" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 3 octobre 2014

Ma vie à Saint-Roch ( Ferrières) dans les années '60



Tout ce qui suit est rigoureusement vrai.
 Sauf ce qui est faux !
Voici mes longues années à Saint-Roch compressées en une seule année scolaire. Donc tous les  souvenirs sont mélangés. Je me suis limité à quelques événements particulièrement marquants.
J’ai évité autant que possible de mentionner des noms complets (sauf pour certains profs). La raison en est simple : je ne tiens pas à me retrouver avec un tas de procès sur le dos…
 A certaines époques, j’ai tenu un journal de bord. Vous en trouverez, mis en italique pour la circonstance, des extraits en dates du 7 janvier au 3 février.
En règle générale, on peut répartir les anciens de Saint-Roch en trois grandes catégories. Primo, ceux qui ont adoré ces années qui furent, peut-être même, les meilleures de leur vie. Secundo, ceux dont l’avis est plus mitigé : beaucoup de bons moments, de moins bons également. Enfin, ceux qui ont détesté cette époque de leur vie, jusqu’à ne plus vouloir remettre le pied à Bernarfagne. J’appartiendrais plutôt à cette troisième catégorie avec toute fois de sérieux bémols. Ainsi, j’y suis retourné à quelques reprises et la dernière retrouvaille, en 2011, fut plus que fameuse. J’aime lire les «  Echos de Bernarfagne ». J’apprécie revoir de temps à autre l’un ou l’autre ancien. J’adore rencontrer, ici et là, monsieur Jean-Marie Verpoorten et papoter cinq minutes avec lui. Et je me demande même si, en regardant avec une bonne loupe, il ne m’est pas resté quelques bonnes influences de ces années saint-rochies … Pour preuve ce qui suit :




- Lundi 8 septembre au soir
J’écris dans ma chambrette. Voilà, j’y suis ! Enfin à Saint-Roch dont j’ai tant rêvé … Quel changement ! Par rapport à Gouvy ! Quel paysage ! Aujourd’hui , j’ai fait la connaissance de quelques – déjà – amis : Luc, Benoit, Vincent, … Et de notre titulaire de classe : l’abbé Defossez qui est hyper sympa ( il adore Tintin et le capitaine Haddock). Au réfectoire, je suis à une table de huit avec un certain Jean S. et comme chef de table Richard Bodéüs (drôle de nom). Je sens que je vais me plaire et un peu comme dans la chanson de Johnny : «  Pour moi la vie va commencer … «  ( * note)

                                                       (*) : aux innocents les mains pleines


- Vendredi 12 septembre   Le préfet (de discipline comme dirait mon paternel), s’appelle l’abbé Poncin (Jean comme moi). C’est un p’tit gros,  vif comme l’éclair , qui surgit tout à coup au détour d’un couloir que tu ne t’y attends même pas. Il siffle entre ses dents comme un serpent ( tsssss !) et est armé d’un formidable trousseau de clefs que t’as pas intérêt à prendre dans la tronche ou dans les pattes. J’suis dans la cour de récré en train de papoter avec quelques potes quand il fonce sur moi :
   « - C’est toi qu’on appelle Catinus ? »
   «  - Oui, m’sieur ! « 
   «  - D’après ce que je peux voir, tu n’aimes pas trop le football … « 
   «   - J’ai jamais joué et m’est avis que j’aime pas ça du tout … « 
   « -  Ecoute. Tu sais qu’ici, chacun est tenu de faire du sport, surtout le football. Mais nous voulons bien t’en dispenser si tu es d’accord de t’occuper de quelqu’un. Nous savons que tu as trois sœurs et que vous vous entendez bien. Tout ce que nous te demandons c’est de t’occuper et de surveiller quelque peu une jeune fille qui a à peu près ton âge. Cependant elle est un peu spéciale …mmmhhh, disons espiègle, un peu sauvage, … tu vois un peu le genre ? … Elle arrive tout droit du Congo. »
    « - Quoi ? Elle est toute noire ? «  ditje-mi
   « -  Ha-ha-ha ! «, qu’il fait Poncin. «  Pas du tout , elle est blanche et même blondinette « 
    « -  Ah,  alors je suis d’accord, m’sieur. Je suis louveteau, bientôt scout et nous devons chaque jour effectuer notre b.a. ! « 
  «  -  Parfait ! Normalement elle arrive ce lundi, je te la présenterai. « 
   «  - Okay ! « 


