" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 29 avril 2017

Boum !



Afin de protéger vos yeux des rayonnements de l’explosion nucléaire, le texte se trouve un peu plus bas. >>>>

>>>> 

>>>>>>> vous y êtes presque >>>>>


>>>>> 




Il y a eu un grand boum. Pas un grand-grand mais un  boum quand même. Même que je me demande si l’immeuble n’a pas tremblé … un peu. «  Tu habites le plus moche immeuble de la ville la Liège »  qu’elle me dit mon amie Martine. J’ai regardé l’heure : 6h08. Le ciel est orangé. J’ai allumé la radio,  mais il n’y a que de la musique. D’ailleurs, maintenant,  il n’y a plus rien du tout. Sur Facebook, j’ai lu «  attentat terroriste » , « une des centrales nucléaires de Tihange a pèté » à moins que ce ne soit « une bombe sur l’aéroport de Zaventem ». A vous de choisir … D’ailleurs maintenant, il n’y a plus rien du tout …
J’ai vite couru chez Martine. Elle attendait son amie spadoise pour filer là-bas. Ben m*** , et moi alors ??? Je lui ai donné les deux cent quatre-vingt euros que j’avais pu retirer, fissa, au bancontact.
L’air est infect à respirer : ça sent la poussière de charbon. Purée, j’vais crever ! Le Delhaize vient de fermer. J’ai été faire quelques courses rue Saint-Séverin : pain, fromage en tranches, compote de pomme, yaourt, …

Plus tard :  toujours rien à la radio, à la tv, sur internet qui est inaccessible. Maintenant c’est plus simple : il n’y a plus de courant. Que faut-il faire ? Je redescends rue Sainte-Marguerite où nous avions une réunion au journal S.M. ( note : c’est pas sado-maso, Banane !) mais il n’y a personne. Je file au bistrot« Aux Portes de Liège ». C’est la serveuse, elle va fermer mais propose de me servir un verre en vitesse. Ya une dizaine de personnes dont la moitié déjà bien entamés. Comme de juss’, tout le monde à son avis, en gros les mêmes déjà énoncés plus haut. On voit et on  entend des hélicoptères qui  tournent au-dessus de nous, des drones itou, des ambulances, des pompiers, des flics qui filent-filent-filent … Des gens qui courent ici et là, paniqués, et sur les routes, quelques accrochages et accidents. Bref : la pagaille générale. En rentrant chez moi, je me pose tout de même la question. Que faire et où aller ? Je ne vais tout de même pas aller chez une de mes sœurs ou chez mon frère ? Je serais dans leurs pieds plus qu’autre chose et d’ailleurs il faut qu’ils s’occupent de leurs familles. Chez ma fille ? Elle habite à Dortmund, à Düsseldorf ou à Dresde, je sais pû. Donc, à c’t’heure, je suis fixé.

Un peu plus tard : J’étais un peu sonné et de toute façon, il fallait que je fasse le point. Un seul remède : une bonne sieste qui a duré 1 heure et demi. Malgré la chaleur moite ambiante, j’ai fermé toutes les fenêtres pour respirer le moins possible cet air infect. A mon réveil, j’ai commencé à saigner du nez ; faudrait dire pisser. Toc-toc-toc il fait mon pif dans le lavabo. Je me suis rappelé que le miel est un bon cicatrisant : total : je me promène avec des tampons de miel dans le pif. La tronche ! Sans compter que mes lèvres se crevassent et que de grosses larmes (qui ne sont pas uniquement de tristesse) me coulent des yeuses. Vu qu’il me restait à peine 20 euros d’argent en poche, je n’ai pas pu ramener tout-à-l’heure que peu de course ( impossible de payer avec sa carte, le système ne répond plus). Dans mon quartier, tout semble fermé, faut que j’aille au centre-ville. Les rues sont désertes comme elles le sont un jour férié. Un magasin rue de la Casquette. Chocolat, pain d’épice, biscottes, quelques cannettes de bière. Pour cacher mon pif enrubanné et ne plus avaler cet air pollué, j’ai mis un masque en papier comme on en trouve dans les hôpitaux. Quelques braillards dans les rues rendent l’atmosphère encore plus glauque. Au coin de la rue Volière, je me fais abordé par deux types qui saisissent mon sac de course et s’en vont le plus calmement du monde. Je leur crie : «  Hé, mais ne vous gênez pas ! ». L’un d’eux me répond : « Oh, ta gueule, hein toi, pépé ! ». Je n’ai pas demandé mon reste, courageux comme je suis …

Plus tard : j’ai mis des piles dans une vieille radio portative. Sur la rtbf, de la musique et une annonce toutes les dix minutes que je résume : «  … le mieux est que vous restiez chez vous. N’encombrez pas les rues, ne partez pas ailleurs car tout est bloqué et c’est partout pareil. Merci de rester à l’écoute … » . Brefle : 1. On nous laisse en plan. 2. Rien mais absolument rien n’a été prévu. Faisons le point : un voisin a laissé une dizaine de Jupiler dans le couloir (merci voisin). J’ai une bouteille de whisky Four Roses, un cubi de vin rouche, de quoi assurer pour un temps…

Plus tard : encore une explosion. Cette fois l’immeuble a tremblé. Le ciel est tout orangé, il fait chaud et moite, total je me promène à poil dans l’appartement. Pas ou peu de bruit autour de moi comme si tout le monde était fichu le camp. Je picole doucement mais sûrement.
 Alea jacta est !
 A Dieu vat !

Encore plus tard :
- Est-ce que vous diriez qu’une louche de cuisine est grande ?
- Non.
- Est-ce que vous diriez qu’un éléphant est grand ?
- Oui.
- Est-ce qu’un homme est grand ?
- ! …
°°°°°°°°°°°°°°°°
- Est-ce long de parcourir cent mètres à vélo ?
- Non.
- Et de parcourir dix kilomètres en auto ?
- Non.
- Et quinze kilomètres, vingt kilomètres, vingt-cinq kilomètres ?
- Non.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
- Est-ce qu’une cabane sans étage est haute ?
- Non.
- Est-ce que l’Empire State Building est haut ?
- Oui.
- Est-ce que dix kilomètres en hauteur c’est haut ?
- C’est déjà haut.
- Et vingt, vingt-cinq kilomètres ?
- ! …
Eh bien, vingt, vingt-cinq kilomètres en hauteur, c’est pour nous le néant.
- Diriez-vous qu’un asphodèle jouit d’une longue existence ?
- Non.
- Et une tortue des Galapagos ?
- Oui. Elle peut vivre plusieurs siècles.
- Est-ce que la vie d’un homme est longue ?
- ….
C’est tout ! 
Boum !




                                                                                        Jean Catin

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire