" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 17 novembre 2014

Liège en 1917




                                                  Café du Phare et le Grand Hôtel en 1917 
                                        ( au coin de la place Verte et de la place St-Lambert )


Dans son livre «  Liège dans la guerre et dans la paix» , Dieudonné Boverie nous raconte l’année 1917 à Liège. En voici quelques extraits.

-  La nuit du 3 au 4 janvier 1917 verra se dérouler la réédition de l’exploit de l’ « Anna », ce remorqueur qui, trompant l’attention des Allemands la nuit du 4 décembre 1916, se laissa descendre au fil de la Meuse, poussa ses moteurs à fond et accosta en Hollande avec quarante-deux passagers clandestins. L’aventure de l’ « Atlas V » fut plus périlleuse (…)   Il aborda en face d’Eysden où les passagers débarquèrent sains et saufs. Ils étaient cent sept, dont deux femmes. Plusieurs Liégeois accusés d’avoir été les complices de cette opération (…) furent condamnés à des peines sévères.

-  L’hiver en ce début de 1917 est rude. On a enregistré des températures très basses, de moins 4° à moins 16 °. Faut-il dire combien ce nouveau coup frappe les foyers pauvres. (…)


                                            Gare de Longdoz en 1917

-  On vivait d’expédients alimentaires. Ne disait-on pas que, dans certains pains d’épices, il y avait 20 % de sciure.

-  La pomme de terre avait elle-même un succédané : le rutabaga, ce navet de Suède. «  I ravisse ottant ‘ne compîre, qu’in’ crévète on homard ! » ( Autant de ressemblance entre lui et la pomme de terre qu’entre une crevette et le homard).

- En février, la ration de pain est réduite : de 350 grammes, elle tombe à 300. Les vivres se paient : farine 6,50 F le kilo, riz 4,25 F , viande 12 F, pommes de terre 1,75 F, sucre 8,50 F. Ces prix étaient en 1914, respectivement : 20 centimes – 60 cmes – 2.00 F – 15 cmes – 70 cmes.



-  Mars reste froid et enneigé ; le thermomètre indique souvent du sous-zéro. On voit des gens revenir en ville avec des charrettes à bras chargées de bois mort qu’ils ont été ramassé dans les forêts du Sart-Tilman et autres endroits boisés de la périphérie.

-  Une nouvelle circule ; on y croit pas : les Etats-Unis auraient déclarés la guerre à l’Allemagne. La nouvelle provoque la joie, mais les mamans songent tout de suite à ce contre coup : alors plus aucune aide alimentaire américaine possible. Une autre nouvelle qui nous désole : la révolution a éclaté en Russie. (…)


       Le Standard de Liège remporte le championnat liégeois 1917-1918 sans perdre un seul point


-  Les œuvres des dîners économiques et de la soupe populaire ont dû prendre des mesures afin d’éviter des abus. Elles ont créé des carnets qui empêcheront certains d’émarger à plusieurs œuvres le même jour. Les dîners sont vendus 30 centimes aux personnes qui gagnent moins de 100 F par mois, 70 cmes pour qui gagne 125 F et un franc aux autres protégés. On distribue 20.000 dîners chaque jour.

-  En juin, il faut 250 F pour un costume et 80 F pour une paire de chaussures. (…) Le pain fourni est de qualité douteuse. (…)  Place Cockerill, où avait lieu le marché, il y eut des incidents entre clients et maraîchers qui exagéraient leurs prix. (…) Quant aux produits pharmaceutiques, certains avaient vu leur prix multiplié par 400 ! Les trains étaient tellement lents qu’il fallait, de Liège, 5 heures pour atteindre Bruxelles. Le vaillant Alsacien Joseph Zillioz qui avait piloté, le 4 décembre 1916, le remorqueur «  Anna » fut fusillé le 25 juillet.

- En ce mois d’août, les Boches procédèrent au rapatriement de malheureux déportés. Ils furent 65.000 à rentrer dans les hôpitaux plutôt que dans leurs foyers … La majorité d’entre eux étaient marqués à jamais par la maladie et moururent dans les mois et les années qui suivirent …


                                 Carte de la Belgique en 1917 vue par l'occupant


-  Les chiffres des soldats tués, que publiaient les journaux venus de Hollande, ne provoquaient pas le choc que leur énormité eut dû avoir : Alliés 4 .850.00 hommes ; les Centraux 4.900.000 …

-  Septembre 1917 . On vit de nombreux Liégeois, munis d’outils hétéroclites, s’en aller en tramways vicinaux vers le Limbourg pour aller «  ramèh’ner », c’est-à-dire glaner, grapiller sur les champs de pommes de terre, après la récolte effectuée par les fermiers.