-  Dimanche 14 septembre
Premier week-end . Nous ne retournons pas à la maison ( * note). Je rentre chez les Scouts. Nous avons fait ensemble un longue promenade dans les bois ceinturant Saint-Roch ( superbe ! ! ! ) + des jeux. Mon chef s’appelle Michel Q. Samedi soir, nous avons pris une douche , tout cela en commun (pas tous à poil dans la même douche, Banane !, chacun séparé mais l’eau est trop bouillante ou trop froide). Séances de cinéma samedi soir : des p’tits films de Charlot et dimanche un grand film«  L’Auberge du Septième Bonheur « qui se passe en Chine, l’histoire d’une jeune femme missionnaire. A midi, nous avons eu des frites et du poulet : » on n’vit nin cô si mô po des p’tits Saint-Rochîs ! » – « on ne vit pas encore si mal pour des Saint-Rochîs ! »

                                (*) A l’époque, au début des années ’60 et les décennies avant, of course, les internes restaient 15 jours au collège - si pas 3 semaines - avant de rentrer chez eux. Les week-ends à la maison étaient par ailleurs très courts : libération le samedi à midi, retour le lendemain à 20 heures au plus tard). C’était le bon temps ! (j’rigole !)


- Lundi 15 septembre
Comme promis, voici Poncin qui m’appelle. Nous allons chez le Dirlo. Tous deux font les présentations : « Natacha,  voici, Jean désormais ton compagnon. «  Ils nous disent ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire (je vais pas tout retranscrire ici vu que c’est sur un papier ). Puis : «  Allez- mes enfants, faites connaissance. « 
 Nous sortons pour regagner la cour de récré.
   «  - On s’embrasse ? «  qu’elle fait.
  «  - Oui, j’veux bien ! «
     Smack-smack ! Trois fois, on est en Belgique.
   «  - Tu t’appelles comment encore ? «  que je fais, faisant semblant d’avoir oublié.
   «  - Natacha ! J’ai 11 ans et demi, presque 12 et je viens tout droit du Congo. Tu connais ? « 
  «  Bien sûr ! «  , ditje mi, comme si j’y passais 17 fois par an, en escale, par avion, via la Pan Am.
Elle a de drôles de yeux. Tout bleus, tout mouillés. Si cela se trouve, elle a pleuré, tantôt, quand ses parents sont partis. Hé-hé ! C’est que c’est sensible, une fille. D’ailleurs, ça pleure tout le temps, pour un oui pour un non. Et puis tout juste après, ça vous pouffe au nez. Je connais …


                                                 Ma classe

 -  Mardi 23 septembre
Aujourd’hui, nous avons été, en car, à la visite médicale à Liège, rue Saint-Gilles. Je suis passé dans les premiers vu qu’on passait par ordre alphabétique. D’abord par les mains des infirmières – dont une rousse flamboyante, mmmmhhhh ! – :  1m79, 68 kg. Le docteur, lui,  a écarté mon slip, a tâté et a déclaré « P  4  et P 5 ! puberté terminée «  et «  bon pour le service ! « . Ca veut dire quoi ? Bon pour le service militaire ou bon pour engendrer. C’est râpé pour les deux car j’veux point faire mon service et les mômes, tu repasseras, c’est pas le genre de la maison, Doc ! Avec Patrick, on a été boire une bière au café juste au grand carrefour des boulevards. D’autres nous ont rejoint et j’ai foncé  jusque Cado-Radio où j’ai trouvé deux 45 tours «  Ain’t no mountain hight enough « de Marvin Gaye and Tammi et le dernier album des Beatles : «  Sergent Pepers Lonely Heart Club Band « . Waooouwwww ! Le super-pied ! Plus tard, j’habiterai à Lîdge, là ça ne fait pas un pli !
Natacha est retournée chez les Bénédictines, là tout près sur le boulevard d’Avroy. Nous nous sommes promis de nous écrire …


- Lundi 6 octobre
Nous apprenons une horrible nouvelle. Notre compagnon de classe, Richard Gendarme, a trouvé la mort lors d’un stage de spéléo ce week-end. Il a eu un problème avec ses bonbonnes d’oxygène. Nous sommes tous abasourdis, profs y compris. Richard n’était pas spécialement mon ami, il appartenait à un autre clan mais il ne m’était pas hostile (ce qui n’est pas le cas pour tous …). Il n’aimait guère le foot et lui préférait l’étude du piano. J’ai du mal à ne pas penser constamment à lui … (*)
                                      (*) et ce ne n’était qu’un début car malgré toutes ces années ( l’accident est survenu en 1970), il n’y pas eu un mois où son souvenir à soudain ressurgi dans ma mémoire. Encore maintenant donc. Il suffit que j’entende le mort spéléo, par exemple, ou le prénom Richard pour que son visage (assez flou par ailleurs) émerge dans ce qui me sert de cerveau. Cela s’appelle un traumatisme à vie.

