" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 1 janvier 2016

Portrait de Jean-Marie Verpoorten par Richard Bodéüs


                                               Jean-Marie Verpoorten et son petit-fils Antoine,
                                      fils de Dominique ( rhéto 87) à 70 ans d'écart, jour pour jour

« Courtaud et, eût-on dit, prêt à en découdre, complet gris, qui hésite entre le neutre et la fantaisie, coupé juste et qui semble le gêner aux entournures ; nœud « pap », très chic, mais à demi caché sous un menton généreux, le front large du penseur ou du taurin, luisant, sans une ride, quoique prématurément dégarni aux tempes ; les cheveux lisses, tirés vers l’arrière, sans apprêt ; le regard vif, inquisiteur, parfois fuyant, qui distille un soupçon de méfiance ou de défi ; la pointe de la langue volontiers retroussée sur la lèvre supérieure, avec un je ne sais quoi du jeune fauve agacé de son confinement ; le pas rapide cependant, le pas du trotteur que fouette le rappel de la cloche au dernier tour ; le verbe brusque, tantôt brutal, tantôt lénifiant, le plus souvent railleur ou, sinon, coupé de petits rires étouffés ; insolite, imprévisible, comme l’orage en montagne ; prompt à rabrouer sèchement la galéjade qu’il semble encourager sans freins ; superbement indifférent, comme il sied, aux niaiseries de la «  docétique », mais se flattant d’une ponctualité délirante, près de laquelle la sévérité des montres suisses n’est que bricolage et pipi de sansonnet ; affichant sans pudeur des intérêts insoupçonnables et, au premier chef, une tintinophilie de haute lisse ; alternant légèreté drolatique et pesanteur savante, selon le principe éprouvé que cela rachète ceci au regard des âmes tendres ; mal assuré toutefois, des applications quotidiennes de ce principe, à la manière des débutants dans la carrière, que soutient, seule, la foi en leur génie encore peu évident ; incapable, semble-t-il, de répondre à la gravité exigée de la tâche autrement que par à-coup fulgurants, truffés d’anecdotes ; inquiet, malgré tout, de la commande et, incidemment, du regard sombre de ceux qui la lui passant, autant que le potache en défaut dans le dos de son maître ; virevoltant, volubile ou taciturne, planté là ou bondissant, pâle d’angoisse ou rouge de colère, rigoureux dans le fond, désinvolte en apparence, expansif débridé, autant que farouche gardien de ses secrets, culotté à la façon des timides, mi désolé, mi ravi des malaises qu’il provoque sans retenue et de l’insolente curiosité qu’il suscite ; en deux mots, délicieusement énigmatique, … tel nous apparut, en cette année 1965, Jean-Marie Verpoorten, nouveau professeur de grec, dans la classe de rhétorique !
C’est il y a plus d’un demi-siècle. Si l’intéressé me lit aujourd’hui, après un demi-siècle d’amitié ininterrompue, il n’aura, je pense, aucune peine à reconnaître, ici, les signes discrets, mais mal déguisés, d’une immense gratitude. «

                                                                                           Richard Bodéüs


                                                                  Richard Bodéüs

                                  
Un article - d’excellence ! - que l’on peut trouver à la page 18 du dernier numéro en date des «  Echos de Bernardfagne », Bernardfagne étant le collège Saint-Roch à Ferrières ( ou j’ai passé quelques années). Nous avons affaire ici à deux professeurs de grec, qui furent tous deux mes professeurs (  à qui je n’ai laissé aucun souvenir, je le précise …)
Le premier est Jean-Marie Verpoorten. Pour vous donner une idée du personnage,  il est en train de rédiger un dictionnaire de sanscrit – français / anglais. Je le rencontre de temps en temps à la bibliothèque de l’université de Liège, ou tout simplement en rue. Parfois, nous nous invitons mutuellement à prendre un café et c’est, croyez-moi, toujours un plaisir extrême de discuter quelques minutes avec lui, la conversation étant orienté tous azimuts, cocasse, pétillante – quand elle n’est pas un peu plus sérieuse -.
L’auteur de ces mots est Richard Bodéüs. Lui également fut donc professeur au collège Saint-Roch. Il habite depuis de très nombreuses années au Canada. Il est enseignant-chercheur en histoire de la philosophie antique, particulièrement connu pour ses recherches sur Aristote.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire