" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 5 septembre 2015

Histoires extraordinaires à Liège




-  Rou-cou-cou !
Dernièrement, M.X…, habitué du café Charlemagne ( *), après avoir bien soupé, fit le pari d’avaler, sans le casser, un œuf de pigeon. On alla lui chercher un, il l’avala sans trop de difficultés et gagna son pari. Cinq ou six jours après, notre homme se sentit pris de violentes crampes d’estomac et ses douleurs allèrent toujours en augmentant jusqu’au 18 è jour. Enfin, le patient n’y tenant plus, on alla quérir un médecin, qui ordonna l’absorption d’un vomitif. Le remède fit bientôt son effet et l’œuf fut ramené à la lumière. En tombant sur le sol, il se brisa et, chose curieuse, il en sorti un petit pigeon plein de vie ! L’incubation avait eu lieu grâce à la chaleur de l’estomac, mais nous nous demandons ce qui serait arrivé si l’œuf y était resté jusqu’à l’éclosion.
Quant au jeune pigeon, il a été cédé à M. Mercenier, qui l’a installé dans une jolie volière placée hier dans la grande salle des billards, où il excite la curiosité des nombreux habitués du Grand café de la place Saint-Lambert. («  La Meuse », 1 er avril 1892)
(*) Café Charlemagne : ancien hôtel-restaurant au coin de la place Saint-Lambert et de la place Verte.

-  Crucifixion
Une incroyable tentative de suicide s’est produite dans la banlieue liégeoise. Un ouvrier, connu depuis longtemps pour son exaltation religieuse, s’était construit une croix au moyen de deux grosses poutres. Profitant de l’absence de sa femme, il traîna cette croix dans sa maison, s’étendit dessus, se lia les pieds avec une corde enroulée autour de la poutre et de ses membres inférieurs. A la hauteur de sa main gauche, il planta un grand clou à la tête appointie au moyen d’une lime, sur laquelle il appuya sa main, tandis que de l’autre il se la perçait à grands coups de marteau. Cela fait, il se saisit d’un couteau et se porta des coups dans la poitrine. C’est à ce moment que sa femme rentra. Elle arracha à l’exalté son couteau, le délia, tout en appelant au secours. On eut toutes les peines du monde à arracher ce crucifié volontaire de son instrument de supplice, sur lequel il se torturait en chantant des psaumes de pénitence. Il n’était vêtu que d’un pagne, voulant imiter le Christ le plus fidèlement possible. ( « La Meuse », 7 avril 1892)

-  Le pendu du parc d’Avroy
Vendredi 20 mai, 20 heures. Le square d’Avroy est silencieux et lugubre. Un jeune homme emprunte l’allée principale qui mène au Trink Hall au rond-point où se dresse la statue de Charlemagne. Débouchant de cette allée, contre la bordure gazonnée, il se cogne brusquement contre un corps qui se balance doucement à une branche inférieure d’un grand marronnier. On imagine sa stupéfaction ! Très choqué, il court chercher de l’aide. Dix mains au moins détachent soigneusement le pendu et l’étendent à terre. On coupe d’un coup de canif les mouchoirs de poche qui le retiennent à la branche d’arbre. On avertit le commissariat de police de la 2 è division et un médecin, qui constate que le désespéré, âgé d’une quarantaine d’années et pauvrement vêtu, respire encore. Il est transporté d’urgence en voiture-hamac à l’hôpital de Bavière. On l’interroge quand il reprend conscience. C’est un certain Armand Millair, né à Montréal en 1891, célibataire, garçon de café. Il est arrivé de Könisberg depuis deux jours. S’il a voulu mettre fin à ses jours, déclare-t-il, c’est qu’il n’a pas trouvé de travail et préfère mourir que voler … Son état est satisfaisant. («  La Meuse « ,22 mai 1910)



Ces trois articles sont tirés du livre de  Jean-Pierre Rorive : «  Petites histoires de Liège et sa province à la Belle Epoque » ( édition Jourdan)






Le pigeon des Guillemins.