 -   Samedi 8 novembre
Des élèves de quatrième et même de cinquième sont renvoyés car «  ils ont fait les cochons dans les bois «  dixit F.S. Deux définitivement car ce sont les «  meneurs «, deux pour trois semaines et deux pour trois jours. Cela étant dit, il paraît que Ph.S. a une bite énorme, gigantesque, monstrueuse (je donnerai cher pour la voir. J’rigole ! )

-   Vendredi 22 novembre
Aujourd’hui, c’était la Sainte-Cécile, patronne des musiciens mais également sainte patronne de la mère supérieure des sœurs de Saint-Roch. En leur honneur était organisé au soir un grand concert de musique baroque dans la salle de gym. Au programme : Bach, Pergolèse (Stabat Mater), Purcell, Haendel, Vivaldi. Qu’est-ce que c’était beau !
Mais drame à la fin de la représentation quand l’abbé Defossez est venu annoncer que le président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, venait de mourir à Dallas ( Texas). Il a été tué avec une arme à feu. Je dois dire que nous étions tous pètés. Nous avons été invités à regagner nos chambres dans le silence le plus absolu et à prier pour le repos de l’âme du Président.


- Jeudi 6 décembre
Jour de la Saint-Nicolas. Nous étions tous conviés à venir assister au spectacle donné par les poètes et les rhétos.Ce n’était pas obligatoire mais moi j’y suis allé, et aux première loges même. Ils ont commencé, très fort , par des chansons de rock : Beatles, Stones, Who et … Jacques Dutronc. Sacrés gaillards ! Ensuite nous avons eu doit à des scénettes désopilantes qui , pour certaines, égratignaient le collège et pire encore (crime de lèse –majesté !) quelques profs dont le préfet, le dirlo. Aïe-aïe-aïe ! Ca n’a pas plus à nos Seigneurs : le spectacle a été interrompu et on nous avons été priés de regagner nos chambres. Maïe ah maïe ! Ca va sonner des cloches , à mon avis !



                                              ... nos profs qui nous ont tant aimés ...

- Lundi 15 décembre
«  L’écho de la Brousse »  le journal rédigé par les rhétos vient de paraître. Le numéro de décembre car il y a déjà eu deux numéros au début de cette année. Ils reviennent –entre autres – sur l’incident de la St-Nicolas, disant que leur but n’était pas de choquer. Plus loin, un article dit pourtant « C’est à se demander si, parfois, Saint-Roch ne mériterait pas un petit mai ’68 ! » . Un article aussi sur la pièce de Dario Fo qu’ils ont été voir au Gymnase à Liège. Des trucs d’humour aussi. J’aimerais bien écrire un article (sur Simenon, par exemple et son livre «  Le Pendu de Saint-Pholien). Ben quoi, c’est un excellent écrivain réputé dans le monde et belge de surcroît. Mais je n’oserais jamais… Sans compter qu’il y a une belle bande de péteux, là-dedans, à la rédaction … Crotte !


-  Mardi 23 décembre
Remise des résultats des examens. C’’est un peu la cata ! Comme prévu… : 69 % mais je ne suis pas le dernier, encore trois après bibi. Les deux premiers ex-aequo comme d’hab : Freddy et Marcel ou vice et versa.
 Mon titulaire, monsieur *** m’a attrapé : «  Normal, tu ne fiches rien ! Ce sont tes parents qui vont être contents … (gna-gna-gna !). Que comptes-tu faire après Saint-Roch ? ( sais pas ! ) Qu’est-ce qui te plaît ? (rien, sans aucun doute). Tu n’as pas de fierté … On ne te demande pas d’être ambitieux mais un minumum-minimorum, quand même … » 
Je vais finir par croire que je suis vraiment un sale gosse de m *** …
Le soir repas de fête. La tradition veut que les profs viennent à table avec nous. J’imagine que pour beaucoup c’est la corvée absolue de fin d’année. D’ailleurs la plupart expédie leur assiette à une allure v v’. Nous avons eu la chance d’avoir Verpoorten : on s’est marré comme des fous et lui itou.


