" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 7 juin 2015

Raymond-Gaspar Jacob : " Turlûte "






Turlûte, de son vrai nom Ovide Bouc, habite avec son père l’impasse Hardy située au coin des rue Louvrex et Saint-Gilles. Dans son quartier c’est un meneur, un chef. Mais notre héros se cherche car il veut devenir mordicus « quelqu’un ». Ainsi il pense avoir l’étoffe pour être, tour à tour, un grand voyageur, un dompteur, un savant, un féru d’astronomie, un chimiste … mais le talent lui manque. Il se contentera d’être un bon Liègeois (ce qui n’est déjà pas mal ! ). Grâce à lui, nous déambulons dans plusieurs quartiers de la  Cité ardente. 
Un roman populaire qui, par définition, n’est d’aucune prétention, mais bien, par contre, délassant et drôle (ce qui n’est déjà pas si mal ! ).



Extraits :


 *    «  Turlûte, l’as de l’impasse Hardy. Ce gamin, plus grand, plus fort, plus habile et plus rusé que ceux de son âge, jouissait d’une certaine célébrité dans le quartier. Beau parleur à la langue bien pendue et à la réplique prompte et acerbe, il était incontestablement le chef de la « bande du Trixhay » - les ennemis jurés de « ceux de chez Delamme ». Il s’appelait Ovide Bouc de son vrai nom, mais tous le nommaient Turlûte, sans qu’on sût d’où lui venait ce surnom évocateur de liesse, de frairie et d’esprit liégeois. «

(Note : renseignement pris, la petite place Trixhay se situait en face de l’impasse Hardy, au coin des rues Louvrex et Saint-Gilles.)


*   Il montra les mondes, les étoiles, les satellites, les planètes ; il parla des anneaux de Saturne, des canaux de la Lune et son éloquence était telle que l’on aurait cru à tout moment apercevoir les habitants supposés de la Lune ou de Mars, se pencher hors de leur globe pour écouter ses imprécations.


*  «  On monta la rue Reynier ; on gravit la rue Wazon ; on franchit la rue Bidaut et la rue du Haut-Pré et l’on arriva sur la place en face de la gare. Le forain arrêta son cheval. Il appela l’enfant.
   - Nous sommes arrivés, dit-il
Le gamin connaissait la gare du Haut-pré. Il savait que pour les voitures, c’était là un cul-de-sac. Pourquoi était-on venu par ici ? Il demanda candidement au forain si l’on allait prendre le train et charger roulotte, fourgon et cheval sur le wagon.
   - Le train, répondit l’homme, mais pour quoi faire ? Tu ne sais donc pas que, dimanche prochain, c’est la fête Sainte-Marguerite et que j’ai loué cet emplacement.
Turlûte senti la terre trembler sous ses pieds. Ainsi son grand voyage, son départ à l’étranger, avait consisté en un simple changement de quartier en sa ville. (…) Il comprenait déjà quelle serait la vraie vie qu’il mènerait avec ce forain : changer de quartier, aller de fête en fête, mais se confiner toujours dans un rayon restreint. »





*  «  Il arriva près de la basilique Saint-Martin. (…) Telle un donjon, la cour carrée s’élevait vers le ciel et les murs luisaient doucement de leur teinte grise, propre à la plupart des édifices du pays mosan. (…) Il poursuivit sa marche par le Mont où, bayant vers les habitations aux nombreux petits carreaux verts, aux ogives légères et aux toits incurvés, il déambula à pas lents. Il croyait entendre les maisons lui parler : - « N’as-tu pas la même famille que nous ? Ne sommes-nous pas tes aïeules et pourquoi voudrais-tu nous abandonner ? » (…) L’église Sainte-Croix se dressa devant lui. Sentinelle de garde au-dessus de la pente de la Haute-Sauvenière, elle avait l’air de vouloir encore empêcher, ainsi que le faisait jadis la porte d’enceinte, les ennemis possibles de pénétrer dans la ville. »

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