" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 28 novembre 2017

Quelques aspects de la vie quotidienne dans l'entité de Gouvy, fin du 19è et début du 20 è siècle






D'abord, saluons tout particulièrement madame Léa Servatius-Nivarlet qui a eu la bonne idée de coucher ses souvenirs dans des carnets et surtout de les partager.

Tout ce qui suit est extrait du livre : " La vie quotidienne dans une ferme d'Ardenne en 1878 »


- A Rettigny, vers 1908, une diligence de deux chevaux fait le trajet Houffalize-Gouvy. C’est probablement cette même malle-poste qui est remplacée par un service d’autobus en juin 1923. (source : Léa Servatius)

- A Rettigny, au début du XX ème siècle, la lampe à pétrole est affectée à la Chambre, c’est l’éclairage de luxe ; pour les autres pièces, on se sert du crassèt (lampe à huile). Le pétrolier passe tous les samedis avec sa citerne attelée de deux chevaux. ( source Léa Servatius)

- La province de Luxembourg compte 731 épiceries en 1846, 1.100 en 1900. Quelle viande consomme-t-on ? Le cochon, essentiellement que l’on occit deux fois l’an. A Rettigny, on tue le cochon vers la Toussaint et à Pâques. La basse-cour aussi fournit une viande à bon prix. A Rettigny, vers 1900, c’est le boucher, le père Anatole qui, effectuant la tournée des villages, vient avec une voiture attelée de deux gros chiens et de deux paniers de viande qu’il vend à 1,50 f le kilo. (Source : toujours Léa Servatius-Nivarlet)

- Les coutumes alimentaires varient d’un village à l’autre. A Rettigny, écrit Léa Nivarlet, la maman pour déjeuner le matin réchauffait un affreux pelle de pommes de terre et pour épargner le beurre, on mettait de la compote, de la maquait. L’aïeule faisait une trûlée dans un grand bol avec du café noir et du pain, jamais de sucre dans le café. Le soir, des pommes de terre réchauffées et des betteraves à salade. On croque des pommes, des poires, le raisin est un  produit de luxe ; pêches et oranges sont inconnues. Pas de marchands de légumes à Rettigny, le courtil suffit à tout. Le soir, on fait une marmite de pommes de terre mêlées avec du pain et du lard. Les mets de circonstance sont avant tout les tartes aux pommes, au riz, aux prunes, au sucre, aux kètches (poires séchées dans le four), à la rhubarbe.

- Les vêtements
Autrefois, chaque famille cultivait du lin et du chanvre que l’on travaillait l’hiver pour en faire des toiles saines et solides. A Commanster et à Ourthe, trois familles ont tissé jusqu’en 1938 pour le linge du corps et du lit.
Du matin au soir, en semaine comme le dimanche, on voyait circuler les hommes vêtus d’un vêtement de toile bleu marine et noire, appelé sarau. Le sarrau du dimanche était plus long et soigneusement plissé de haut en bas. La culotte était généralement en velours uni noir ou bleu foncé descendant jusqu’au genou .Il disparut vers 1895. Les hommes s’entouraient le cou d’un fichu spécial en toile ou en coton, le plus souvent rouge ou à fleurs : le norèt.
Le costume féminin se composait de deux parties : le corsage et la jupe. La jupe descendait jusqu’aux pieds. Le dessus du vêtement consistait en une blouse aux longues manches et boutonnée sur le devant. La femme portait toujours un tablier à bavoir. (…) A la maison, les femmes portaient l’indispensable matrichon, coiffe blanche en toile.

- La mort
Avant l’enterrement, il faut veiller le mort selon la coutume ainsi qu’elle s’est pratiquée jusqu’aux environs des années trente à Rettigny : les voisins et les amis venaient veiller les morts avant les funérailles. A minuit, ils récitaient un chapelet puis buvaient le café : vers trois heures, un deuxième chapelet ; à 6 heures, un troisième chapelet et puis le déjeuner.

- Le pèkèt
Le pèkèt jouit de la plus haute faveur populaire. On en sert partout, aux grandes et aux petites occasions. Ce breuvage ludique cause autant de bien que de mal. S’il aide quelquefois à supporter les hivers trop longs, il provoque aussi une maladie, la pire qui soit : l’alcoolisme. Dans la province de Luxembourg, le nombre de débits de boisson passe de 384 en 1846 à 2. 835 en 1900. On boit aussi de la bière (qui n’est pas fameuse)  et du vin mais leur notoriété n’atteignit pas le pèkèt.

