Léa Nivarlet : " Quelques souvenirs de la vie quotidienne au début du XX ème siècle à Rettigny et à Gouvy




                                           Brisy (Rettigny) d'antan


                                        Cherain dans le temps


Née à Rettigny le 21 avril 1899, orpheline de père et de mère à 12 ans, Léa Nivarlet fut recueillie par un oncle et, en 1920, elle épouse Jean Servatius, facteur des postes. Ils s’installèrent à Gouvy comme fermiers. Léa Nivarlet a consigné ses souvenirs dans 32 carnets.

«  J’ai seulement fait un quart d’école dans un petit village d’Ardenne.

 Quand j’étais jeune, nos grands-parents assistaient à deux messes le dimanche car c’était le jour du Seigneur. Après les Vêpres, les bonnes-mamans se rendaient à l’église pour faire le chemin de la croix et, le soir, elles allaient au Salut.

J’ai vu des parents dormir dans des clôses-foumes (alcôves) : c’était une sorte de lit encastré dans le mur de la chambre (pièce au rez-de-chaussée contigüe à la cuisine). Pendant le jour, on tirait une tenture.

On n’avait pas de conduite d’eau. C’était un puits profond de 20m. avec un tourniquet et une chaine qui amenait l’eau à la surface.

En 1908, l’école n’était pas obligatoire. En été, on allait garder les vaches car il n’y avait pas de clôture. En automne, on ramassait les pommes de terre et pour paiement, à la Toussaint, on touchait 5 francs.

En 1905. Voici l’hiver, point de chômage, point d’allocation ni de mutuelle pour les malheureux ouvriers. On les voyait le long des routes ; ils cassaient des pierres pour l’entretien des routes et dans leur besace, une tartine de sirop.

En 1902. Comme coiffeur, c’était un brave vieux qui coupait les cheveux pour Brisy, Rettigny, Cherain, Vaux, Sterpigny. (…) Tous les hommes étaient coiffés de la même manière qui s’appelait : à la brosse.

Avant 1912. Douleurs au dos ? On appelait la vieille Fifine, une femme du village. Elle vous mettait des ventouses avec des verres exprès, des sangsues qui vous suçaient le sang. La visite était gratuite.
Le soir, après le souper, on se mettait à genoux pour réciter le chapelet. Avant d’entamer le pain, on le signait d’une croix. A midi, quand sonnait l’Angélus, on s’appuyait sur son outil pour prier. Si on passait devant une chapelle, on disait : «  Loué soit Jésus-Christ ! »

Avant 1940 à Gouvy, j’ai hébergé des dizaines de mendiants. Je leur préparais des lits dans la grange. En hiver, il faisait froid, alors, ils dormaient dans les étables et, parfois, ils me volaient encore. Je disais à mon mari :   Ils sont si misérables ! »

J’ai gardé un domestique pendant vingt ans. Pendant la guerre, il fumait des feuilles de rhubarbe séchées.

Au début du siècle, le service militaire était obligatoire. A 20 ans, les jeunes hommes allaient à Houffalize pour aller tirer au sort un numéro. S’ils tiraient un bon numéro, ils étaient exempts de service militaire. Celui qui possédait de l’argent pouvait mettre un remplaçant. Pour 4 ans, il payait la somme de 1.000 francs. Il y en a qui restaient deux années sans revenir en congé. (en guise de référence, avant 1914, 1 kilo de viande coûtait 1F50)

Les poux des enfants ! Il y avait aussi des puces pour les sales personnes, c’était une bête noire qui suçait le sang. Alors, on disait ceci : «  La puce est très dévote : le matin, elle vous pique disant : lève-toi, fainéant, va entendre la sainte messe. Elle pique le riche comme le pauvre, l’ignorant comme le savant. »

Du vieux temps, eh ! bien, le papa disait à son fils qui voulait courtiser : «  regarde bien dans la cour de la fille ; si ses parents ont un gros tas de fumier dans la cour, tu peux y aller, fils ». Cela veut dire que ce sont des gros riches paysans.

Un vieux dicton populaire :
Voulez-vous être heureux un jour ? Soûlez-vous.
Durant trois jours ? Mariez-vous.
Durant une semaine ? Tuez un cochon.
Durant toute la vie ? Faites-vous curé ! »

Extraits d’un long article, signé Léa Nivarlet, paru dans la revue « Glain et Salm - Haute Ardenne », numéro 16 , mai 1982

dimanche 18 février 2018

Petit Séminaire de Saint-Roch : ... et que la lumière fut !






« Monseigneur l’Evêque de Liège, Martin-Hubert Rutten, en tournée de confirmation, s’est arrêté pendant quelques jours au Petit séminaire de Saint-Roch. On sait que Monseigneur y fut, pendant de longues années, professeur. Aussi, conserve-t-il toujours pour la maison une prédilection marquée. Grâce à l’appui de Monseigneur, l’installation de l’électricité et la distribution de l’eau alimentaire sont une preuve des progrès rapides parcourus depuis peu, si bien que la solitude de Saint-Roch est devenue plus confortable.
L’éclairage de toute la maison et en particulier l’éclairage de la salle d’étude donnent l’illusion d’un plein jour, sans éclat et sans ombre. On remarquera également, par la force motrice appliquée à la distribution hydraulique, à la boulangerie, à la cuisine, à la buanderie, à la boucherie et en général pour tous les services mécaniques, combien est utile une pareille installation. » 

                                    Gazette de Liège, dimanche 9 juin 1907

Guy de Maupassant " Apparition "




C’est par ici  :


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« L’apparition » le film de Xavier Giannoli :

samedi 17 février 2018

" Les morts de notre vie "





Plusieurs écrivains se retrouvent dans ce livre à évoquer la mort d’un proche, la mort en général. Dans un premier temps, je me suis limité à Amélie Nothomb. Il s’agit d’une interview ou plutôt une rencontre. Amélie s’y dévoile, comme souvent, à livre ouvert. Et parfois on tremble pour elle … Sans compter qu’il y a trois ou quatre merveilles à chaque page… Quel personnage vraiment ! J’ai bien raison d’en être fan.

Extraits :


-  ( à propos de Balzac) Quel écrivain ! La vraie question que vous n’oserez probablement pas me poser étant : comment ose-t-on écrire des livres après lui ?

-  Lorsqu’on aime Baudelaire, on ne se rend pas sur sa tombe, mais sur son cénotaphe. Voilà quelque chose que je fais très souvent. Balzac est au Père-Lachaise, mais Baudelaire, lui est juste à côté de chez moi. Il me suffit de traverser le boulevard Edgar-Quinet ! Pourquoi résisterais-je à la tentation ? Je peux avouer ici devant vous, que j’y vais au moins une fois par semaine. Cela reste chaque fois aussi troublant. J’y ressens une belle émotion et d’autant plus que je ne suis pas certaine que j’aurais aimé l’homme. J’ai quelques raisons de penser qu’on ne se serait pas très bien entendus. Lorsque je suis devant son cénotaphe, je ne pense qu’à ce qu’il y a de merveilleux dans son œuvre. Je dirais qu’il y a dans le cénotaphe de Baudelaire l’ « âme de son œuvre ».



                        Cénotaphe de Baudelaire au cimetière de Montparnasse

Philippe Geluck : " L'art et le chat "





L’art revisité par Philippe Geluck. Ce n’est pas triste et on y apprend des chôses…
Des artistes, dont de très nombreux contemporains, y sont représentés avec l’une de leur œuvre sur une page et sur l’autre page, la vision de Geluck et de son cher chat. Citons en quelques-uns : Alechinsky, César, Christo, da Vinci, Dubuffet, Giacometti, Klein, Magritte, Munch, Picasso, Pollock, Van Gogh, Vasarely, Vermeer, Warhol,…

Extraits :

