" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mercredi 22 octobre 2014

Prostitution à Liège en 1993


Rue Varin





Voici des extraits d’une assez longue série signée par Nicole Jacquemin dans le journal «  La Meuse » de la semaine du 11 au 15 octobre 1993.



A Liège, il y a différentes manières de se prostituer. Bars (quartier des Guillemins, ancien route de Bruxelles), salons (centre-ville), annonce, racolage. Les racoleuses (une cinquantaine identifiées à Liège) ne sont pas aimées des pros et de leurs protecteurs. Il n’est pas rare qu’elles soient chassées sans ménagement. Pour avoir fait de la concurrence à ces dames installées qui paient cher le loyer de leur salon. A Liège, les racoleuses accrochent le passant surtout place Saint-Denis et rue de la Cathédrale, au coin de la rue de la Cathédrale et de la rue Souverain-Pont. Elles se prostituent dans un hôtel de passe ou dans une voiture. Sans mesurer le danger. Ces jeunes femmes – fanées par leur choix de vie – sont principalement des héroïnomanes. Accroc, elles ne pensent qu’à se fournir l’argent qu’elles dépenseront aussitôt «  gagné «  « en montant à «  Maas « ou chez le dealer local qui leur fournira leurs drogue. Le lendemain, la recherche infernale reprendra.



* Proxénétisme hôtelier.

A Liège-ville, cent-cinquante salons sont répertoriés, deux cent cinquante filles y « tournent ». Ces salons sont surtout rue du Champion, de l’Agneau, Florimont. Loués chers par les propriétaires, souvent des bourgeois installés… l’argent n’a pas d’odeur. Les loyers varient souvent de 1.500 francs par jour et par fille. Elles font les pauses, elles paient ; parfois le propriétaire sous-loue et les filles «  s’arrangent «  entre elles. (…).
Parmi les filles travaillant en salon, un quart, estime-t-on, sont des femmes mariées. Monsieur va au boulet le matin, thermos et tartines dans la serviette, madame va au salon … Ces macs-là, on les appelle des « Julos-casse-croûte « . (…)

Dans le quartier de la gare des Guillemins, on peut trouver de nombreux salons et des bars. Rue Varin, rue du Plan Incliné et dans des rues adjacentes.

 * En privé

 La prostitution en privé a pris aujourd’hui un nouvel essor. Dans une annonce, un texte court suivi d’un numéro de téléphone. Parfois, c’est un répondeur qui parle d’une voix qui se veut envoûtante : «  Bonjour, monsieur, c’est gentil de penser à moi. J’ai hâte de vous cajoler. Je vous attends dans mon univers de parfum, d’érotisme et de sensualité. A partir de 2.000 francs. J’ai 19 ans, je vous offre ma jeunesse. «  Les annonces dans les journaux suivies d’un numéros de téléphone sont de plus en plus nombreuses. (…)
Six mille filles ont «  tourné «  à Liège depuis vingt ans. (…) La grande majorité des filles sont Belges, la majorité des étrangères sont Françaises ; il y a des Hollandaises, des Polonaises, des Ghanéennes. (…)
Les filles qui sont placées en bar à hôtesses tournent plus rapidement, après un mois en général.

* Ce que dit la loi

En Belgique, la prostitution n’est pas un crime ni un délit. La prostituée cependant tombe sous le coup de la loi si elle fait du racolage. L’article 300 bis du code pénal dit : «  Sera puni d’un emprisonnement d’un an à cinq ans et d’une amende de cent francs à cinq mille francs 1. quiconque aura embauché, entrainé en vue de débauche et de prostitution une personne majeure ou mineur ; 2. Quiconque aura tenu une maison de débauche et de prostitution ; 3. Le souteneur, soit celui qui vit en tout ou en partie aux dépens d’une personne dont il exploite la prostitution. (…)

* Huit millions par année

Les salons ne sont pas taxés. (…) A Liège, il y a 54 établissements (bars et clubs) qui sont eux taxés. La taxe communale à charge d’ l’exploitant (uniquement) est de 60.000 francs par an et par fille déclarée. Ce qui rapporte à la ville quelques huit millions de francs par an. (…)



*  Trois grandes catégories

A Liège, la prostitution sauvage de petites toxicomanes se développe (…) Mais la toxicomane est une mauvaise prostituée pour un maquereau car elle ne représente aucune stabilité.
Deuxième type de prostitution, par annonces. Souvent ces filles travaillent en indépendantes, «  statut «  qui n’existe pas à paris ou à Marseille mais qui est très fréquent à Liège. Une fille de caractère peut tenir tête, travailler seule, car le milieu est loin d’être structuré.
Troisième catégorie, celle du « Julos-casse-croûte « , des gigolos à l’état pur, beau gosse, beau parleur, fainéant.

* Des filles contraintes

« On se trompe quand on pense que ces filles venant de l’étranger sont abusées, qu’on les séquestre, qu’on leur confisque leur passeport. Elles viennent de régions pauvres où on se prostitue pour quelques dollars parce qu’il faut bien vivre, il faut manger. Et ces malheureuses filles pensent qu’ici tout le monde est riche et qu’elles vont gagner beaucoup d’argent. » (note : propos tenus par un policier)

* Les ASBL qui aident

A Liège, Espace P. (rue Souverain-Pont) et l’Asbl «  Le Nid »   (place Xavier Neujean »  travaillent en milieu professionnel ( …)

* Causes et motivations

Beaucoup de celles qui font ce métier ont connu des difficultés dans l’enfance ou l’adolescence. Une mineure fugue, c’est l’engrenage. Il y en a, parmi celles qui font le métier, qui l’exercent par amour de l’argent, un certain train de vie. D’autres parce qu’elles connaissent des difficultés financières. D’autres parce qu’elles sont tombées amoureuses d’un type sans vergogne. D’autres, enfin parce qu’elles se droguent.

* Qui sont-elles ?

Leur niveau
Les prostituées en salon : 67 p.c. des filles sont «  sans profession ». Parmi les autres : femme de ménage, commerçante, représentante de commerce, coiffeuse, fille de comptoir, puéricultrice, hôtelière, sténodactylo, garde-malade, infirmière, …
Les serveuses : le même pourcentage, 67 p.c.
Les masseuses (prostitution en salon) 42 p.c. sans profession. Les autres sont des femmes de tous niveaux, confrontées pour la plupart à des problèmes financiers (divorce, endettement).
Leur nationalité
Parmi ces dames des salons : 85 p.c. sont de nationalité belge ; 8,4 p.c. sont Françaises ; 4,9 p.c. sont Italiennes.
Parmi les serveuses poussant à la consommation :76,6 p.c. sont Belges ; 9,4 p.c. sont Françaises ; 3 p.c. sont Italiennes.

* Tarifs

En salon, le tarif est en général d’un millier de francs par quart d’heure. Ce temps passé, le client est invité à payer à nouveau ou à s’en aller. La prostitution monnaie ses charmes et son temps. La prostitution à domicile est plus chère. Parmi celles qui l’exercent, des filles qui ne sont pas de vraies professionnelles, qui ont quitté le trottoir pour s’installer en privé. Il y a à Liège 40 à 45 lieux privés. Ce type de prostitution connait beaucoup de succès auprès des clients qui recherchent la discrétion. Mais les hôtesses courent le risque de dénonciation : Onem, Office des contributions notamment. Ou le risque d’une agression. Il existe évidemment des tentatives de récupération de ces dames par des proxénètes, tentatives en général dénoncées à la police.

En bar, les filles travaillent au pourcentage et elles partagent avec le patron de l’établissement quarante-soixante (soixante au patron), ou cinquante-cinquante. En principe, on ne s’y prostitue pas.
Les clubs à hôtesses n’ont pas de vitrines. Ces établissement ouvrent en soirée, sont fréquenté notamment par des cadres d’entreprises, des politiciens ou des professions libérales, une clientèle qui dépense de l’argent pour passer une soirée dans une ambiance feutrée auprès de femmes non-farouches.
Il existe des coins d’isolement où un service personnalisé est rendu. Ces établissements sont des débits de boisson. En principe, on ne s’y prostitue pas. (…)




* A Seraing

A Seraing, il y a 150 filles en salons et en bars, établissement tous situés dans un périmètre assez étroit. Les bars, il en reste 6, rue de la Glacière. Les salons sont principalement rue Philippe de Marnix. On en trouve aussi rue Goffart, rue de la Glacière et rue Bruno. Au coin de la rue Bruno et de Marnix, une cour. Une dizaine de maisons délabrées dont l’arrière donne sur une cour. Des filles s’y relaient. Il y a plusieurs salons par maison. C’est la Cour de Miracles, dit-on à Seraing.

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Ajouts :






    Les deux articles ci-dessus ont été publiés dans " la Meuse " du 22 mai 1999.

Merci au journal «  La Meuse «   ! ! !
Merci à Nicole Jacquemin ! ! !
Merci à la bibliothèque de l’université de Liège ! ! !

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