" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 28 juillet 2015

Louis Nisse : " L'homme qui arrêtait les trains "








                     Affichette pour le concours de dessins organisé par Le Cirque Divers en Roture.                                                  Dessin de Gérard Michel d'après une esquisse de Louis Nisse.


Voici un ouvrage qui est triple (pour le prix d’un !). Louis Nisse, qui fut professeur de français durant de très nombreuses années,  raconte d’abord son enfance, sa famille :  sa sœur, ses parents, ses grands-parents. Mais également Liège, sa ville, son quartier Saint-Hubert / Sainte-Marguerite, le tout via des anecdotes souvent savoureuses, croustillantes. Des instants lointains, déjà presqu’oubliés … Habilement,  il continue par la défense de la langue française, le récit de son action militante dans ce qu’on appelle aujourd’hui en Wallonie, le réunionisme ( un courant au sein du Mouvement wallon prônant la réunion de la Wallonie, voire de Bruxelles, à la France). Enfin, l’auteur rappelle son action pour la défense du patrimoine liégeois ( la sauvegarde et la mise en valeur des fouilles réalisées à la place St-Lambert, la défense des musées, de la vie culturelle face au « Mégamusée », etc.,   en collaboration avec les mouvements «  SOS Mémoire de Liège », « Le Vieux-Liège « dont il est membre ).

Vous trouverez dans ce récit coloré et émouvant une foule de petites – et de grandes choses- , très intéressantes, comme par exemple, ce qui suit …


Extraits :


-  Maman me racontait que, pendant la guerre, dans ce salon fréquenté par de riches bourgeoises qui ignoraient le rationnement, faisait parfois irruption une fillette famélique et sale. Impérieuse, elle désignait dans plusieurs assiettes les petits gâteaux qu’elle exigeait et enfonçant son index crasseux dans le moka ou la crème au beurre. Par dégoût plus que charité, on lui cédait. Et elle allait remettre son butin à sa mère qui l’attendait sur le trottoir avec une grande boite en carton.

-  (…) du ragoût de mouton de la seule moutonnerie de Liège, tenue par une bouchère, rue Saint-Séverin.

-  C’est peu dire qu’il y avait beaucoup de clochers dans ma ville ! Ne disait-on pas que Liège était l’enfer des femmes, le purgatoire des hommes et … le paradis des prêtres.

-  Au coin de la Place des Bons-Enfants, au café des Sang et Marine que nous fréquentions fort peu, mon père et moi, car nous étions des supporters des rouge et blanc (…)

-  Pour aller à l’école, je descendais les escaliers de la rue de la Montagne. Quand il avait bu, un mendiant unijambiste y provoquait les passants en allumant ses cigarettes avec des billets de vingt francs.

- Devant le parvis de l’église Sainte-Croix, Jean-Maurice, un garçonnet étrange, poursuivait le curé en poussant des croassements, en dépit de sa mère qui lui enjoignait de cesser.

- Notre emblématique quartier ( Sainte-Marguerite), Jean-Maurice Dehousse l’a qualifié de Varsovie liégeoise tant il a subi de meurtrissures.

-  (…)
   César et Alexandre font la guerre et la paix dans mon jardin rue des Rempart
   Pythagore joue à la marelle au coin de la rue Sainte-Marguerite et de la rue 
                    Publémont
   Du latin populi montem
   Degrés des Tisserands, les Parques ont loué un trois pièces à un pirate sicilien
   Ecrasé par le béton, Jésus meurt au carrefour Hocheporte
   Hier encore, Homère rempaillait les chaises
   Rue Haute-Sauvenière
   Adossé au chevet de Sainte-Croix-la-Secrète.

-  «  Ma tringle, c’est ma liberté », proclame le Tchantchès d’Al Botroûle ( Au Nombril), qui a un goût de paradoxe. La devise de ce théâtre de marionnettes de mon quartier est : «  Al Botroûle, n’a nouk qui tchoûle ( Au Nombril, il n’y a aucun qui pleure).

-  La carrière d’enseignant à laquelle ce diplôme donnait surtout accès était déjà méprisée en 1962. L’avait-elle été moins auparavant ? J’en doute : il y a peu de ratés dans la reproduction. Devenir prof, exercer ce métier, servile dès l’Antiquité et mal payé, fi ! Avocat ou notaire, (…) comme papa, ingénieur, bien sûr, et, à la rigueur, toubib. Mais prof !


- Mais ce qui me frappe le plus, c’est que Georges Simenon ait toujours gardé, comme s’il n’était jamais parti, n’avait rien écrit ni vécu, était resté tout sa vie sans bouger sur les rives de la Meuse, dans la Cité Ardente, son extraordinaire accent liégeois.                           
                                                     Patrick Roegiers, «  Le mal du pays « 

-  Je ne connais aucun Belge qui, passant la frontière, ne rajuste discrètement son parler, comme on rectifie le nœud de sa cravate ou comme on vérifie discrètement sa braguette avant de rentrer dans le bureau du patron.
                                Jean-Marie Klinkenberg, «  Petites mythologies belges « 


 - En mars 1992, les étudiants en archéologie de Marcel Otte, qui fouillaient la place Saint-Lambert, s’en prirent aux engins de chantier. Les Sentinelles de Saint-Lambert, conduits par Germain Dufour, un moine capucin, balayeur de rues devenu sénateur-écolo, campèrent sur la place où Sœur Emmanuelle vint les soutenir. Une pétition circula. Des milliers de sympathisants des quatre coins de l’Europe nous encouragèrent. Léopold Renard, un rusé goupil, notre Ho-Chi-Minh du Conseil d’Etat, et Louise Lorquet, sa compagne, la passionaria du CWATUP ( le Code Wallon d’Aménagement du Territoire) donnaient du fil à retordre aux vandales. (…)



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En bonus :

- Interview sur RTC :

-  les premières pages en pdf :
- Tribulations d’un vieux quartier liégeois ( in « La libre » :

-  Nicolas Defrécheux : " Mès deûs lingadjes " - " Mes deux langues" :

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