                                                  Georges Ista, écrivain liégeois

-  On joue l’opérette au Trianon. L’opérette et le drame au Pavillon de Flore. La scène wallonne au Trocadéro. La Gaïeté, en Pont d’Avroy, donne du vaudeville. L’Alacazar, en Haute-Sauvenière, joue le drame et le cinéma Le Winter, rue G. Clémenceau présente l’opérette et le café-concert, de même que le Kursaal et le Régina en Pont d’Avroy, café-concert et cinéma. Au Liège-palace, c’est le music-hall et le cinéma. Il y a enfin les cinémas Astoria, Mondain, Américain, Stella, Scala, tous disparus. L’Astoria se trouvait place du Théâtre, les trois autres rue de la Régence.

- Les spectacles existaient, mais  l’autre «  spectacle » n’avait pas cessé : obligation de livrer tout ce qui, jusqu’alors, avait échappé à la rapine, des bouillottes aux rampes d’escalier, aux quinquets et aux pendules, pourvu que cela fût du cuivre, bronze ou laiton… Ces objet étaient payés de 5 à 7 F le kg, si bien qu’une tête de Beethoven, qui avait coûté 500 F vous était payée 35 si elle pesait cinq kilos. Aussi, caves, greniers et autres coins cachés recélèrent-ils des tonnes de métal dont les Allemands avaient un impérieux besoin. Inutile de dire que le sentiment anti-allemand jouait bien plus qu’une éventuelle perte d’argent…

- Le 10 septembre, on apprend que le commissaire Jean Lejeune, impliqué dans la fuite du remorqueur  «  Anna » a été fusillé à la Chartreuse.
Un grave accident de chemin de fer a lieu le 19 sur la ligne vicinale Ans-Oreye. On compta 24 morts et 89 blessés. La majeure partie était des Liégeois partant en Hesbaye à la recherche de nourriture.

-  Un arrêté provoqua une intense émotion : la saisie des chiens âgés de 1 à 4 ans et ayant plus de 40 centimètres de hauteur à l’épaule … Une émotion telle que l’arrêté fut amendé. De toute façon, les chiens livrables furent cachés, malgré les punitions prévues de 5 ans de prison et 20.000 marks d’amende.



-  Depuis des mois, l’occultation était obligatoire sur la voie publique, dès le soir venu. Une sirène installée sur le toit du Palais de Justice retentissait pour annoncer le passage d’aéroplanes alliés. Aussitôt tout devait s’éteindre en ville, chez les particuliers et dans les cafés : les tramways devaient d’arrêter. A un nouveau signal convenu, tout pouvait reprendre vie et lumière.

-  Vers la mi-octobre, on apprit que le Liégeois Jacques Ochs, peintre sportif et aviateur avait été blessé en combat aérien et décoré de la Croix de guerre.

-  Fin du mois, des cas de fièvre typhoïde furent déclarées à Ans et à Bressoux.

- En ce qui concerne les souliers, on invente la semelle de bois, épaisse de deux centimètres. C’est d’une solidité à toute épreuve et les pieds sont au chaud même dans la neige. Place Delcour et place de Bavière, ce sont de longues files de patineurs qui s’élancent sur les « rides »  (glissoires) longs miroirs sur le champ de neige. C’est au début de ce mois de novembre que la terrible nouvelle parvient : la Russie demande la paix à l’Allemagne.


- Le 9 novembre, le Liège-Palace dut fermer huit jours sur l’ordre de l’autorité allemande : un spectateur avait protesté bruyamment parce que les commentaires d’un film étaient libellés uniquement en flamand !

-   Le 24, le vicinal Liège-Barchon- Warsage dut cesser son activité. MM les Boches s’emparaient du matériel, des rails,etc. Oncle Felix en conclut : «  Enn’ âront bin vite mèsâhe po ‘nnè raler ! » ( ils en auront bientôt besoin pour s’en retourner chez eux)

-  Décembre 1917. Ainsi en fut-il de la St-Nicolas sans jouet, Noël sans lapin et du nouvel-an avec ses gaufres de farine, amalgame de seigle, de sarrasin et autres céréales dont se régalaient d’habitude les poules .
En cette fin d’année 1917, de nouveaux martyrs ; parmi eux, une jeune fille, tombée avec deux compagnons devant le peloton d’exécution (…)


Gott mit uns !   ( en langue allemande, Dieu avec nous)

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