- ( à propos d’Eugène Boudin ) On m’a toujours appris qu’il ne fallait pas rire du nom des gens. C’est vrai, ils n’y peuvent rien, ceux qui s’appellent Saucisse, Ducon, Groslard ou Cascouille. Mais, si on réfléchit, moi j’y peux encore moins qu’eux. Et bien sûr, dans le lot de ceux qu’on appelle pudiquement les «  handicapés patronymiques », il y a des personnages illustres. Et malgré tous mes efforts, je n’ai jamais réussi à ne pas pouffer en évoquant le nom de Boudin. C’est plus fort que moi. Avec Boucher ou Carpaccio, j’arrive à garder mon sérieux, mais avec Boudin, je n’y arrive pas. Ca m’a fait du bien d’en parler. Merci de m’avoir écouté. PG

-  Magritte est l’héritier de Jérôme Bosch ; chez eux, les poissons ont des pieds, les arbres ont de portes et les chevaux sont des tonneaux. Ne leur faites pas remarquer, pour eux tout est normal. PG

Stefan Zweig : " Le bouquiniste Mendel "





Surpris par une averse, un homme se réfugie dans un café de Vienne. Il se souvient d’un bouquiniste qu’il a connu jadis - mais qu’il a honteusement occulté de sa mémoire-. Son nom était Mendel et officiait dans ce café. Il était doué d’une mémoire encyclopédique, entièrement dévoué à sa profession, faisant référence parmi les sommités des intellectuels de son temps. Jusqu’au jour, durant la guerre 14-18, où Mendel est arrêté : il sans doute, Juif, en tout cas Russe, donc ennemi de l’Autriche. Il est même soupçonné d’être un espion ce qui est bien entendu archi-faux. Notre homme ne survivra pas aux sévices subis dans les camps de concentration.

Un bijou dans son genre !


Extraits :

- A quoi bon vivre, si le vent sur nos talons efface toute trace de notre passage ?

-  J’avais oublié le bouquiniste Mendel pendant des années, moi qui sais bien, pourtant, qu’on ne fait les livres que pour unir les hommes par-delà la mort et nous défendre aussi contre les adversaires les plus implacables de toute vie : l’évanescence et l’oubli.

jeudi 15 février 2018

Mon arrière-grand-père, M. Catin, instituteur à Gouvy au 19 è siècle, dans les griffes de M. Bouvier







Voici un document que j’ai trouvé un peu par hasard – mais le hasard existe-t-il vraiment, telle est la question - , ce mardi 13 février 2018 à la bibliothèque Albertine de Bruxelles dans le journal le « Bien public » en date du 15 septembre 1881. Un document exceptionnel pour moi – et sans doute également pour ma famille – puisqu’il nous parle de notre arrière-grand-père. Peut-être qu’il vous intéressera un peu aussi, amis lecteurs, ne fut-ce que par la violence des propos tenus.
Nous sommes dans une salle de tribunal. Pour une meilleure compréhension du texte, sachez, qu’à l’époque ( vers 1880) :1.les instituteurs de l’enseignement officiel n’étaient pas tenus d’accepter qu’un prêtre viennent enseigner le catéchisme à l’école et encore moins de l’enseigner eux-même ; 2. Le clergé excommuniait ( = exclure de l’Eglise) les partisans de l’enseignement officiel ( dont les instituteurs).

Article publié par le journal le « Bien public » en date du 15 septembre 1881.
                                              Exploits de Bouvier

