" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 15 avril 2017

Une histoire des incendies à Liège de 1143 à 1700

    


                                            Incendie de l'église Saint-Servais en 1981


                                                Le veilleur de nuit et sa trompette en 1576

 Le plus ancien sinistre civil semble bien avoir été l’incendie de 1143 dans lequel disparut le vieux quartier de Feronstrée. Celui de 1185  anéantit la cathédrale, de nombreuses églises, des monuments et des maisons, et qui se prolongea treize jours durant. A cette époque, le feu était souvent combattu par étouffement, au moyen de chaumes voisins. A Liège, le fumier remplaçait le chaume.
(…)

     S’ensuivirent les incendies de 1421, de 1468 et de 1501



                                                 Une seringue ( en miniature)

      (…) Pendant longtemps, la seringue fut, avec l’étouffement et les seaux, un des seuls engins contre le feu. Sous le toit des grands monuments, on aménageait des réservoirs destinés à recevoir l’eau de pluie, et à chacun d’eux, était attachée une seringue. (…)



                                            Seaux en cuir bouilli

     L’ordonnance liégeoise de 1540 exigeait que des seaux de cuir bouilli fussent tenus à la disposition de la population, en des endroits bien déterminés, afin de pouvoir servir rapidement à faire la chaîne en cas d’incendie. L’eau ne manquait pas à Liège.

      Il semble que, depuis l’incendie de 1143, un veilleur de nuit fut posté sur la tour de l’église Saint-Lambert. Son rôle consistait à prévenir la population dès la première apparition d’une fumée ou d’une flamme suspecte. L’alarme était donnée au moyen d’un gros cornet au son puissant. En 1575, le cornet fut remplacé par une trompette, mais, dès la fin du XVIè siècle, le gros cornet de cuivre fit sa réapparition. En 1657, le veilleur quitta la tour de Saint-Lambert pour se poster à la nouvelle citadelle construite par Maximilien-Henri de Bavière.

     Le 4 janvier 1617, un incendie détruisit neuf maisons de l’ancienne rue Sur-Meuse (actuellement le début de la rue Cathédrale). Ce désastre eut tout de même une heureuse conséquence : le règlement qui fut publié le 12 juillet de la même année. Ce règlement confirmait l’établissement d’un veilleur à la citadelle, l’emploi du cor qui déclencherait le tocsin, l’utilisation des seaux d’incendie, la conduite à tenir par les voisins du sinistré et de nombreuses mesures de sécurité.

     Un ennui cependant : celui chez qui naissait le feu était passible d’une amende. Cela occasionnait en général un retard dans l’appel à l’aide, le sinistré espérant s’en tirer seul et à éviter l’amende.

     Plusieurs graves incendies se déclarèrent à nouveau en 1665, à la suite desquelles un nouveau règlement fut publié le 17 mai 1666. Il reprenait l’interdiction de bâtir autrement qu’en pierre ou en brique, et de couvrir les toits en chaume. Ces interdictions resteront lettre morte jusqu’au XIX è siècle.

     La population comptait surtout sur la Providence. A Liège également, on comptait autant sur l’efficacité des prières et des cierges que sur celle des seringues, pompes ou seaux.

     Le 3 juin 1700, le feu se déclara en «  Chaussée-des-Prés » à Liège, chez le sieur Louis Michel, fabriquant de chandelles (note : et pas homme politique comme ont prétendu certaines mauvaise langues).



                                             Pompe à eau

     Dans un hangar attenant à Saint-Barthélemy existait une machine à eau. Six hommes étaient préposés à son maniement, sous les ordres d’un certain Bertrand,  veilleur de nuit de la citadelle. Deux autres machines à eau étaient garées l’une au faubourg d’Amercoeur et l’autre en Avroy. D’un modèle plus ancien, trop lourdes, elles fonctionnaient mal et on hésitait à s’en servir. (…) Lorsque ses pompes se trouvaient sur un lieu de sinistre, les servants ne cessaient de remplir le réservoir, la « bâche », où se trouvait le mécanisme de bronze et de bois. Celui-ci se terminait par une sorte de balancier de trois mètres de longueur, où quatorze hommes s’attelaient, essayant tant bien que mal de travailler en cadence.

     Mais l’incendie avait pris de grandes proportions. Les flammes, qui montaient fort haut, menaçait de propager le feu dans tout le quartier .Les habitants de la rive gauche de la Meuse accoururent et se heurtèrent, au pont des Arches, à la barricade qui venait d’être établie en toute hâte. Elle était composée de poutres de bois et de cordes fixées aux huit canons qui garnissaient la «  Dardanelle ».



                                               Le Prince-Evêque Maximilien-Henri de Bavière



                                          Le pont des Arches et sa Dardanelle

     Il faut savoir que Maximilien-Henri de Bavière, qui s’était emparé militairement de Liège, fit élever, en 1685, au milieu du pont des Arches une grosse tour carrée et crénelée. L’entrée à voûte était haute et large. Les portes en étaient fermées chaque soir, au dernier coup de cloche du couvre-feu et il fallait payer un aidan au portier pour obtenir l’ouverture du guichet. Ce triste monument était appelé «  Dardanelle ». Il fut seulement démoli le 23 mars 1790.

     Lorsque Bertrand et ses six servants arriva avec la pompe principale, il dut discuter ferme avec le gardien de la porte, qui finit par céder, et le laissa passer. Au moment où la fameuse machine arriva près de l’incendie, le cheval attelé au tombereau reçut une étincelle sur le dos. Sous la douleur, il se cabra et la pompe tomba s’enfonçant profondément dans la chaussée. (…) La pompe d’Amercoeur arriva. Mais nouvelle déception : le mécanisme rouillé ne fonctionnait plus. Il fallut attendre la pompe d’Avroy que des volontaires étaient allés chercher. Las ! le gardien qu’ils avaient trouvé occupé à jouer aux dés refusa des se dessaisir de la clef sans une autorisation spéciale, à demander aux autorités. Mais on ne savait où trouver les responsables. (note : peut-être à un dîner-Publifin)

     Des deux maisons incendiées, il ne restait que des pans de murs calcinés ; le toit d’une troisième commençait à flamber. La population se mit enfin à employer le système qui aurait été utile dès le début du sinistre : faire la chaîne. (…) Malgré la bonne volonté des habitants du quartier, les eaux ne suffirent pas à sauver la troisième maison en feu, et n’empêchèrent pas une quatrième puis une cinquième de s’enflammer à leur tour. (…) Six maisons disparurent dans les flammes. Et l’incendie s’éteignit faute de combustible, la distance  séparant les maisons suivantes ayant été la seule protection efficace pour le reste du quartier.




     Le sinistre de juin 1700, s’il ne fut pas le plus spectaculaire, marqua cependant la fin d’une époque. Peu de temps après cet incendie, en 1701, l’échelette et le cornet de cuivre furent remplacés par des décharges d’artillerie lancées de la citadelle. (…) Le service de lutte contre le feu ne s’améliora pourtant pas de sitôt. Il fallut attendre plus d’un siècle pour qu’un corps de pompiers soit instauré à Liège, sous le régime hollandais, en 1822.



Source : « Un incendie à Liège en 1700 » de Evelyne de Quatrebarbes et Jean Brose. Aux éditions Jean Petitpas, mai 1978.

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En bonus :
- «  Le Mal Saint-Martin » raconté par Robert Ruwet :

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