- Dimanche 7 janvier :
Il a neigé toute la nuit et on s’est levé à 8h30 à cause d’une panne de courant. J’ai achevé mon bouquin : «  Dans l’enfer espagnol «, c’est le plus beau livre que j’ai lu de toute ma vie ! Après-midi, scout. On a regardé le trial de motos ; on a vu Joël Robert et le champion du monde ; cela s’est passé à 300 mètres de Saint-Roch.
- mercredi 10 janvier :
C’est la première fois que je suis à Saint-Roch que je fais de la luge. Je me suis très bien amusé.
- vendredi 12 janvier :
Ca y est, on retourne. Contrairement aux autres jours, il n’a pas neigé mais il a gelé. Il fait très froid. Ah, enfin on sort. On sort même en courant. Ca n’a servi à rien puisque le bus n’était pas encore là. Il a fallu presque 10 minutes pour engouffrer tout le monde et nous voilà parti pour Aywaille. Là, je me suis fait remarquer par un groupe de filles de l’athénée. (…)
- mercredi 24 janvier :
Ca y est, il a encore neigé. Il y a aussi un début de grippe asiatique. Le soir aux Jeunesses Musicales, concert de hauts-bois, bas sons, clarinette, flûte transversale et cors dirigé par Mr Carael, directeur du troisième programme de la Rtb radio à Bruxelles. C’était très bien !
- jeudi 25 janvier :
On a été prendre (tout Saint-Roch) un bon badigeonnage parce qu’il y aurait un début d’épidémie de grippe asiatique. Déjà plusieurs malades.
- lundi 29 janvier :
65 malades. J’espère qu’il y en aura beaucoup plus demain comme cela ils nous renverront.
- mercredi 31 janvier
Début de la fin de l’alerte de la grippe.
- 1 février  :
Les profs sont particulièrement rasoirs aujourd’hui.
- Jeudi 3 février  :
On a mangé une sauce qui ne nous convenait pas ; conséquence une quarantaine d’élèves sont sortis pendant la messe pour aller à la toilette. J’y ai été une fois pendant le cours de Mr Defossez. Nous n’avons pas eu de frites. Maintenant cela se calme.(* note)
                                               ( * ) Voilà bien un incident qui semble avoir traumatisé un bon nombre d’entre nous. En effet, c’est l’un des souvenirs les plus récurrents évoqués quand nous nous retrouvons ici ou là et particulièrement lors de retrouvailles. Concernant cette intoxication, certains soutiennent que la sauce blanche aurait été réalisée avec du lait tourné ou infecté. Possible… Mais comme on évoque la grippe asiatique de 1966, date également de l’incident en question, ce peut être aussi une piste . Les débats sont ouverts…


- Du 16 au 18 février
Retraite au monastère de Wavreumont à Stavelot. Excellent séjour de retraite, de prières aussi. J’ai adoré la vie des moines qui sont  à peu près tous sympa, avec chacun son caractère, comme tout le monde, quoi. J’ai adoré leur détachement d’à peu près tous les « biens temporels « . J’ai adoré le «  transsibérien » ce long passage qui relie les deux parties du monastère et en plein hiver, effectivement, il y fait glacial. J’ai adoré certaines discussions entre nous avec, par exemple, R.R., P.B., D.V.,C. H, … J’ai adoré ma troublante incertitude. J’ai adoré le silence, partout. J’ai adoré quelques phrases sur Dieu :
  «  Un jour, j’ai demandé à Dieu s’il existe. Il m’a répondu. Il m’a répondu qu’il n’existe pas ». ( Bernard Pivot)
  «  Je crois en Dieu comme le poisson à l’eau, l’aigle au vent » . (Joseph Delteil)
  «  Existe-t-il seulement ce Dieu de notre enfance et de nos espérances ? Je ne sais pas. Mais rien n’existe d’autre ». ( Jean d’Ormesson)
  " Quand nous aurons tous disparus de cette planète, il n'y aura plus que Dieu pour se souvenir des hommes." ( Jean d'Ormesson)



