" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 18 août 2014

La nuit du 20 août 1914 racontée par Jules De Thier et Olympe Gilbart





Voici racontée la terrible journée du 20 août 1914 par Jules De Thier et Olympe Gilbart dans leur ouvrage «  Liège pendant la grande guerre « 


« Le 20 août, les Liégeois étaient rentrés chez eux, selon l’ordre, à 8 heures du soir, et beaucoup dormaient déjà quand éclata, vers 10 heures, une vive fusillade au centre de la ville complètement déserte.
Cette fusillade commença place de l’Université, puis se propagea dans presque dans toute la cité, mais surtout place du Théâtre, place Saint-Lambert, le long des quais et Outre-Meuse. De tous les côtés, les coups de fusils crépitaient comme s’ils eussent été tirés en salve ; on entendit aussi le tir des mitrailleuses et enfin celui du canon qui nous parut d’autant plus violent que ce canon tirait du quai de Pêcheurs. Que se passait-il ?  On ne pouvait sortir de chez soi pour s’informer et il était même dangereux de regarder par les fenêtres, car les balles sifflaient dans l’air, frappaient les murs, brisaient les vitres et menaçaient tous ceux qui ne s’abritaient pas.
(…)

Place du Théâtre, les officiers sortaient affairés des hôtels, ordonnaient de former en hâte des barricades avec les chariots qui stationnaient là et commandaient le tir des mitrailleuses vers la place Saint-Lambert.
Etaient-ce les Alliés qui étaient embusqués, prêts à l’attaque que les Allemands paraissaient redouter ?
Dans cet espoir, ces coups de feu, tout en nous effrayant, nous réjouissaient.
Mais, place de l’Université, place Notger et rue de Pitteurs, les habitants savaient, eux, à quoi s’en tenir ! Ils étaient brutalement empoignés dans leurs maisons, percés de coups de baïonnette ou tués par les balles des soldats barbares que les cris des victimes, les supplications de femmes et des enfants, n’arrêtaient pas dans leur ignoble tâche.
Bientôt, du reste, des flammes s’élevèrent tandis que la fusillade diminuait d’intensité et l’on eut d’autant mieux conscience de ce qui se passait que les hurlements prolongés des victimes se firent entendre.
Ce n’était pas contre des troupes venant les surprendre que les Allemands avaient tirés, c’était contre d’inoffensifs habitants dont maintenant ils incendiaient les maisons !
Pour s’en rendre compte, les intrépides se risquèrent jusqu’aux lucarnes des toits et assistèrent ainsi à un épouvantable spectacle : du côté de l’Université, deux immenses brasiers éclairaient le ciel et les flammes semblaient jaillir de tout le quartier. Puis on vit un autre incendie commencer  en Outre-Meuse et s’étendre rapidement sur une grande longueur. Le feu allait-il se propager sur la ville entière ?
A l’espoir du début de la nuit avait succédé un sentiment de terreur intense en présence de cette terrible alternative : être brulé dans sa demeure ou fusillé si l’on sortait !
Vers 2 heures du matin, le ciel cessa de rougeoyer et le silence se rétablir.
Le lendemain, malgré le soin que prenaient les Allemands de cacher leurs méfaits, on put néanmoins constater que 16 maisons de la place de l’Université, 3 de la place Cockerill et 35 du quai des Pêcheurs et de la rue de Pitteurs avaient été détruites, que 5 autres, quai Sur-Meuse, avaient été éventrées par des obus et l’on apprit, non sans effroi, que 27 victimes avaient été massacrées ou carbonisés pendant cette épouvantable nuit.
Les Allemands invoquaient comme prétexte que l’on avait tiré sur eux, et, quoique tous les témoins affirmassent que c’était faux, on ne pouvait pas encore concevoir que l’armée d’un peuple civilisé pût commettre de pareilles atrocités sans y avoir été quelque peu provoquée.
On savait bien aussi que les soldats s’étaient saoûlés, mais cela n’expliquait pas non plus les massacres.
(…)
Un autre officier, le comte von Walderzée, croyait lui aussi fournir la preuve d’attentats contre les troupes en montrant au bourgmestre Kleyer une pointe de lance congolaise. On put calmer l’émoi du comte en lui affirmant qu’aucun soldat allemand n’avait été blessé ou empoisonner par une de ces lances et que ceux qui étaient tombés avaient été atteints exclusivement par les balles de leurs frères d’armes.
(…)

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Deux témoignages parmi tant d’autres :

- D’abord, la déposition de M. Delhougne, concierge de l’Emulation :
« Au local de cette société se trouvait un assez grand nombre de soldats du 39 è régiment. Pendant la journée, ceux-ci, comme leurs compagnons d’armes logés aux alentours, avaient bu de grandes quantités de bouteilles de vin dérobées dans les caves. Beaucoup d’entre eux étaient ivres et fort excités ; plusieurs officiers, loin d’empêcher ces orgies, s’étaient réservé les flacons les plus vénérables ». (…)

- Un autre témoin :
 «  Immédiatement après, des soldats sortirent en grand nombre de l’Université, de la maison Londot et des écoles de la rue des Croisiers, et se mirent à tirer dans toutes les directions. On plaça même des mitrailleuses sur la place, devant les rues Sœurs-des-Hasques et des Carmes, et leur crépitement vint se mêler aux détonations innombrables des fusils et aux cris sauvages que poussaient les soldats.
Un clairon lançait aussi de temps à autre des notes stridentes, tandis que des militaires, munis de torches et de bidons d’essence, entraient dans les maisons en brisant les portes et les volets à coups de hache.
Ils mirent ainsi le feu à tous les immeubles de la place depuis le n°2 jusqu’au n°28 inclus.

Ils incendièrent aussi les maisons portant les numéros 3,5 et 16 dela place Cockerill."

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On rédigea la déclaration suivante.
Proclamation du Bourgmestre.
Le bourgmestre informe les habitants que par ordre de l’autorité militaire :
 1° les cafés seront désormais fermés à partir de 7 heures (heure allemande) ;
2° La circulation dans les rues devra cesser à la même heure ;
3° Les portes des maisons devront rester ouvertes toute la nuit ; les persiennes seront levées ; les fenêtres seront éclairées.
21 août 1914, le bourgmestre, Kleyer « 



                       Liste des 27 maisons incendiées quai des Pêcheurs et rue de Pitteurs



               Victimes des incendies et des fusillades des 19, 20, 21 et 22 août 1914


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A propos de la commémoration de ce jour sinistre, ce mercredi 20 août 2014 :
http://www.theatredeliege.be/uploads/saison14-15/20%20Aou%CC%82t%2014.pdf


                                   ... lors de la commémoration de ce mercredi 20 août 2014 ...

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