«  Pour donner à nos lecteurs une idée des procédés de l’enquête dans le Luxembourg, le compte-rendu de l’épisode que voici (la scène se passe à Houfalize).
On appelle le sieur Catin, instituteur officiel à Gouvy. M. Catin s’acquitte de ses fonctions depuis 25 ans, à la complète satisfaction de ses supérieurs et des pères de famille qui lui confient leurs enfants. Sa conduite est d’ailleurs exemplaire et son école a toujours passé pour l’une des mieux tenues du canton. Après la promulgation de la loi de 1879 ( * voir note plus bas), il a même fait de nombreuses démarches auprès des parents de ses élèves et il a su en conserver 34. Cela vient d’être acté et M. Catin aurait le droit, semble-t-il, de s’attendre à des éloges de la part de M. Bouvier ; car il sait que M. le président ne les a pas marchandés à plusieurs de ses collègues dont les classes ne comptent que 2 ou 3 élèves, voir même aucun. Aussi M. Bouvier qui, probablement n’a pas lu tout le dossier, ou tout au moins l’a perdu de vue, lui fait-il bon accueil. Mais M. Catin, en honnête homme qu’il est, refuse de se faire l’accusateur de son curé et d’acter à sa charge des faits qu’il ne connait pas ; la voix de M. Bouvier prend un timbre plus aigu.
M. Bouvier : - Etes-vous excommunié ?
- Non.
M. Bouvier : - Pourquoi n’êtes-vous pas excommunié ? Vous n’êtes pas excommunié ! J’ai lieu d’être surpris, étonné ; vous êtes une exception parmi vos collègues. N’avez-vous prêté la main au curé ?
M. Kleyer, secrétaire (à mi-voix) – Fait-il catéchisme ?
M. Bouvier : - Faites-vous le catéchisme ?
- Non.
M. Bouvier (d’une voix formidable) – Pourquoi ne faites-vous pas le catéchisme ?
- Parce que ma conscience me le défend. D’ailleurs je suis dans les termes de la loi qui m’autorise à ne pas le faire.
M. Bouvier : - La loi … la loi …, nous savons ça. Mais il est étrange que presque vous seul vous ne soyez pas excommunié. Vous devriez être excommunié par la loi de l’Eglise. Vous cherchez à vous abriter derrière votre conscience, monsieur ! Nous aussi nous avons notre conscience qui nous dit que vous devriez être excommunié et nous oblige à vous demander, à exiger que vous disiez pourquoi vous ne l’êtes pas. Je vous ai demandé ce qu’a fait le curé, et vous avez l’audace de me dire que vous ne le savez pas.
- J’ai prêté serment et ne puis donc dire ce que je ne sais pas.
M. Bouvier : - Ce que vous savez … ce que vous savez … Avez-vous dit aux parents que vous n’êtes pas excommunié ? Votre conduite est très étrange, très étrange ! ( à l’inspecteur Piette) Monsieur l’inspecteur, je vous signale la conduite de cet homme-là. Il n’est pas excommunié ; tenez-moi la bonne note de ça. Ah ! je ne suis plus étonné maintenant : il n’est pas excommunié. Vous ne pouvez pas manger à deux râteliers. Le fait que vous n’êtes pas excommunié est étrange … Où sont vos enfants ?
- A mon école. De plus, j’ai trois filles qui étaient à l’école normale de Bastogne avant la loi. Elles y sont encore.
M. Bouvier : - Je vous ai dit : vous avez la conscience très large ; vous êtes un homme sans conscience. Il ne manquerait plus que ça. Nous avons déjà des curés qui sont des espèces de gens qui travaillent contre nous …, et nous auront encore des instituteurs qui prêtent la main au curé pour que son école soit fréquentée. Allez, monsieur : je crois que cet hiver, vous n’aurez plus la peine de … C’est bien, allez-vous en ! Je ne veux plus vous voir … Honteux ! Honteux !
Puis vient un certain Reuter, aspirant-facteur et pseudo instituteur officiel, lequel affirme que M. le curé de Gouvy l’a nommé «  pope schismatique ».
M. Bouvier : - Catin, approchez. Vous voyez bien que vous avez menti à la justice. Vous n’avez pas dit la vérité sous la foi du serment. Vous avez dit que votre curé ne prononçait pas de sermons politiques …, et pourtant il a nommé ce brave homme de « pope schismatique ». N’est-ce pas de la politique, ça ?
- Pardon, monsieur le président, je …
M. Bouvier : - Taisez-vous !
- Permettez que je m’explique.
M. Bouvier : - Je vous demande des explications. : expliquez-vous.
-  J’ai entendu dire que le nom de Pope …
M. Bouvier : - Taisez-vous ! … Taisez-vous, vous dis-je ! … Vous m’avez dit que vous n’êtes pas encore excommunié, que vous recevez l’absolution … Vous êtes dans les bonnes grâces de votre curé ; nous savons ça et vous venez nous dire qu’il ne fait que de simples exhortations.
- J’ai dit que je n’ai pas entendu de sermons violents ; d’ailleurs, je ne vais pas à tous les offices.
M. Bouvier : - Vous devez être l’ami du curé. Vous êtes obligé de fréquenter ses offices ! Vous avez dit qu’il n’en fait pas de violents. Et ce mot pope, n’est-ce pas violent, cela ?
- Je ne l’ai entendu nommer ni directement, ni indirectement M. Reuter de pope ; je sais qu’on a ainsi nommé ce dernier dans le village à la suite d’un sermon où il n’avait pas été directement désigné.
M. Bouvier : - Taisez-vous ! Votre conduite est honteuse, scandaleuse : vous êtes indigne d’être instituteur officiel ; vous êtes bien un instituteur de curé, avec les ex-caporaux et les vachers, je vous le dis, moi … Vous manquez à tous les devoirs, vous ruinez l’enseignement officiel en ne faisant pas le catéchisme. Vous êtes un menteur et je vous flétris ici publiquement, vous êtes indigne d’être un instituteur officiel … Vous pouvez proclamer dans tous vos journaux que je vous ai dit cela, moi ! Quand je vois une chose aussi indigne, une chose aussi honteuse, scandaleuse,  quand je vois une perfidie semblable, je proclame que vous êtes indigne. ( à l’inspecteur) Monsieur l’inspecteur, constatez tout ceci  et ne l’oubliez pas ; ayez-en soin ; il faut y mettre bon ordre.
(A M. Catin) Monsieur, soyez instituteur du curé, vous êtes bon à ça. Allez-vous-en bien vite ! Allez dans le public ! Je ne veux plus vous voir ici ! »

