" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 6 juin 2014

Moi-je, Catinus, p'tit Gouvyon dans les années '50 et des rawettes ...


                                       Rue de la gare à Gouvy

                       ... " on the sunny side of the street " - " du côté ensoleillé de la rue " ....


Cela faisait déjà un p’tit bout de temps que je m’étions dit : «  Tiens ! il faudrait que je raconte mon enfance « . C’est la page Facebook «  Tu es un vrai Gouvyon si … «  qui m’a décidé. C’est un peu à la mode (cela l’a toujours été d’ailleurs) : se raconter. Pour laisser une trace, sans doute… Mouais !
En général, ces vagues à l’âme n’intéressent strictement personne ; c’est même presque toujours assez pathétique (dans le sens de ridicule). Ces quelques lignes ne dérogeront pas à la règle… Elles n’intéresseront  personne à part môa (ce qui n’est déjà pas si mal). Elles évoquent ces années que je qualifierais de quasi paradisiaques …
 Chacun a son histoire (sans compter son jardin secret, ici, indévoilable). Tout ce qui suit  m’est réellement arrivé (pas de quoi en faire un fromage, d’ailleurs …), un amalgame d’une partie de mes faits et gestes étalés sur plusieurs années mais concentrés en une seule. Vous remarquerez qu’il ne se passe strictement rien d’extraordinaire ni même d’intéressant et pour cause : les enfants heureux n’ont pas d’histoire.




Lundi, premier janvier
Bonne, sainte et heure année à tous ceux que j’aime ! Et tant que j’y suis à moi aussi. Tout le monde ici est de bonne humeur. Il faut dire qu’il fait un temps magnifique : très froid, ciel bleu sans nuage et grand soleil.
J’ai été servir à la messe avec Jean et Etienne.
A midi, maman avait fait de pommes dauphines + des babas au rhum et des choux à la crème Malakoff qui restaient de la veille.
Nous avons souhaité la bonne année chez grand-mère. Elle m’a embrassé très fort (vu que je suis son chouchou, j’ai pas peur de le dire, na !). Quel monde il y avait, Seigneur ! Des cousins et des cousines qui venaient de partout, même de Bastogne. On se regarde tous un peu intimidés, en chiens de faïence … Avec parrain Louis, nous avons été soigner les vaches + donner du foin. Il paraît que Christian Nisen apprend le russe …
A 6 heures, souper chez Marraine (*1). Les Catin de Vielsalm étaient déjà là. J’ai reçu un chouette révolver avec un long canon et un étui (comme ça j’en aurai deux de pif-paf, comme je le voulais). Merci, Marraine ! Les parents sont restés à discuter dans le salon et nous six nous avons été faire les andouilles dans la pièce où l’on se tient.
En rentrant, nous avons croisé Joseph Bontemps qui a dit : «  Jean, il devrait faire du cinéma ». Ben tiens donc ! Ben ça me plairait bien tiens tout compte fait …

- Mercredi 3 janvier
Ah ! J’avais oublié : l’abbé Delhaye m’a donné les 25 décembre (de l’année dernière donc) un livre de Gustave Flaubert : «  La légende de Saint-Julien l’hospitalier «. Je peux le garder. Il m’a dit de le lire très lentement pour bien m’en imprégner. J’ai déjà lu trois pages mais il a fallu que je m’y reprenne à deux fois (au moins !) et j’ai pas encore tout compris … T’as qu’à voir …

«   … On vivait en paix depuis si longtemps que la herse ne s’abaissait plus … « 
                           ( la légende de Saint Julien l’hospitalier)


  
                                        

                                            Ne cherchez pas à mettre des noms sur les visages. J'ai piqué cette photo ailleurs mais elle illustre bien l'ambiance ...


                           - Dimanche 7 janvier
Hier et aujourd’hui, il a beaucoup neigé, sur 40 centimètres. Avec mes sœurs, nous avons fait un bonhomme de neige qui a de l’allure. Nous également été faire du traineau, départ la grange de chez Maxime Laloux puis fond de balle jusqu’en bas de l’avenue Noël. Plein de copains évidemment, tout le quartier était là, ambiance ! J’aime le traineau en fer qui est très haut et léger. Quand les sœurs sont parties, j’ai pris une de leurs luges, celle en bois. Je m’en suis servi comme guide, moi sur mon traineau en fer : c’est super ! je sais me diriger au poil près, un peu comme avec un volant.
Demain, nous rentrons à l’école. Je dois dire que j’avais complètement oublié d’apprendre la fable du «  Laboureur et ses enfants «. J’ai pas la tête à ça. On verra …

-  Lundi 8 janvier
Comme d’habitude, papa nous a conduit à l’école en voiture car les rues sont à peu près praticables, les chasse-neige sont passés toute la nuit. Nous à l’avant et les Marx «  dans les cochons «  (= dans l’arrière qui sert de coffre à outils).
On s’est marré comme des fous à la récré : batailles de neige même si normalement on ne peut pas. Pour finir, sœur Emérancia est venu gueuler. Robert et André ont valsé à la cave + raclées de dimension …
Au soir, re –traineaux, papa est revenu nous chercher pour rentrer à la maison. Crotte !

