" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 30 octobre 2017

Les acolytes




«  Tous les jours à 7 heures, il s’agit d’être à l’église. Les garçons servent la messe à tour de rôle. Comme on est nombreux, il y a toujours cinq acolytes. Deux devant, sur la première marche de l’autel et trois derrière.
On commence sa carrière à l’arrière gauche. C’est le plus facile. On reste à genoux toute la messe, sauf si le curé prêche. Alors, on suit les grands dans les stalles. Avec l’âge, on passe à l’arrière droit. On a la garde de la boite à encens et on suit l’arrière-centre quand il va ouvrir l’encensoir devant l’officiant. Si tout va bien, on est promu à l’avant. Là, c’est le plus difficile. Il faut connaître en latin les «  répons » qui ouvrent toutes les messes.
                          - Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
C’est long et indigeste. Le Confiteor est particulièrement périlleux. On dit bien fort les premières syllabes, puis on marmonne à toute vitesse un charabia parsemé de « us » et de « um » pour terminer par un «  orare pro me ad Dominum Deum nostrum » net et bien articulé.
A l’avant, on fait tout en parallèle, mais le servant de droite à un avantage : il tient la sonnette. C’est donc lui qui vient de suite après le prince des acolytes, l’arrière-centre. L’arrière-centre manie l’encensoir. En semaine il ne fait rien. Il s’ennuie avec ses deux comparses et souvent, sous la soutane, il laisse tomber le derrière sur les talons. Mais le dimanche, c’est son jour de gloire. Avant l’office, à la sacristie, il allume les braises qu’il dépose dans l’encensoir. Il reste debout presque toute la messe et, pour maintenir le feu, il agite son instrument comme le balancier d’une horloge. A l’instant opportun qu’il devance de quelques pas, il s’approche du prêtre, ouvre la gueule de l’engin qui disparaît dans le brouillard des fumigations, puis encense copieusement le curé en faisant tinter en cadence les chaînes sur le fourneau. Il rentre et sort de la sacristie sous les yeux envieux des autres. Suprême passe-droit : pendant que le curé prêche, il se lève majestueusement de la stalle au moment qu’il décrète et s’éclipse à la sacristie pour ranimer la braise. Si ça lui chante, il sort de la sacristie pour aller pisser. Aucun fidèle, pas même le curé, ne jouit d’une pareille liberté. C’est la prérogative de l’encenseur. »


                                            Armel Job in : «  La reine des Spagnes » 

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