La lessive
Pour la lessive, écrit Léa Nivarlet, on avait une tinne en bois sur deux chaises. Avec une planche, on frottait le linge. On avait du savon vert, un peu de poudre que ma tante saupoudrait comme on met du poivre dans la soupe. Ensuite, on mettait la manne sur la brouette, on allait rincer le linge à la rivière,  on le battait sur une belle pierre pour en faire ressortir le savon. En hiver, on rentrait avec les doigts gelés et ma tante disait : «Entrez vos doigts dans les cheveux, ça calmera. » A défaut de rivière, on rince le linge dans des bacs ou des abreuvoirs ou encore dans une petite fontaine couverte comme à Vaux-Cherain.

Lin

A Rettigny en 1913, on a encore semé du lin. A Gouvy en 1880, Jean-Henri Servatius possède un métier de tisserand avec accessoires.

La laine
A Rettigny, au début du XX ème siècle, on travaille la laine à l’aide d’un banc avec deux appareils cloués dessus. La laine est fournie par les deux ou trois moutons que possède chaque famille. On en fait de couvertures et des bas. D’autres, telle la vieille Fifine Derroite, gagnent leur vie péniblement en filant la laine sur un rouet.

Animaux et élevages
On peut estimer une moyenne d’à peu près 5 bêtes à cornes par ménage. A l’origine, la vache ardennaise est une petite vache roussette musclée, mais de peu de poids, progressivement améliorée à partir de 1860 par des apports étrangers. (…) Les clôtures sont adaptées progressivement au cours de la seconde moitié du XIX ème siècle. Elles prennent la forme de haies vives. (…) Les vaches sont gardées par les enfants de la ferme ou par un vacher. Ces petites domestiques viennent de Prusse ( Cantons de l’Est) de Gruvelange ou de Deiffelt (Beho). A Cierreux en 1869, on engage ces vachers pour 20 F. l’an, une paire de souliers, un pantalon, une chemise, un sarrau, un mouchoir, une casquette, une demi-livre de laine. En 1878, le prix des vaches varie de 105 à 200 F , un veau 30F , une génisse de 60 à 98F. Les étables en Ardenne sont mal entretenues. Citation : «  les animaux s’y trouvent couchés dans la fange et leur entassement produit une odeur malsaine et une chaleur insupportable. »

Le village

Le village est alors le théâtre vivant parcouru d’un mouvement incessant, peuple du parfum piquant des fenaisons, de l’odeur forte des fumiers, des clameurs des gens et des bêtes. Et voici Rameau de Mont avec une charrette pour acheter les peaux de lapins à 10 centimes. En juin, voici le père Choffray avec une charrette conduite par un petit baudet qui vendait des cerises, un sou le sachet. A Mont-Le-Ban vient chaque semaine un couple de marchands avec des seaux plein d’œufs attachés à chaque bout du hârkè (joug). Il arrive aussi que surgissent les montreurs d’ours qui font danser l’animal au son de l’orgue de Barbarie.
Et pourquoi ne pas évoquer une coutume qui a longtemps survécu en Ardenne, celle des marchés se concluant dans le fond de l’église pendant les offices ? Il n’était pas rare d’entendre sceller les accords à coups de claques pendant le Deo gratias ou l’Agnus Dei. Plus d’un curé y perdit son calme.

Appellations

Les habitants de Lierneux sont appelés : les makêyes de ban ; ceux d’Arbrefontaine : les kuzin ; d’Hebronval : les grandiveûs d’Hebronvâ ; de Vielsalm : les pourcè du l’Vî-Sâm, les cochons de Vielsalm ; de Houffalize : les bordjeus, les bourgeois. La région de Cherain, Mont-le-Ban, Houffalize est baptisée : lu payis des coupêres, qui ,en toute générosité, équivaut à bièsse et boufon.

Les maladies


En 1880, les maladies les plus répandues dans le Luxembourg sont les maladies de poitrine et des voies respiratoires, puis viennent la coqueluche, la fièvre typhoïde, le croup, les entérites et les diarrhées.(…) A Gouvy , au 19è siècle, un nommé André Colin signait la ou les dents malades avec une pointe de Paris qu’il allait ensuite clouer dans un morceau de bois vermoulu ou dans un arbre. Même procédé à Rettigny. Au début du siècle ( le 20 ème sans doute), le vieux Martin Kaesch de Gouvy usait d’un méthode plus directe : il signait le mal de dents avec ses doigts and la bouche qui puaient la flatte …

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