- Mercredi 3 mars
En route pour Lîdge. A chaque fois, quand le car passe devant le monument  avec des grandes croix passé le pont , il y a comme un déclic en moi et je me dis : là, j’y suis ! Je suis à Liège ! Ô merveille !
 Aujourd’hui est un grand-grand jour, souligné deux fois. J’explique.
Primo, nous avons été voir la pièce «  Les Trois Sœurs » de Tchekvov, au Gymnase : un vrai miracle sur scène, parole. J’ai été littéralement cloué à mon fauteuil ; j’ai pas tout compris, là c’est certain, mais qu’est-ce que c’était divin ! Olga, Macha, Irina : je vous aime !
Comme prévu, nous avions une heure de battement avant le retour à Saint-Roch. Avec P*** (un gars de moderne qui est un fan de Frank Zappa comme moi), on l’avait aussi prévu : aller voir les filles. Je crevais de trouille. Alors qu’on se dirigeait vers le quartier près de la cathédrale où il en a , j’ai dû faire une halte dans un bistrot ( pour besoin très urgent). Quand je me suis ramené des toilettes, il avait commandé deux chopes . Hop-hop ! Bon ben pour faire court, j’ai été chez une rousse qui m’a bien … astiqué, mais pas plus vu que je n’avais que deux cents francs.) Enfin, je ne le regrette pas ( c’est un bon début ). Bref : « quénne affaire à Lîdge ! » comme on dit .


-  Dimanche 29 mars
Fancy fair. A 10 h messe (*1). Mes parents ne savent pas venir donc quartier libre ( yeeahhh !). Repas de midi en mode self-service (ça change un peu). Auparavant avec F.P. et D.C. nous avions été prendre l’apéro : un martini rouche . J’suis déjà un peu pompette ( car en fait c’est déjà mon troisième Martini). A 14h30, nous avons été écouter à l’église la cantate «  Jésus «  d’Edouard Senny (*2) interprétée par la chorale de Filot. Mes deux camarades s’en sont assez vite lassé  ; je reste encore un peu, dis-je. Je retrouve d’autres camas dans des stands tenus par des élèves. Normalement, notre classe tient également un stand de jeu de massacre et un d’habilité. Je m’étais inscrit pour un effectuer une présence mais en dernière minute, on me signale que les listes sont complètes et que je n’ai pas besoin de venir tenir le stand ( ça m’arrange !). J’ai donc passé toute la journée à picoler dans les bars avec l’un ou l’autre «  mauvais camarade « et principalement au bar des Rhétos où l’on passait de la chouette musique rock si bien qu’à  9 heures au soir, j’étais complètement plombé. C’est là que Richard Félix (*3) m’a dit, d’un air mauvais : «  File dans ta chambre, Catin, et n’en ressort plus, graine d’ivrogne ! « Hé !

                                  (*1) A Saint-Roch, tout commence toujours par une messe et finit par une autre prière. N’oublions pas que nous sommes au «  Petit Séminaire de Saint Roch ».
                                  (*2) Edouard Senny était également notre prof de musique. J’adorais sont cours du jeudi avant midi. C’est grâce à lui qui j’apprécie – oh bien modestement ! – la musique classique. Il connut une fin tragique puisqu’il fut fauché ainsi que son épouse, je crois, par un train à Hamoir en 1980.
                                  ( *3) Robert Félix, notre prof de poésie. Il avait un caractère très particulier. Moralement et un peu physiquement, il ressemblait  à Rimbaud - qu’il appréciait beaucoup d’ailleurs-. C’est grâce à lui que je dois ma quasi passion maintenant pour la littérature et la lecture de romans. Qu’il en soit remercié !
Tant que je cause des profs, je tiens à saluer également la mémoire de monsieur Mouvet notre prof de géographie et de français en je ne sais plus quelle année : j’adorais ses ex-cursus.


-  De 3 au 6 avril
C’est Pâques, soit la désormais ( depuis peu d’ailleurs) illustrissime Fête du Vin à Ferrières. Robert Félix, notre prof de poésie nous avait bien montré du doigts, nous les sept « barbares dégénérés » ( pléonasme) et de surcroît , « sacrilèges », mais rien n’y fit : notre décision était prise. Nous étions les invités de notre bon et loyal ami, D. V.D.S. qui habitait la place où nous allions logé. Et faire la fête. Bon ! je vais pas tout raconter mais ce fut le délire pendant trois jours : dragues, danses, beuveries. J’y ai même retrouvé Natacha qui avait bien changé ( en bien !) et qui me gratifia de quelques faveurs que je ne conterai pas ici. Un des plus émouvants et des plus merveilleux souvenirs qui puissent être, t’as qu’à voir !