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(*)La loi de 1879, dite Loi Van Humbeek ou "Loi de malheur"
Les libéraux de 1878, talonnés par ceux d’entre eux qui prétendaient mettre « le prêtre hors de l’école », voulurent supprimer la loi de 1842 et poser une affirmation de principe.

La loi Van Humbeek du 10 juin 1879 :
Institua au moins une école primaire publique par commune
L’enseignement de la religion pouvait être donné par des prêtres, à l’école, mais seulement sur la demande des parents et en dehors des heures de classe.
Le gouvernement nommait les inspecteurs, approuvait les programmes et les livres scolaires
L’Etat se réservait le monopole de l’enseignement normal
Les instituteurs, nommés par les communes, devaient être en possession d’un certificat régulier d’études.
Cette loi centralisatrice et laïque, appelée « loi de malheur », déchaîna une âpre guerre scolaire, surtout en Flandre.

Les catholiques fondèrent une quantité d’écoles confessionnelles vers lesquelles émigrèrent, en moins de 2 ans, 190.000 enfants (c’est-à-dire 66% des élèves) et 1.340 membres du personnel.
Le clergé excommunia les défenseurs de l’école officielle
Cette position du clergé belge fut prudemment appuyée par le pape Léon XIII, esprit très fin qui invitait les catholiques belges à ne plus s’éloigner du respect de la Constitution, même au plus fort de la lutte.
En 1880, le gouvernement rompit ses relations diplomatiques avec le Vatican.
Le Cabinet Frère-Orban tint bon mais sa victoire fut stérile.

Au fur et à mesure que le gouvernement édifiait des écoles officielles, la population des écoles libres croissait en nombre. Or, cette entreprise coûtait fort cher. Le ministre des Finances, Charles Graux, placé devant un déficit de 25 millions de francs (19 millions d’augmentation en 2 ans de temps), se voyait obligé d’établir une série de nouveaux impôts. Le Cabinet devint très impopulaire.

