" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 18 octobre 2014

" En-dessous de la ceinture "









C’était fin des années ’70. Je créchais dans une chambre garnie, rue Sur-La-Fontaine, à Liège. Je ne me rappelle plus trop bien pourquoi, mais je m’étais mis en tête de « faire du théâtre ». Je fis quelques essais dans des troupes de maisons de jeunes et de la culture. Mais tout cela n’était guère brillant ; ce bide, je le mis sur le compte des metteurs en scène et des acteurs que je jugeai «  très locaux «. Mon but ultime était, comme de bien entendu, de faire du cinéma. Je tournai dans deux courtes séquences pour les films «  Jambon d’Ardenne «  et « Home Sweet Home «  mais elles n’apparurent jamais sur le grand écran. Et pour cause : elles avaient été tout simplement mises à la poubelle. Pourtant « on »  m’avait promis …

Enfin brefle ! c’est alors que je me mis en tête de devenir journaliste. Un mien camarade de bistrot m’avait fait sous-entendre qu’un grand quotidien, bien connu de la capitale, cherchait de «  jeunes » journalistes. «  Tu te taperas sans doute la rubrique des chiens écrasés mais, en compensation, on te donnera l’occasion de briller par l’un ou l’autre article de ton cru », fit mon cama. J’acceptai le challenge et Boulevard de La Saufnière, on me donna l’occasion de faire mes preuves. J’avais en tête d’écrire une rubrique – qui devrait vite devenir assez retentissante, n’en doutons pas ! - sur la vie sexuelle des écrivains. Ainsi, j’avais déjà le début. J’explique : Jean-Pierre, un mien ami, qui était monté à Paris, m’avait remis quelques lignes de son père – qui lui-même était journaliste - ainsi rédigées :
«   Francis Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway se retrouvent ensemble à Paris. Un jour, Fitzgerald invite son ami à déjeuner et lui fait part d’un problème qui le tracasse profondément : d’après son amie Zelda, son pénis est trop petit pour satisfaire les femmes. Que doit-il faire ?
-  Pas de problème, lui répond Hemingway. Suis-moi.
Ils se rendent tous les deux aux toilettes. Quelques minutes plus tard, ils sont de retour à table.
- Tu vois qu’elle est normale …
- Non, répond Scott, elle est trop petite.
-  C’est parce que tu la vois de là-haut. Si tu la regardes de profil, elle est parfaite !
Encore une fois, Hemingway ne manque pas de ressources : ils quittent le restaurant pour se rendre ensemble au Louvre afin de comparer avec les statues … « 

Un bon début donc. Mais il me fallait une suite pour un premier billet. Je téléphonai à Jean-Pierre qui me dit «  Viens à Paris, j’ai pour toi un scoop, un document unique, que dis-je : exceptionnel ! «. Impossible d’en savoir plus, il fallait que je fasse le déplacement. Je pris donc le train. A l’époque, c’était tout un voyage qui durait de plombes – pas comme dans ces Thalys qui ressemblent à des paniers à salades, qui vont vite, certes, mais dans lesquels on ne voit strictement rien et où l’on éprouve cette désagréable impression de «  non-être «. Arrivé à Paname, Jean-Pierre insista pour que nous allions d’abord faire un tour rue Sainte-Anne où nous fîmes à peu près toutes les chapelles, y compris les boites homos – Jean-Pierre (qui avait bien changé, cela dit en passant) insista beaucoup . Il me laissa payer à peu près toutes les «  consommations », ce qui équivalait  - un rapide calcul fait sur le train du retour vers Liège-  à un bon mois de mon salaire de mon nouveau job de journaliste. Purée ! De retour au petit appart de J-P., il me montra enfin ce pourquoi j’étais venu à Paname. «  Tu vas voir, c’est de l’énôôôôrme ( J.P. se prenait pour le nouveau Luchini), c’est du trèèèès lourd ! ». Il ouvrit un tiroir et sortit un billet. Sur un bordereau à l’entête d’un hôtel de la rue Saint-André-Des-Arts, je pus lire ces quelques mots : «  Sartre a une petite bite », et en signature : «  Albert Camus ». Je restai bouche bée. «  C’est tout ? », dit-je mi. «  Attends ! Tu veux rire, c’est éééénorme ! « . Il me réclama – J.P. ne perd jamais le nord ! – pour ce «  scoop «  une somme qui dépassait l’entendement. On coupa la poire en deux. J’eus cependant la très désagréable impression d’être la seule poire dans toute cette histoire parisienne.

De retour à Lîdge, j’écrivis, avec un certaine rage, le premier article «  de mon cru «. Il parut un lundi matin. Des dizaines, des centaines de lecteurs écrivirent au bureau du journal en m’injuriant. «  Quel était ce crétin congénital qui se permettait de traîner dans la boue quatre parmi les plus grands écrivains du XXème ? «. L’on menaça même de résilier des abonnements… Mon compte était bon ! Ainsi prit fin ma courte carrière d’acteur et de journaliste-essayiste…

                                                                           Catinus


En bonus, Jean-Pierre de Miles Davis :

https://www.youtube.com/watch?v=v1_nUawMfeM

De Frank Zappa, "Penis dimension " :

https://www.youtube.com/watch?v=-JgWriSw5Fg


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J'ai soumis ce texte à un site littéraire. Voici le lien :



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