-  Vendredi 24 avril
On s’est fait la belle avec Freddy ! (*) Yeaahhh !  Nous nous sommes barrés durant la récré du soir direction Harzé, plus ou moins au pif à travers les bois – mais Fred connait pas mal l’endroit-. Premier arrêt à Harzé dans un café tenu par une ville femme où étaient attablés quelques hommes qui tapaient les cartes. Nous y avons bu deux bières tout en nous roulant des clopes . Ensuite nous avons marché jusqu’Aywaille en sautant de bistrot en troquet, discutant de tout et de rien : de la pop, de la littérature, des filles bien sûr, de la vie à St-Roch, de l’avenir, de la politique. Bref, nous avons refait le monde comme on dit. Chemin  du retour ? ben oui. Nous avons un peu roupillé à je ne sais quelle heure dans un abri de bus. J’avais pris un transistor et nous avons écouté la musique « …  il est bientôt cinq heures, Paris s’éveille … « ? Rentrée à la «  boite «  à 6 heures. Ouch mes pîds !  A part ça : le super pied !

                           (*) Freddy Kindermans. fut un réel ami ( et je le considère d’ailleurs encore comme tel) que je ne connus vraiment que les deux dernières années (1970-1971). Nous nous sommes revus épisodiquement . Ainsi, nous avons écumé  tous les bistrots musicaux de Liège, ( l’Old Jazz, le Boui-Boui, le Molière, le Trou Perette, le Cirque Divers,les Caves Mosanes rue Hors-Château, etc, etc.) fin des années ’70 ; nous avons été à des concerts avec sa deux chevaux à Bruxelles, voir et écouter Zappa, Jethro Tull, etc …, à Liège François Béranger, … Nous avons été à la fête de l’huma à Paris ( toujours en 2 poils), une semaine en Urss (Moscou + Léningrad, en Tupolev si-si !) … Nous nous sommes revu l’autre jour dans un bistrot de mon quartier à Liège (où nous nous sommes gentiment bourrés la gueule) et il m’a confirmé que nous avions fait la belle (le mur), comme décrit plus haut,  par trois fois.


- Gouvy, le 9 mai
Voici ce que l’on rapportait dans le journal de ce jour
  «  La Meuse, samedi 9 et dimanche 10 mai 1964
Saint-Roch : le collège en feu !
L’incendie a éclaté dans les ballots de paille qui entouraient le circuit de go-karts installé pour la fancy-fair annuelle au collège de Ferrières ( province de Liège). – A 22 heures 40, un professeur, l’abbé Duysinx, en train de faire une ronde a donné l’alerte : les élèves dormaient déjà et c’est en pyjama qu’ils ont dû évacuer les dortoirs – Soixante pompiers, les professeurs, les étudiants et les habitants de la commune ont lutté pendant douze heures pour vaincre les flammes. – Le terrible incendie a ravagé tous les locaux du bâtiment central et de l’aile gauche du collège. – Le collège était assuré 90 millions. (…). Le collège abrite actuellement 350 étudiants internes et 30 professeurs. (…) »


Et dire que je l’ai vécu en live ! ! ! Pendant la nuit  de jeudi à vendredi, nous avons été réveillé par je ne sais plus trop bien qui. «  Pas de panique et en rang, s’il vous plaît. Tout se passera bien ! » . Et effectivement, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous nous sommes retrouvés devant le collège qui flambait. Je sens encore l’odeur de la fumée, je vois encore la lumière du feu. Des parents d’élèves mais également des Ferrusiens ( habitants de Ferrières) ont chargé les élèves selon les régions où ils habitaient. C’est un monsieur de Rougeminière (*) qui nous a reconduit d’abord à Vielsalm puis à Gouvy. Les parents m’attendaient et maman surtout était super contente.
Hé ben, voilà que j’hérite de quelques jours de congé. Dans tout malheur, il y a du bon comme le disait si justement… heu… Pline l’Ancien ( qui périt à Pompéï, lui).
                  (*) Le brave homme de Rougeminière (le premier hameau près de Saint-Roch) était délégué commercial de la firme Chat Noir à Liège. A partir de ce jour-là, ma chère maman a changé de marque de café à laquelle elle est restée fidèle jusqu’à son dernier jour, en janvier 2000.


-  Lundi 29 juin
J’ai deux pètes : une en math, une autre en néerlandais. Misère de misère ! Tu parles d’une remise de prix. Nous nous croisons dans les couloirs, nos valises à la main. Demain, nous n’appartiendrons plus à Saint-Roch. Enfin ! Nous nous lançons «  Tu m’écriras ! » , «  Tu connais mon numéro de téléphone ? » , « Si tu passes par Gouvy, surtout tu n’hésite pas ! », «  On se revoit à Liège à la rentrée ! » .
Adieu, mes amis !
« Pour moi la vie va commencer ! »


                                                                      FIN


                                                                                                 Catinus



En bonus :
- Arthur Rimbaud et Léo Férré dans «  Ma bohème »  :

- Léo Ferré : «  Richard » :

6 commentaires:

  1. J'ai également été pensionnaire pendant deux ans à Saint Roch durant les années 1958-1959.
    Je garde en mémoire: Le préfet Jean PONCIN qui tapait sur tous ce qui bougeait. On le surnommait AZOR . Il s'est d'ailleurs pris un jour un coup de poing dans la figure d'un rhéto qu'il avait frappé. Il disait sa messe quotidienne en 10 minutes, montre en main, scandée de genoux flexions bruyantes frappant l'estrade en bois devant son hôtel.
    ACHTEN: surveillant de l'étude, qui toisait celle-ci depuis sa chair de vérité et qui lorsqu'il en descendait, s'était pour se diriger à pas lents pour surprendre un élève qui lisait un livre ou TinTIN pendant les heures d'étude ou cela n'était pas autorisé.
    Le sonneur BERTHOLLI: je l'ai revu lorsque j'ai fait mon rappel à l'armée dans les années 1970.Il était lieutenant à la force aérienne à la caserne de Tongres.
    WAUTERS: professeur de flamand. Vous aviez droit à deux heures de retenue si il vous entendait parler wallon. Surveillant du dortoir des 5eme et 6eme primaire. Lorsque nous revenions de promenade, nous lui mettions des grenouilles dans son lit. Je me souviens d'un chambard mémorable organisé dans son dortoir, la veille d'un retour pour les vacances de NOEL, organisé avec l'aide d' Eddy CHAPMAN et Claudy MECKERS.
    DE CONNINKX: autre professeur.
    BOXUS: sauf erreur de ma part, est devenu par la suite directeur de Saint Laurent LIEGE, remplacé par la suite par le curé FLAMAXHE, ancien de Saint Roch. et à l'origine de mon envoi en internat à Saint Roch.
    L'INFIRMIERE: qui lorsqu' elle s'apercevait que vous carrottiez trop souvent, vous badigeonnait la gorge au bleu de méthylène. Cela faisait uriner tout bleu.
    DUYSINX: autre professeur, qui était le titulaire des rhétos.

    A l'époque, tous les internes devaient assister à la messe à 6h30 et à jeun. J'en ai vu tomber beaucoup dans les pommes et embarquer à l'infirmerie.

    Collecte à l'église aux environs de Saint Nicolas: beaucoup de pièces en chocolat dans les paniers.

    Le fils de mon cousin a également été pensionnaire à Saint Roch (bien après moi).
    Aussi turbulent et chambardeur que moi, il fut un jour convoqué avec ses parents chez le directeur. Durant l'entretien, le directeur lui demanda " J'ai déjà eu affaire à un Bodson dans le temps, qui était un peu comme vous. Ce n'était pas quelqu'un de votre famille ? " Et Grégory, tout fier de répondre" Si c'était mon oncle !".

    Christian BODSON

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  2. Je reviens à nouveau sur ce blog pour y narrer encore quelques anecdotes et me souvenir de quelques condisciples de mon époque.

    De temps à autres, lors d'orages, l'électricité se coupait, plongeant l'étude dans le noir le plus absolu.
    C'était l'occasion de faire chambard en laissant retomber à qui mieux mieux, brusquement le couvercle en bois des pupitres et des bancs faisant partie du mobilier de l'étude, ce qui engendrait un boucan invraisemblable qui avait le don d'attirer Jean PONCIN qui distribuait quelques paires de claques pour rétablir le calme.

    Dans le années 1970, alors que je faisais mon service militaire, mon peloton et moi-même avions été "Largués" dans la nature ardennaise pendant la nuit et devions rejoindre à pieds DURBUY, dans le cadre d'un exercice, en nous infiltrant au travers de barrages dressés par les gendarmes dans le but de nous intercepter.
    Deux de mes éclaireurs m'avaient signalé la présence d'un barrage de gendarmes à Rouge Minière. Me souvenant qu'il y avait possibilité de contourner le barrage en passant par les prairies et chemins parcourus durant les nombreuses promenades durant ma présence à l'internat, nous avions abouti dans la cour du collège par l'entrée située au fond de celle-ci. Après avoir rempli nos gourdes aux fontaines se trouvant sous le préau, nous avions rejoint la route en grimpant par l'échelle métallique fixée sur le mur de la cour, en ayant pris soin au préalable de jeter quelques tuneflash (pétard d'exercice utilisé dans l'armée) dans la cour, ce qui avait attiré les gendarmes dans celle-ci et qui s'étaient fait passé un savon pour avoir réveillé l'internat à 2 heures du matin.

    Quelques noms de condisciples de l'époque me sont revenus en mémoire:

    Alain COUMANS: il habitait Liège à l'époque.
    JASSELETTE: il habitait HUY .
    Eddy CHAPPMAN: il habitait EMBOURG. D'après une connaissance, il aurait tenu un café ou un restaurant situé aux environs de l'hôtel de Ville de LIEGE.
    Claudy MEKCERS: il habitait dans les environs d'AUBEL. Il était devenu architecte et avait ouvert deux magasins de mode, un à AUBEL et l'autre à MALMEDY.
    Les frères MAQUINAY: ils habitaient EMBOURG.
    LELARGE: ces parents étaient à l'époque concessionaire des voitures DAF à CHENEE. Je l'ai revu aux environs de 2010 lors d'une expertise.
    NOIRHOMME: il habitait BARVAUX et ses parents tenaient un magasin vendant des poêles et inserts à bois.
    LEVEQUE: il habitait également BARVAUX et ses parents étaient bouchers.

    J'ai également eu l'occasion d'avoir des nouvelles en 2010 de Monsieur HOUET, professeur de français, via son épouse ou sa sœur, lors d'une expertise. Il avait pris sa retraite.

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  3. Merci, cher ancien compagnon ( d’infortune), pour ces quelques anecdotes qui évoquent en moi d’autres souvenirs z’enfuis ( vaut peut-être mieux d’ailleurs, parfois).
    Mes sincères congratulations !

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  4. Une petite correction: le sonneur de cloche s'appelait BETTOLI et non BERTHOLLI.
    Je me rappelle également d'un autre nom: celui de FABRY, un élève moins-valide qui se déplaçait en chaise roulante.
    Il y avait également un certain HICK, un frotte-manche, pour ne pas dire autre chose. Je l'ai revu durant ma présence à l'internat de Saint Laurent Liège (encore un internat avec quelques bons souvenirs à l'époque ou je sautais le mur pour aller au JAZZ'IN dans le Carré).Il était chef de table et faisait régner la discipline Saint Roch. D'après une connaissance, il serait devenu professeur.

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  5. Je n'ai jamais oublié le nom de ce "professeur" de français, Jacques HOUET qui en 1989, à la plupart de mes erreurs de grammaire ou d'orthographe, me distribuait une rafale de gifles. Certains élèves de ma classe riaient, les autres se taisaient et regardaient fixement devant eux. Les coups étaient certes désagréables, mais sont loin d'égaler le sentiment d'humiliation vis-à-vis de mes camarades. Lorsque cette situation s'est répétée, et que je ne me rebellais pas, mon humiliation a grandit a un point tel que je croyais bien l'avoir mérité et j'ai fini par me convaincre que mes capacités étaient nettement inférieures aux autres. Cela a nuit à ma confiance en moi, m’empêchait d'avoir des rapports normaux avec mes camarades et a bien-sûr contribué à entretenir un dégoût de l'école. Ensuite, l'année suivante j'ai changé d'établissement, j'ai demandé à ma mère de m'inscrire à une école suffisamment éloignée afin qu'aucun élève de Saint-Roch ne puisse parler à un seul élève de ma nouvelle école de mon passé là-bas. J'espérais plus que tout me débarrasser de cette humiliation. Personne n'a jamais entendu cette histoire, je crois que j'aimerais juste en reparler à Jacques HOUET, car je suis certain de ne pas avoir été le seul.

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