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Ma conclusion de tout ceci : si je tenais cette petite m*rde facho de Bouvier, il passerait un sacré mauvais quart d’heure. Humilier ainsi mon aïeul, non mais …

                                                                                               Jean Catin










mercredi 14 février 2018

Gouvy en 1996





Même la maison de l'entraîneur Jean-Claude Merche fête la montée de Gouvy en provinciale



- «  L’Avenir du Luxembourg », lundi 9 janvier 1996
Les scolaires de Bovigny



- « L’Avenir du Luxembourg », lundi 5 février 1996
Secteur de Gouvy : les paroisses embauchent



- « L’Avenir du Luxembourg », lundi 12 février 1996
Les minimes de Gouvy




- Vendredi 15 mars 1996
 Les marcatchous do Gouvy so’l’Pihon



- Vendredi 12 avril 1996
Jumelage des chorales de Montleban

- Mercredi 12 mai 1996


* Les diablotins de Bovigny


* Les préminimes de Montelabn


* Les scolaires de Gouvy






- Jeudi 20 juin 1996
Les champions de la RUS Gouvy à l’honneur





-  Samedi 6 juillet 1996
L’amicale des cheminots découvre la Champagne



- Vendredi 19 juillet 1996
Gouvy. L’abbé Léonard fêté pour ses trente années de prêtrise




-  Juillet 1996
Miss framboise 1995

- Vendredi 16 août 1996





* Fête de la Framboise


* Alain Wiesen bien entouré




- Mardi 20 août 1996
A Gouvy, exposition sur l’art figuratif et abstrait







- Mardi 27 août 1996
L’équipe de Gouvy en première provinciale




- Mardi 31 octobre 1966
Intervieuw de Henri Pagani à propose de la pierre d’Otrée

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Les mois de novembre et décembre n’ont pas encore été consultés à ce jour …
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Merci au journal «  L’Avenir du Luxembourg » !
Merci à ses journalistes anonymes !
Merci à la bibliothèque Albertine de Bruxelles !


dimanche 11 février 2018

Philippe Bouvard : " Ma vie d'avant, ma vie d'après "





Ce livre fait partie de la trilogie dans laquelle l’auteur imagine qu’il est passé l’arme à gauche, à savoir qu’il est mort et enterré. Là, six pieds sous terre, il se bidonne, râle ou s’émeut des vivants. Tout particulièrement ici, l’excellent Philippe Bouvard nous conte quelques faits  de son enfance, de sa vie de journaliste et évidemment des femmes qu’il a connues. Un excellent remède contre la morosité de notre temps et où tout le monde, même les plus glorieux, sont remis à la même échelle : requiescat in pace, amen ! (repose en paix !)


Extraits :

-  Dans mon enfance, la pédophilie était réservée aux éducateurs de la Grèce antique. Les professeurs contemporains se contentaient de nous tripoter. D’abord quelques ecclésiastiques qui donnaient du latin une version très personnelle ; ensuite quelques laïques, souvent mariés et père de famille, fascinés par nos culottes courtes.

-  A peine rentré chez moi, je me promettais de devenir, moi aussi, un grand écrivain. (…) j’avais commencé à rédiger mon discours de réception quai de Conti. Bien que l’affaire remonte à sept décennies, je me souviens de la première phrase : «  Messieurs, vous qui êtes mes supérieurs puisque vous avez fait de moi votre égal. » Inutile de vous préciser que je n’ai pas été plus loin.

-  Je comprends mieux l’invention des religions. Sans les promesses de paradis, la plupart des mourraient de désespoir en même temps que de maladie. La perspective d’un au-delà utopique, illogique et improbable aide à quitter un monde pas toujours idyllique mais bien réel.

- Le monde est un énorme restaurant où tout le monde bouffe tout le monde. Même les étoiles se dévorent entre elles. Je n’échappe pas à ce frénétique banquet puisque j’ai vécu en mangeant des animaux et que d’autres se sont ensuite repus de ma chair.

-  Certes, je ne pouvais espérer des funérailles nationales, une statue dans un square de mon quartier, une rue à mon nom, même pas une plaque sur la maison où j’avais soupiré pour la dernière fois. Je ne méritais rien. Mais quand même, j’aurais souhaité mieux ..