" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 1 septembre 2014

De septembre à décembre 1914 à Liège




                                             Liège, square Notger et gare du palais en 1914

Ce qui suit épingle, dans les grandes lignes, quelques points concernant la vie sociale et populaire à Liège de septembre à décembre 1914. Sur base du remarquable ouvrage  de Jules De Thier et Olympe Gilbart, «  Liège pendant la grande guerre «. Ici le tome 3, «  Liège indomptée, l’occupation allemande de septembre 1914 à novembre 1918 ».

-  Le 7 septembre , on commença la distribution de la soupe aux indigents dans tous les quartiers de la ville grâce au concours dévoué des membres du Bureau de bienfaisance et de la Société Saint-Vincent de Paul, ainsi qu’aux généreuses souscriptions d’un grand nombre de Liégeois, et ce pendant toute la guerre. (…) La portion par personne était de 7 décilitres. Elle vint efficacement en aide aux indigents.

-  Le 12 septembre. L’usine à gaz de la rue des Bayards étant enfin remise en état, les réverbères purent être allumés et on descella les compteurs des particuliers. (…) Le 14, il fut permis de circuler jusqu’à 19 heures ; les fenêtres ne durent plus être éclairées et l’ont pu fermer les portes.
Cependant, des Liégeois partaient encore pour la Hollande et l’Angleterre, où les réfugiés belges étaient particulièrement bien accueillis.

-  A Liège, en présence de la misère qui augmentait, les œuvres charitables redoublèrent d’activité. Les grandes usines secoururent leurs ouvriers et, dans ce but, créèrent des bons de caisse.


                               Des Liégeois obligés de fuir la guerre, ici à la gare du nord à Paris

-  Le 12 septembre, le cours du mark avait été abaissé de 1fr.30 à 1 fr.25.
 Quelques prix : le pain 0fr.30 le kilo ; la viande de porc 2 fr20 ; le bœuf 2fr.60 ; le café 2 fr.80 ; le sucre 0fr80 ; le beurre 3 fr.50 ; les pommes de terre 0 fr15 ; les œufs  0 fr15.
-  La plupart de nos hôtes n’ont pas manqué une seule occasion de nous donner la mesure de leur indélicatesse et de leur savoir-vivre.(…) ; beaucoup, surtout parmi les sous-officiers et les soldats se distinguèrent par une malpropreté, une grossièreté et une goujaterie sans exemple. Après avoir été correctement traités, ils s’amusaient à cribler les tableaux de coups de baïonnette, à briser les bibelots précieux, à dérober l’argenterie, à piller les caves et à déverser le superflu de leur nourriture et de leurs boissons – excusez-nous, Molière – dans la vaisselle et dans les tiroirs. (…)

-  Le 24 septembre, à la gare des Guillemins – que d’énormes suscriptions dénommaient «  Lüttich H.B.H. «  (Haupt Bahn –Hof) – les Liégeois virent débarquer un grand nombre  de blessés  recueillis dans les environs de Bertrix. Les malheureux étaient là depuis un mois, presque sans soins et, leurs blessures mal soignées s’étaient aggravées.
-  Le 17 septembre, un avis annonça que les automobiles, motocyclettes et vélos ne pouvaient plus circuler qu’à la condition d’être conduits par des soldats allemands ou par des conducteurs en possession d’un permis. (…) Les Allemands suspendirent aussi le service des bateaux à vapeur sur le canal de Liège à Maastricht.  

- Les autorités communales eurent de plus en plus de mal à assurer le paiement des services publics. Fonctionnaires, employés, ouvriers, magistrats et professeurs, personnel des chemins de fer, des postes et télégraphes, des ponts et chaussées et des contributions, femmes d’officiers et familles de soldats, pensionnés et autres encore, se trouvaient ainsi sans ressources.

-  Octobre. Pendant le mois d’octobre, la vie liégeoise eut, malgré l’absence de la foire traditionnelle, un aspect un peu plus normal qu’en septembre.

