" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 20 avril 2015

Jean-Pierre Keimeul : " Regard politiquement incorrect "






L’action de ce court roman (tout juste 100 pages) se déroule à la Liège dans les toutes dernières années du XX ème siècle. Il y a Jean-Maurice, la cinquantaine, ex journaliste au « Drapeau rouge » (journal communiste) ; Pierrot, ex-linotypiste reconverti en taximan ; Marianne, amie de Jean-Maurice ; Mathilde 20 ans, Liégeoise, étudiante qui à un graduat en poche ; Aristide, étudiant burundais Tustsi. Tout ce petit monde se cherche politiquement … à gauche. Une occasion également pour Jean-Pierre Keimeul de nous parler du monde journalistique qu’il connait bien et de la vie quotidienne liégeoise.

 Se lit agréablement ! Vous pouvez trouver ce livre à bibliothèque des Chiroux.


Extraits :


-  Le bien et le mal devenait chez lui des notions relatives.

-  De dos, il était encore plus touchant. Elle avait un faible pour les quinquagénaires un peu chaloupant en maque de maternage …

-  Quartier de la Batte, là où tous les dimanches le marché fait son plein de frontaliers, hollandais et de liégeois en quête de la gouaille de maraîchers, de couleurs de tissus, de fruits débordant des caisses et d’effluves cuisinées. Un parcours d’instinct conduit aux ruelles chaudes. Elles se font petites, minuscules, tout en étant à front de fleuve. Ruelles vénales clignotants de néons rouges et bleus dès que le soir tombe. Long corridor de corps en vitrine, ce goulot prostitutionnel, irrésistiblement attire, et le jour du marché, les couples eux-mêmes, ceux que l’amour rend benêts comme ceux que le temps rend maussades, mine de rien, passent par le chemin de l’interdit. Rien de comparable aux paillettes amstellodamoises, à la promenade des dames de la gare de Milan, aux hôtels de passe parisiens. Les filles occupent un espace appelé « carrée » dans un environnement quasi moyenâgeux, désuet et sensuel. Les maisons ne vivent que par le sexe, et seule la pièce du bas est exploitée. D’emblée se respire la promiscuité des clients avec eux-mêmes. Difficile d’échapper au corps à corps, au regard, non pas de la péripatéticienne mais des autres clients. Les hommes se frôlent comme des femmes honteuses, passant du coup de tête à droite furtif, aux yeux baissés sur le pavé. A deux de front maximum, par deux entrées. L’une côté fleuve, l’autre jouxtant quasi le centre-ville. (…) Il n’est pas rare que le client passe du désir à la confession. Du phantasme de la possession à l’anesthésie de sa force. Pour devenir l’espace de quelques minutes, l’homme objet, l’homme jouet, dans les mains expertes de la femme méprisée, vilipendée, par les femmes honnêtes. On y entre la bouche sèche, on en sort avec une envie d’uriner et un spasme de rejet. Pourtant, ils reviendront, se brûler aux étals du sexe, refusant de n’y voir qu’une pratique marchande, un échange de misère du corps qui tient  de la misère de l’âme. Aller aux putes ne tient-il pas du pèlerinage et du libertinage ? (…)

   Jean-Maurice est sensible à la culture chez les femmes. Beaucoup de filles de bar ont cette boulimie du livre de poche, qui en fait des autodidactes cultivées. Jean-Maurice  aime bien discuter bouquins après l’amour. Cela leur plait aux filles. Pour un peu elles déboucheraient une bouteille et tiendrait salon. Elles lisent tout. Bazin reste une valeur sûre, avec la mort du petit cheval et Folcoche. Mais Patricia Highsmith fait un tabac. Une avait vraiment lu Sartre. (…) Il avait cette qualité propre aux putes et aux assistantes sociales, l’écoute. Super important dans l’approche du sexe féminin. Les hommes qui écoutent vraiment sont rarissimes. (…)

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