" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 6 février 2015

Henri Guillemin : " Napoléon tel quel "



Avant de subir les fastes de « Waterloo 2015 », comprenez la commémoration du 200 ème anniversaire de l’illustrissime et ultime bataille de Bonaparte, il serait peut-être bon de lire, ou relire, ce «  Napoléon tel quel «  signé par Henri Guillemin. Cet historien, qui fut tant décrié, a une vision singulière de l’Empereur. Pour lui,  Bonaparte se fichait pas mal de la France et n’avait qu’un seul et unique but : s’enrichir, peu importe les moyens.
De nombreux Français ne pardonneront jamais – jamais ! –à Henri Guillemin d’avoir souillé la mémoire d’un des rares personnages de l’Histoire qui aurait apporté la « Gloire à la France ». Il est vrai que la vérité n’est pas toujours bonne à dire …


Extraits :


-  C’est un pillard qu’il faut, et Bonaparte est qualifié. Sa proclamation aux bandes qu’il va déchaîner sur la plaine du Pô : «  Soldats, vous êtes nus, mal chaussés, mal nourris. Je vais vous conduire dans les plaines les plus fertiles du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir. Vous y trouverez honneur ( sic !), gloire et richesse. » On ne peut être plus clair dans le banditisme. Hold-up géant ; fric-frac énorme. Ce qui s’est abattu sur l’Italie en la personne de Bonaparte, c’est exactement un vampire. Et les neutres même – à Gênes, à Parme, à Modène, à Venise – doivent payer pour être épargnés (un nom pour cela : racket)

-  Talleyrand et Bonaparte se ressemblent comme deux gouttes de pus.

-  Voltaire a donné la formule du pays bien organisé : c’est celui, a-t-il énoncé, où «  le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne « .

-  Benjamin Constant, un expert, enseignait que la politique est « l’art », avant tout «  de présenter les choses sous la forme la plus propre à les faire accepter « . autrement dit, le choix du vocabulaire est capital et le meilleur politicien est celui qui se montre capable de faire applaudir par la foule un système où les mots recouvriront le contraire, exactement, de ce qu’ils annoncent. Les Constituants s’étaient montrés très fort à ce jeu-là, avec leur Déclaration des Droits de l’Homme, proclamant que tous les individus «  naissent et demeurent libres et égaux en droits », déclaration suivie des dispositions pratiques dont nous avons rappelé l’essentiel : silence aux pauvres ; pour eux pas de bulletins de vote (et voilà pour l’égalité) ; maintien de l’esclavage dans les colonies et de la traite des noirs ; interdiction de s’unir contre l’arbitraire patronal, en matière de salaire (et voilà pour la liberté).

-  Bonaparte est absolument d’accord avec Voltaire, lequel déclarait : «  Il est fort bon de faire accroire que l’âme est immortelle et qu’il existe un dieu vengeur qui punira mes paysans s’ils veulent me voler mon blé. »

-  Et l’abbé Maury, l’un des ténors de l’extrême-droite, qui ne sortait jamais sans ses pistolets (il les appelait «  mes burettes »), et qui se vantait, en riant, de ne jamais mentir «  sauf en chaire « , Maury – que Napoléon fera cardinal – pensait exactement comme Fouché et déclarait : « Une bonne police et un bon clergé, avec ça, on a la tranquillité publique ».

-  Elle est bien connu, l’interjection de la «  mama «  devant la réussite, en France, de son «  Nabou » : « Pourvou que ça doure ! « 

- De Bonaparte : «  La France ? Je couche avec elle ; et elle me prodigue son sang et ses trésors « , autrement dit : elle fait ce que je veux, et elle paie. Dans la vie courant, il existe un terme pour qualifier ce genre d’individu.

-  Le fier à bras, le caïd, avait proclamé, le 29 octobre 1803 : «  Je planterai mon drapeau sur la tour de Londres ou je périrai ». Il ne plantera jamais son drapeau sur la tour de Londres et mourra paisiblement dans son lit. Mais un million d’hommes, par sa grâce, mourront d’une autre manière, dans les carnages de sa «  gloire ». Et le malheur de mon pays fut que ce forban, pour ses interminables razzias, s’était procuré, comme tueurs, les conscrits français.


-  Napoléon, en mars 1811, se félicite d’avoir «  dans ses caves des Tuileries « , 300 millions d’or ; il ne parle pas des 400 millions supplémentaires qui sont là, aussi, dans ses coffres, en papiers divers. C’est sa cassette privée, indépendante de sa liste civile, laquelle s’élève déjà, comme on sait, à 25 millions annuels. (…)




Une partie du tableau de chasse de Monsieur Napoléon

-  En Italie. Soulèvements. Répressions sauvages. Le 25 mai 1797, Lannes est chargé de mettre le feu à toutes les maisons de Binasco, car on y a bougé contre le nouvel occupant. A Pavie, se sont réfugiés dix mille paysans fuyant les horreurs de la conquête. Ils font mine de créer là une résistance ; charges de cavalerie : le canon tire à la mitraille dans les rues. La troupe demande qu’on lui livre la ville. Accordé. Douze heures pour la mise à sac. Avis le 28 mai : «  Tout village où sonnera le tocsin sera, sur-le-champ, incendié». Massacres à Faenza, à Imola, à Vérone.

-  Il a maté les Egyptiens par les moyens usuels : bombardement de la mosquée du Caire, exécutions persuasives en série, répression foudroyante d’un mouvement de fellahs. Bonaparte a fait venir du Delta des sacs remplis de têtes coupées que l’on déverse, au Caire, sur la Grand-Place, pour l’édification des spectateurs et de manière à leur inspirer l’égard de l’occupant.

-  Il y a eu l’incident de route, près de Jaffa, des deux mille prisonniers que Bonaparte, plutôt que de les nourrir – on ne va surtout pas les relâcher ! – trouve plus commode de faire exterminer, dans les dunes, à l’arme blanche, afin d’économiser les munitions. (…) Mais non, Bonaparte n’a pas touché les bubons de ses soldats mourants ; il les a fait tuer, ses malades ! pour qu’ils ne tombent pas aux mains des Turcs qui les eussent torturés… Par humanité, en somme.


-  L’épopée napoléonienne, gluante de sang, ne revêt sa dimension que si des chiffres l’accompagnent. Austerlitz ? 23 000 morts ; mais quand on a le cœur bien placé, les cadavres d’Austerlitz disparaissent dans le soleil du même nom. Eylau ? 50 000 hommes tombent. Wagram ? Napoléon y bat son propre record (55 000 tués), qu’il surpassera à Borodino, gala qui coûte aux deux armées quelque 80 000 soldats.



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En bonus, les conférences de Henri Guillemin que vous pouvez retrouver ci-dessous


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