Nous avons raconté dernièrement – sans trop y ajouter foi, d’ailleurs, tant le fait paraissait invraisemblable – qu’un pigeon accompagnait tous les jours, en volant au-dessus de la machine, l’express qui part des Guillemins vers Bruxelles à 9h57 et qu’il faisait ainsi chaque jour le voyage de Liège à Waremme.
Le fait, pourtant, est absolument exact et le pigeon extra-voyageur fait ce trajet depuis plus de deux mois, sans manquer un seul jour, malgré le vent, la neige ou la pluie.
Sur toute la ligne, on le connaît, et on attend son passage, tandis qu’aux Guillemins, les employés, les voyageurs et même un certain nombre de curieux venus spécialement pour lui, observent son départ.
Dès 9h30, on le voit, voletant autour de la gare, puis, dès que le train entre en gare sur la quatrième voie, il se pose sur une des branches du sémaphone qui se trouve près de l’endroit où la machine s’arrête.
Au coup de sifflet du départ, il prend joyeusement son vol, pour se poser cependant tout de suite sur le sémaphone suivant, au pied du plan incliné, où le train fait halte pendant quelques instants pour permettre d’accrocher la machine de renfort. Un nouveau coup de sifflet et l’oiseau s’envole vers la machine, se tenant de préférence dans le nuage de vapeur qui sort avec force de la cheminée pendant que le train gravit la côte.
(…)
Il va ainsi habituellement jusqu’à Waremme, quelque fois jusque Tirlemont, abandonnant alors le train, et revient à Liège en volant rapidement au-dessus de la voie ferrée et à si peu de hauteur qu’il passe en-dessous des viaducs.
Vers 11 ½ heures, il est de retour à la gare des Guillemins, où il reste jusqu’au lendemain matin. La gare est d’ailleurs son domicile depuis sa naissance. Il y a quelques mois encore, il habitait, en compagnie de onze autres pigeons, un petit pigeonnier placé sur le talus, en face des bâtiments, et appartenant à un employé M. François Simon. (…) Notre pigeon a une préférence pour les locomotives Nortington. Pourquoi cette préférence ? Sans doute à cause des briquettes goudronnées que seules ces machines brûlent et qui dégagent une fumée qui doit paraître agréable à ce pigeon.
(…)

Quoiqu’il en soi, voici certes un pigeon qui n’est pas banal et qui est en train de conquérir l’intense popularité qu’ont connu l’an passé les phoques du jardin d’acclimatation.
                                                  «  La Meuse », jeudi 15 mars 1900


- Coco, le perroquet de Sainte-Marguerite

  Un jour, deux Allemands, passant par la rue Sainte-Marguerite, crurent entendre les mots «  Sales Boches «  et les attribuèrent au perroquet qui, à ce moment, se trouvait dans l’embrasure d’une fenêtre. Immédiatement les militaires allèrent se plaindre à la Commandature d’où l’on envoya quatre hommes, baïonnette au canon, pour arrêter le coupable. En même temps, ils emmenèrent au Palais Mme Houtrechts, sa nièce et une voisine, qui furent interrogées par un officier. Quoiqu’elles affirmassent que l’oiseau ne possédât pas les mots «  Sales Boches «  dans son répertoire, ces dames furent néanmoins conduites à la prison de Saint-Léonard où on les retint prisonnières pendant cinq jours. Quant au perroquet, il avait été placé en observation chez un officier qui habitait boulevard de la Sauvenière et comme, après vingt jours, on ne lui avait pas entendu dire «  Sales Boches «, on le rendit à sa propriétaire. La rentrée de l’oiseau rue Sainte-Marguerite fut triomphale et ses voisins lui apportèrent des fleurs et des friandises !
Ajoutons qu’en restituant l’oiseau, les Allemands avaient stipulé que, sous peine d’une nouvelle confiscation, il devait être placé dans une chambre où il ne serait pas aperçu du public ! On dut donc interner Coco dans la cuisine et la liberté ne lui fut rendue que le jour de la signature de l’armistice !


                                                     «  La Meuse «, juin 1915

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