-  Jeudi 11 janvier
On s’est fait attraper par la bande à Boclinville en remontant de l’école. Déjà à midi, il nous avait menacé : «  Gare à vos fesses à 4 heures ! « Et effectivement ils nous attendaient. Je me suis fait laver copieusement avec de la neige (et je ne suis pas le seul). Bandes de crapules ! En me relevant, j’ai osé murmurer un «  Trou du cul !  « . Un d’eux m’a dit : «  Tu en veux encore, Catin ? ». Mes lunettes étaient tombées mais pas cassées, juste un peu voilées. Nous n’avons rien dit à la maison.
Pourquoi qu’il y a des salopards comme ça ? C’est comme l’affreux bonhomme qui loge tout près de chez Molitor (il porte un béret). L’autre jour, il m’a fait des mauvais yeux, a couru après moi en brandissant une serpette. Il m’a foutu la trouille, ce con ! Faut dire que papa utilise une serpette pour couper le coup aux poules. Brrrrrr !


- Jeudi 25 janvier
J’ai encore eu une crise. J’explique : quand je rentre à la maison, venant de l’école, je crève de mal au ventre. Très-très douloureux, comme si on m’enfonçait un couteau dans le boudak, ça dure 2 ou 3 minutes et puis cela s’en va aussi vite que c’est venu. Maman ne sait pas trop bien quoi faire, elle applique une compresse froide et mes sœurs me regardent d’un drôle d’air. L’autre jour, maman en a parlé à madame Gertrude (qui a été un peu infirmière au Congo) et qui a répondu : «  m’est avis que c’est surtout psychologique. «. Je t’en ficherai des psychologiques, moi, vieille tarte ! On voit bien que ce n’est pas elle qui déguste. Qu’elle dise tout de suite que je suis psychiatrique, tant qu’elle y est … Mais c’est p’têt un peu vrai que je sois psychiatrique mais pour le mal au ventre, là non ! Crotte !
Bref ! Aujourd’hui, c’est le jour du goûter  au chocolat ( mioum !). Et de  «  L’Ecole Buissonnière «  à Télé Luxembourg. On va tous accompagner maman qui apporte la télé du magasin, posée que la table à roulettes (c’est un rite, j‘aime bien les rites). Tous le voisinage va venir regarder avec nous (car ils n’ont pas encore la télé) : René, Marie-Rose, Claudine, Dédé, Etienne, Claudy ,…
A l’affiche : Rintintin, Robin des bois, Helmut le petit bricoleur, …Et ce soir, ya footballe. Nous les mômes on ne regarde pas (m’en fiche : j’aime pas le footballe), c’est trop tard mais des amis de papa vont venir pour regarder le match : Maxime Laloux, les Boulanger, d’autre Laloux, Camille Nisen, ... En haut, moi et mes sœurs nous allons encore nous bidonner en entendant des «  Non di d’jûûûûûû ! «  parce leur équipe a encaissé un goal. Ambiance !


Vendredi 14 février
J’ai été encore voir l’abattoir de chez Laloux et les peaux des bêtes dans le saloir ( bearrkk, ça pue !). Roger faisait du boudin noir. En rentrant, papa est venu me trouver, il voulait me parler seul à seul. Arrivé en haut au salon, il m’a montré le papier que j’avais jeté dans le grand vase du vaisselier en décembre je crois et où j’avais écris : «  Ne vous étonnez pas si je me tue un jour « . Il paraît que maman a pleuré beaucoup-beaucoup en découvrant ce message. « Pourquoi as-tu écrit ça ? «  qu’il a demandé mon père. « Je ne sais pas, je ne sais plus », lui ai-je répondu. Il m’a fait promettre que je ne recommencerai plus jamais à écrire de telles choses. J’ai promis.

Mercredi 26 février
Avec maman, nous avons été à Bastogne. Nous avons pris la Micheline de 9 heures. D’abord à la clinique pour une osculation rapport à mes maux de ventre que j’ai toujours chaque jeudi à 4 heures. Le docteur avait entendu parler de moi car à 6 semaines, j’ai été opéré à la clinque d’une sténose du pylore. Quand toute l’opération a été terminé, alors que le chirurgien regardait si tout allait bien, je lui ai pissé à la figure. Il a dit alors : «  Et bien, mon gaillard, on dirait que ta tuyauterie fonctionne à merveille maintenant. «. C’est pas vrai que j’ai dit. Si-si, c’est la pure vérité !, qu’il a dit le toubib. Je me suis mis à rire comme un dingo.
A midi, nous avons été mangé de la tarte «  chez Collard « , la pâtisserie rue du Sablon ( mioum ! ). Puis nous avons été chez les Frères où maman s’est confessée. Pas moi, vu que j’avais été à confesse samedi (pas grand-chose de neuf à raconter à part des pensées impures mais c’est de la routine). Puis visite chez les sœurs. Elles passeront nous dire bonjour un de ces jours quand elles viendront un de ces quatre à Gouvy. Je suis crevé !

