" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 28 décembre 2014

Robert Ruwet : " Le Sorcier "



En prononçant maladroitement une formule magique, Nicolas, un sorcier, se retrouve dans les Limbes (à côté du Paradis) avec ses deux filles et son fils. Il leur est impossible de retourner sur Terre. Nicolas rencontre un ange ( Séraphin) et ses enfants un démon. Très vite, ces deux êtres ailés (voire fourchu pour l’un) n’ont plus qu’une idée en tête : voler le livre magique et aller faire du tourisme sur Terre …
Fameux dialogues, parfois très crus, et puis, ce ne doit pas être triste non plus sur scène …

Deux extraits :


Nicolas :
Ben le purgatoire ! De quoi on cause, Séraphin ? C'est loin ?

Ange :
Loin ?

Nicolas :
Oui ! Je te demande si c'est loin d’ici !

Ange :
Mais... cher Monsieur Nicolas, il m'est impossible de répondre à une telle question. Près... loin... ces mots ne veulent rien dire ici.

Nicolas :
Mm mm... Pourtant, par là c'est par là... et par là c'est par là...

Ange :
Dites-moi, Monsieur Nicolas.

Nicolas :
Mm mm...

Ange :
Votre livre... enfin, votre grimoire...

Nicolas :
Quoi ?

Ange :
Il m'a semblé que vous l'aviez déposé là.

Nicolas :
Exact.

Ange :
Or, si je ne me trompe...

Nicolas :
Ben quoi ?

Ange :
Il n'est plus là !

Nicolas :
Nom de dieu !

Ange :
Je vous en prie.

Nicolas :
Mon bouquin ! Mon bouquin !

Ange :
Où est-il ?

Nicolas :
Ils me l'on piqué ! Ils me l'ont piqué !

Ange :
"Ils» ? Qui cela ?

Nicolas :
Mais les trois petits monstres.

Ange :
Des petits monstres ? Mais il n'y a point de monstres dans les Limbes, Monsieur Nicolas, point de monstres !

Nicolas :
Mes enfants.

Ange :
Vos enfants ?

Nicolas :
Oui, mes enfants. Oh, je t'en prie, Séraphin, ne prends pas cet air idiot. Quand j'ai débarqué chez toi, j'étais pas seul, j'étais accompagné de mes trois mômes.

°°°°°°°°°°°°

Nicolas :
D'ailleurs, ces mouflets-là, je ne suis pas bien certain que ce soient vraiment mes enfants.

Ange :
Quoi ?

Nicolas :
Non. A l'époque où ils sont nés, j'avais pas encore opté pour la sorcellerie. J'étais représentant de commerce. Ca ne marchait pas fort. Ca ne marchait même pas du tout. C'est-à-dire que les affaires ne marchaient pas, moi bien. Des kilomètres chaque jour ! Alors, pour essayer de nouer les deux bouts, il m'arrivait souvent de partir pendant une ou deux semaines.

Ange :
Quel est le rapport ?

Nicolas :
Le rapport ! Le rapport ? Faut te faire un petit dessin ? Quand j'étais pas là, ma femme était toute seule. Alors les rapports...

Ange :
Je ne vous suis pas.

Nicolas :
Dis, Séraphin ! Tu as une vague idée de la manière dont ça se fabrique, les mouflets ?

Ange :
Vous voulez parler de la conception des enfants ?

Nicolas :
Tout juste.

Ange :
Oh... je sais que parfois le Saint-Esprit se transforme en colombe et...

Nicolas :
Ouais ! C'est sûrement ça. Pendant que je me tapais toutes les affreuses petites villes de province, avec mes deux valises, ma femme se tapait un nuage de colombes.

Ange :
Vous croyez ?

Nicolas :

Oui, mais je m'en fous. Parce que moi, dans mes petites villes de province, je ne privais pas pour faire le coup de la colombe aux belles demeurées. Et puis, d'ailleurs, ces gosses ils n'ont rien de moi. Les filles sont méchantes comme des teignes alors que je suis bon comme le pain. Quant au gamin, c'est la honte de la famille. De n'importe quelle famille ! A lui tout seul c'est la négation de la théorie de l'évolution. La seule existence de Jojo prouve que Darwin n'était qu'un âne. Parce que Darwin s'est mis dans la tête qu'il nous a fallu des millions d'années pour ne plus être des singes. Oui ! Avec des tarés comme Jojo, je suis prêt à parier qu'en deux générations on sera regrimpé dans les arbres à bouffer des noix de coco.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire