" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 8 octobre 2016

Le premier cheval de fer sur le plateau de la Haute-Ardenne ( Trois-Ponts, Vielsalm, Gouvy) vers 1866





                                            La ligne vers Saint-Vith

La mythique du progrès, qui s’était emparé des belges après 1830 et devait leur valoir de posséder le premier railway du continent, n’atteindrait la région de Vielsalm que vers 1866.
Dernier repaire de la sorcellerie, la vallée de la Salm sortait péniblement de sa sauvagerie. On comptait sur les doigts d’une main ceux qui savaient lire : c’était les rares bourgeois assez cossus pour se payer des études dans des séminaires lointains.

Léopold 1 er était mort le 10 décembre 1865. Ce roi, qui avait mené à bonne fin tout ce qu’il avait entrepris, avait voulu au début de son règne «  doter son royaume d’un réseau de chemin de fer, qui en ferait la plaque tournante de l’Europe ».  Son discours du trône du 9 juin 1833 recommandait aux Chambres la construction d’un chemin de fer. En 1865, les éloges funèbres des journaux de Berlin, de Paris et de Londres reconnaissaient à la Belgique le réseau de chemin de fer le plus complet du continent.

Cependant nous étions en 1866, et les habitants des villages de la Salm entre Trois-Ponts et Gouvy n’avaient pas encore ressenti l’émotion inexprimable de voir passer un train, ce convoi géant de la pensée moderne et son cheval de fer. La construction de la ligne était commencée. Les villages riverains, Grand-Halleux, Vielsalm, Salm-Château, Bovigny, Courtil entendaient le vacarme des roches qui sautaient. Bientôt on assisterait au merveilleux spectacle des locomotives fonçant à une vitesse vertigineuse à travers les montagnes éventrées. Dans chaque commune, on discutait, on écoutait des notabilités qui avaient déjà voyagé et prenaient, aux yeux écarquillés des paysans, figures de héros. La vapeur, la fumée, les escarbilles, le vacarme, les coups de fouet du vent, les maisons et les arbres qui fuyaient avec la rapidité de l’éclair, tout jetait dans l’extase et surtout cette sensation inoubliable quand le convoi pénétrait dans un tunnel comme une épée dans son fourreau : «  un bruit épouvantable se répercutait sous la voûte étroite comme celui de mille tonnerres. Au milieu d’une obscurité plus profonde que la nuit, et dont les ténèbres n’étaient éclairés que par la lueur rougeâtre des charbons ardents tombant du foyer, vous vous sentiez entraînés par une impétueuse vitesse qui semblait vous plonger dans un abîme infini au fond des entrailles de la terre ».
Les sorciers et les sorcières du Val de la Salm n’avaient qu’à bien se tenir. La magicienne LOCOMOTIVE tirerait du sommeil de l’ignorance la contrée la plus arriérée du royaume. Jean - Henri Rouxhe, le bourgmestre de Vielsalm, qui avait fait ses humanités anciennes à Saint-Roch Ferrières et sa philosophe au séminaire de Rolduc, récitait les vers du poète Van Hasselt, à la gloire de la locomotive :

          Symbole intelligent de la force créatrice
          Du canon détrôné sublime successeur
          Héraut d’un avenir de paix et de justice
          Salut, ô noble remorqueur
          Salut, géant d’airain aux brûlantes entrailles.

La fièvre des voyageurs du commerce commençait à brûler également les administrés de Monsieur le Maire.
                                                                                   Sylvain


          Premier de trois articles signés : Sylvain, paru dans " L'Avenir du Luxembourg » en août 1947.


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                                  Un article de l'Annonce de Vielsalm, en 1980

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