-  Sur l’esplanade de l’avenue Rogier, de nombreux jeunes gens patinaient à roulettes sous l’œil étonné des Allemands qui ne comprenaient pas qu’ils fussent là au lieu de se trouver dans les tranchées. Les gamins, eux, avaient des instincts plus belliqueux. Affublés de coiffures militaires, armés de sabres de bois ou de lattes représentant lances ou fusils, ils circulaient en rang dans nos rues en chantant des marches guerrières. On les voyait faisant des manœuvres variées et bouffonnes, le long de rigoles qui représentaient l’Yser, ou marchant grotesquement au pas de parade dès qu’un officier était en vue. Jusqu’aux moutards de trois ans à peine qui, devant les soldats allemands, levaient les bras en criant : «  Camarades ! Camarades ! « .



                                            Liège. Place de l'Université en 1914

-  Le 1 er novembre, la troisième travée du Pont des Arches s’était effondrée et un ouvrier fut noyé. L’Administration communale décida alors la démolition complète de ce qui restait de la superstructure du pont. Ce travail dura pendant une grande partie de l’hiver.

-  Le comité de ravitaillement. (…) » En plus du ravitaillement en grains et farines, les comités régionaux s’occuperont de la distribution aux populations indigentes d’autres denrées et d’objets d’habillement dus à la générosité non seulement de ses nationaux, mais de pays étrangers. Des chargements diversement composés, venant de plusieurs points de l’univers, font actuellement route vers notre pays. ( …) Ce comité fonctionnait de façon parfaite et venait en aide à un très grand nombre de personnes frappées dans leurs moyens d’existence par la guerre. »

- Premier novembre. Bien plus que les autres années, le jour des morts attrista ce début de novembre. Liège, en sus d’une soixantaine de civils, victimes des premiers jours de la guerre, comptait par centaines ses enfants tombés au front pour la défense de la patrie.

-  Décembre. Le mois de la Saint-Nicolas, de la Noël, des dîners et des fêtes, l’époque où les théâtres sont plus fréquentés, la période où le luxe des villes s’étale dans son plus bel éclat, décembre fut bien morne à Liège. Aucun théâtre, aucun cinéma, aucun music-hall n’avait ouvert ses portes. (…) Dans les restaurants, les consommateurs étaient rares ; on n’y rencontrait guère que des militaires.. (… )  On évitait  le plus possible le contact avec les envahisseurs ; on voulait les ignorer. Les Allemands tentèrent par mille moyens de nous amadouer ; ils se heurtèrent sans cesse à une réserve hermétique. (…)

- 6 décembre. Saint-Nicolas vint, plus pauvre sans doute, mais il vint. L’épargne de bon nombre de Liégeois n’était pas épuisée. (…) Mais il n’en était pas de même pour tous. On comptait en effet, à cette époque, à Liège, environ 15.000 familles secourues par des œuvres d’entraide et, malgré cela, on rencontrait encore de nombreux mendiants. (…)

- 24 décembre.   150 postiers continuaient à refuser de reprendre leur service. Sur 22.660 ouvriers, travaillant en temps de paix, dans les établissements de Liège occupant plus de dix ouvriers, 15.510 chômaient.

-  Fêtes de fin d’année 1914.  A Liège, les Allemands fêtèrent la Noël par des banquets, des concerts et des réunions multiples où brillaient les sapins traditionnels placés en évidence. Quant aux Liégeois, obligés de rentrer à 9 heures, ils passèrent les «  matines «  au milieu des leurs. A bien des tables, les places vides firent verser bien des larmes ! Douces fêtes familiales, néanmoins, qui contrastaient avec les tapageuses beuveries des Allemands. A l’occasion de cette fête, de jeunes Américains avaient eu l’heureuse pensée d’envoyer aux petits Belges des quantités de jouets.

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