" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 15 juillet 2014

Colette : " Claudine à l'école "





La jeune française, Claudine, habite à Montigny-en Fresnois en Bourgogne. Nous sommes à la fin du 19 ème siècle. Sa mère est morte – sans doute d’une maladie ou d’un accident-. Claudine vit donc chez son père qu’elle adore ; mais lui, à part ses limaces (il est malacologue), il ne se soucie pas trop de la vie privée de sa fille. Ce présent premier ouvrage de Colette raconte, de façon romancée, la dernière année de scolarisation de Claudine. Cette jeune personne a du caractère : indépendante, éveillée, intelligente, sensible, volontaire, cinglante, frondeuse, volontiers moqueuse, et pour tout dire : effrontée. Le tout à l’extrême !  Les amitiés particulières, les coups-bas, les vacheries,  les tricheries, les railleries d’une société étriquée et hypocrite, tout y passe. N’oublions cependant pas qu’il s’agit d’un roman et que Colette n’est pas Claudine.
L’on s’y amuse beaucoup et je ne suis pas loin de penser ceci : si vous ne voulez lire qu’un seul bouquin dans votre vie, choisissez celui-là ! Avec ex-aequo «  La légende de Saint-Julien l’hospitalier «  de Flaubert, bien sûr !

Extraits :

- Sur une lisière de bois, dans un chemin creux, nous nous asseyons en rond – nous les grandes – et nous ouvrions nos corsages. Anaïs ( quel toupet) montrait un petit coin de peau citronné et disait avec aplomb : « Ils ont beaucoup forci depuis le mois dernier. « Je t’en fiche ! Le Sahara ! Luce, blanche et rose dans sa chemise rude de pensionnaire, des chemises à poignets sans festons, c’est-à-dire la règle, découvrait un « vallonnement médian « à peine indiqué, et deux pointes roses et petites comme des mamelles de Fanchette (la chatte). Marie Belhomme … le dessus de ma main. Et Claudine ? Un petit coffre bombé, mais à peu près autant de seins qu’un garçon un peu gras. Dame à quatorze ans … L’exhibition terminée, nous refermions nos corsages avec l’intense conviction chacune d’en avoir beaucoup plus que les autres.

-  Je reste dans la bibliothèque de papa, à lire la folle Histoire de France de Michelet, écrite en alexandrins (j’exagère peut-être un peu).


-  Nos maîtresses disent de vous ( donc de Claudine) :  «  C’est une jeune fille intelligente, hardie comme un page et dont il ne faut pas imiter les manières de garçon, ni la coiffure ». A Bellevue aussi, on vous connaît, on dit que vous êtes un peu folle, et passablement excentrique.

- (…) je ne verrai plus Mademoiselle, sa petite Aimée, aux yeux d’or, plus Marie la toquée, plus Anaïs la rosse, plus Luce, gourmande de coups et de caresses…

-  Oui, on me disait quand j’étais petite, que j’avais des yeux de grande personne ; plus tard c’étaient des yeux «  pas convenables « ; on ne peut pas contenter tout le monde et soi-même. J’aime mieux me contenter d’abord …

-  Ma chère, montrer sa peau comme ça ! c’est une petite catiche !

-  Fanchette s’installe et se lave ; je referme la vitre sur elle, et son ronron prisonnier vibre avec un bruit de tambour voilé, incessant. De temps en temps, je la regarde, alors elle me fait signe avec ses sourcils, qu’elle lève, comme une personne. Belle Fanchette, que tu es intéressante et compréhensive ! ( Bien plus que Luce Lanthenay, cette chatte inférieure). Tu t’amuses depuis que tu es au monde ; tu n’avais qu’un seul œil ouvert que, déjà, tu essayais des pas belliqueux dans ta corbeille, encore incapable de te tenir debout sur tes quatre allumettes ; depuis, tu vis joyeusement, et tu me fais rire, par tes danses du ventre en l’honneur des hannetons et des papillons, pour tes appels maladroits aux oiseaux que tu guettes, par tes façons de te disputer avec moi et de me donner des tapes sèches qui résonnent dur sur mes mains. Tu mènes la conduite sur les murs, l’air fou, ridicule, une trôlée de matous autour de toi. Je connais même ton favori, perverse Fanchette, c’est un matou gris sale, long, efflanqué, dépoilé, des oreilles de lapins et les attaches canailles, comment peux-tu te mésallier avec cet animal de basse extraction, et si souvent ? (…)

 Puis elle vagabonde dans les petites branches, toute blanche dans la nuit, et parle aux oiseaux endormis, avec simplicité, dans l’espoir qu’ils vont venir se faire manger complaisamment ; mais comment donc !

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