" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

jeudi 19 juin 2014

Un Black à l'enterrement de Mati l'Ohé





                                             Square Notger années  ' 60

A l'occasion de mon anniversaire, j'ai écrit cette petite bafouille.

                                                              Mes écrits.
                              Sous le titre générique d’un ensemble de courtes nouvelles :
                       «  Mais où est donc passé le magnolia de la place Notger « 
Voici :
« Un Black à l’enterrement de Mati l’ohé «.


Je ne sais plus si je vous ai déjà raconté la courte liégeoise histoire que voici ?

Nous étions le lendemain de la veille. La vielle, soit le 15 août,  avait eu lieu un match amical de footballe : Diable Rouge versus Luxembourg sur le tout nouveau stade du Standard de Liège. Cette rencontre s’était soldée par un store  passablement inattendu : 1-3, en faveur donc du Luxembourg autant dire la honte absolue pour les p’tit Belges. Bon, ce sont des choses qui arrivent, pas la peine d’en faire tout un fromage non plus, fut-il de Herve…

Le 16, après une bonne sieste, je passai vers 15h sur la Passerelle de la Principauté de Liège. Mais si, vous savez : celle qui surplombe la rue de Bruxelles, juste au-dessus de l’ex-square Notger, soit sur le flanc gauche du Palais des Princes-Evêque. Je vis au pied des escaliers quatre mecs décorés de très ridicules perruques de Djables rouchhh’. Je ne sais trop ce qui me prit car, d’habitude, je suis plutôt effacé comme mec, discret-agent-secret … Quelle mouche m’a donc piqué ? toujours est-il que je me surpris en train de vociférer comme un con : «  Bande de canules ! ». Quoi ? «  qu’ils me gueulent les quatre d’en bas. «  Bande de canules !, abrutis ! bouhou-ou-ou ! » que je rempile. Et pour être sûr qu’ils me comprennent bien, je leur flanque un long doigt d’honneur, bien pointé vers le firmament. Oufti ! voici t’y pas qu’ils grimpent les escaliers ( sans doute pour la casser, ma gueule). Ni une ni deux, je prends les jambes à mon cou … Hop, entrée au Delhaize de l’ilot Saint-Michel, direction l’ascenseur tout au fond. Ça tombe pile poil, des mômes en sortent. Je m’engouffre. Hop dans la galerie : okay, les décorés n’ont pas l’air de me suivre … Je traverse en courant comme un dérapé toute la place Saint-Lambert, en diagonal. Où ? où ? où ? Je rentre dans le café «  Le Mécène « . Ma planque est libre, ouf : la table juste au coin où l’on peut voir d’un plan époustouflant toute la place du Commissaire Maigret. Voir sans être vu ou à peu près. Je commande à Martine «  un verre de bière «. Je prends le journal «  La Meuse «, vachement défraîchie,  et me cache derrière en zuitant la foule liégeoise à souhait : les ceuses qui attendent le bus, les glandeurs, les ceuses qui font la manche, les dragueurs, les pètés, les camés,  les minettes, les djéllabistes, les ceuses qui ont la tête dans le cul rapport qu’hier c’était le quinze août en Outremeuse, quénne affaire à Lidge ! Je crois que j’ai semé mes supporters.

15h30. J’ai le temps de passé au «  Lou’s bar «. C’est à deux pas, au pied de l’horrible building de la Cité administrative. C’est Rorôôô qui est de service. Je lui commande «  un verre de bière «  et lui demande s’il n’a pas vu Zappa par hasard. Zappa, c’est un pote qui m’a plus ou moins promis un job de magasinier chez Delhaize. Mais là, j’ai des doutes car de 1. plus de nouvelle de sa part et de 2., Delhaize licencie à tout de bras, se débarrassant en premier lieu des plus anciens qui leur coûtent la peau des fesses, et avec mes quarante ans bien coulant, je ne fais certainement pas partie du candidat idéal recherché. Et crotte ! J’écluse et je m’éclipse.
J’arrive pile-poil à l’appart de Laurance, rue Grande-Bêche. « - Alors, on fait comme l’autre fois, Zélim ? » qu’elle bizouille, Lau. « -Ouaip ! «. L’autre fois, c’était au nouvel –an. Lau m’avait maquillé en Black. Purée, j’avais été bluffé là, pour le coup. «  Je me suis toujours demandé à quel Blanc un Black pourrait ressembler … «. Essaie : quand tu rencontres un Black, demande-toi comment il serait en Blanc… Pas si évident que cela …. Lau, c’est Laurance avec deux A. Jadis, je lui ai même envoyé en mails, en sms et en version papier des poèmes, des haïkus à la con, transformant Lau en eau : tu vois le genre ! Lau a été hôtesse rue du Champion, rue de l’Agneau et même rue Marnix à S’raing. A c’t’heure elle s’est recyclée dans les soins de la peau, maquillages, manucure et tutti quanti. Elle est indépendante. Elle s’applique à me transformer en black. J’ai sorti 50 roros, deux billets de 20 et un de 10. Elle prend un vingt : » Pour les produits. », qu’elle dit. Plus tard, je le sais, elle prendra les 30 roros : «  Bon, puisque tu insistes ! ».

L’enterrement de Mati l’ohé vient juste de commencer. Je me noie dans la foule, épiant les regards. Voici des années que je vis dans cette ville et pourtant je ne connais que peu de monde. Ici, c’est encore plus pire à par l’un ou l’autre visage que ne me sont pas inconnus. Eux tous, ils aperçoivent ce Black qui est comme tous les autres Black, tout aussi insolites que les autres dans cette foule constitués principalement de «  jambon-beurre «. J’aime cette fête plus que toutes les autres liégeoises réunies, j’y prends mon pied, chaque 16 août. Le seul jour où l’on peut croiser, frôler des nuées de femmes, mieux : Liégeoises. En robe. Voilettes et mantilles. Noires. Fardées, natures, sophistiquées, provocantes, parfumées. Le seul jour où j’ai envie de les embrasser, en grappes, ou une par une … et plus si affinité … Femmes hallucinantes ! Femmes hallucinogènes !

 J’ai promis à Zappa que je repasserais au «  Cirque Divers «  en Roture. Il est passé 21 heures. Mon pote m’a reconnu du premier coup, même en Black : «  Remets ta culotte, je t’ai reconnu,  Joe Garage ! «  qu’il me fait. Il a réussi à m’introduire demain pour un rendez-vous avec un des boss de chez Delhaize. On écluse un «  blanc-coca » ou deux,  en écoutant Kevin Ayers qui vient de brancher sa guitare accoustico-électrique :

«  J’étais perdu dans la rue
Fatigué et mal au cul
J’ai vu un petit café
Avec une fille dedans
Et je lui disais :
Puis-je m’asseoir auprès de toi
Pour t’ regarder
J’aimerais bien t’accompagner,
Te consoler «.

J’suis rentré pas trop tard dans mon studio. En passant rue de la Régence, j’ai vu des poulets qui embarquaient trois ou quatre types déguisés en Diables rouges «. Je me suis dit qu’il y avait quand même une justice quelque part. J’ai pris une douche, le maquillage s’en est allé à vau l’eau et je me suis endormi en rêvant à Lau.
Bonne nute !

Kevin Ayers : «  May I « :





                                               Le Lou's bar

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