«  C’était un vieillard en froc de bure, avec un chapelet au côté, une besace sur l’épaule, toute l’apparence d’un ermite. Il s’approcha de son chevet et lui dit, sans desserrer les lèvres : « Réjouis-toi, ô mère ! Ton fils sera un saint !« 
                                                  ( La légende de Saint Julien l’hospitalier)

- Dimanche 15 mars
Le matin à la messe basse de 7h ½ , l’abbé Maréchal m’a demandé de l’accompagner pour porter les sacrements à madame L’Huire. Elle est gravement malade, ne sait plus quitter son lit. C’est son mari qui la soigne. Sa chambre est chauffée par un calorifère au gaz ce qui lui donne une drôle d’odeur. Tout cela est impressionnant en plus que les prières sont murmurées. Quand nous avons fini, l’abbé me remercie et me serre la main : je sens une pièce de monnaie et parfois un billet. Aujourd’hui c’est un billet. Avant de rentrer à la maison, je regarde à la vitrine d’Elvire : la dinky toys ( une Ferrari rouge) est toujours là, chouette je vais pourvoir me l’acheter. J’irai demain matin avant d’aller à l’école comme ça je l’aurai dans ma poche toute la journée.
Avant-midi, nous ( Dédé et Etienne) avons été ramasser les crasses dans la salle du «  Ciné chez nous « , surtout les bâtons de frisko et les verres tout plaquant de limonade. Après-midi, y avait «  Ben Hur «  un super chouette film de trois heures, donc pas de premier film juste les actualités de Belgavox . J’ai eu bien peur parfois ( comme avec les roues du char où sont fixées des faucilles pour couper les jambes de ceux qui courent par là dans l’arène). Puis j’ai été relevé les quilles du bowling : on m’a donné 15 francs. La neige est partie maintenant.

«   Quand Julien put réciter par cœur toutes ces choses, son père lui composa une meute. D’abord on y distinguait vingt-quatre lévriers barbaresques, plus véloces que des gazelles, mais sujets à s’emporter ; puis dix-sept couples de chiens bretons, tiquetés de blanc sur fond rouge, inébranlables dans leur créance, forts de poitrine et grands hurleurs. Pour l’attaque du sanglier et les refuites périlleuses, il y avait quarante griffons poilus comme des ours. Des mâtins de Tartarie, presque aussi hauts que des ânes, couleurs de feu, l’échine large et le jarret droit, étaient destinés à poursuivre les aurochs. »
                                                     ( Saint-Julien l’hospitalier)


Lundi 23 mars
Paulette et Jean Morsomme sont venus hier en fin d’après-midi. Il paraît qu’ils vont tenir un camp de vacances du côté de Saint-Hubert. Mon père (* 2) les connait depuis la guerre et avec Jean , ils ont fait du sabotage au champ d’aviation de Saint-Hubert. Maman ( *2) et Paulette sont des grandes amies, en tout cas elles s’apprécient et peuvent papoter pendant des heures et des heures. Amen !
Aujourd’hui, ce sont les Catin de Vielsalm (*4) qui sont venus nous rendre visite. J’aime bien  parrain Roscius. Il me fait marrer. Il m’appelle «  le caporal sans képi «  ou «  fesses de rat ». J’adore aller en vacances chez eux à Vielsalm ; nous allons jouer avec mes sœurs et mes cousines dans le parc. Parrain fait des dames blanches absolument délicieuses ( = le chocolat est croquant). L’autre jour, quand nous avons été chez eux, ils nous ont fait écouter des disques, entre autre Jacques Brel dans «  Rosa , rosa, rosam « : ça les fait bidonner. Hier, ils ont raconté des souvenirs de leurs voyages, entre autres dans le Gers (c’est en France). Ils fument comme des pompiers, sauf maman, y fait tout bleu. J’écoute tout attentivement. Moi aussi, plus tard, j’aimerai les voyages. Je voudrais aller en Russie, en Amérique, A New York et en Chine . Et comme métier, je voudrais devenir journaliste. J’arrête ici : je vais dormir.

«  Le prodigieux animal s’arrêta ; et les yeux flamboyants, solennel comme un patriarche et comme un justicier, pendant qu’une cloche au loin tintait, il répéta trois fois :   - Maudit ! maudit ! maudit ! Un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère !     Il plia  les genoux, ferma doucement ses paupières, et mourut. « 
                                              ( Saint Julien l’hospitalier)

- Lundi 7 avril
Quelle belle semaine j’ai passé. La semaine de Pâques, le temps de crécelles comme l’année dernière. Tous les jours rendez-vous et départ chez Clotuche. Nous étions une vingtaine. J’ai une belle crécelle mais la plus belle c’est le bac d’Emile Clotuche qui de la gueule. Nous avons sillonné la rue de la gare, route de Beho, route d’Ourthe, le Remaifait - où nous avons spécialement «  chahuté «  devant chez les Halkin qui sont témoins de Jéhovah- encore rue de la gare, et pour finir l’avenue Noël. Nous stances : «  A l’office ! «  , «  Au ch’min d’croix ! « . Messe de Pâques samedi soir à l’église. Aujourd’hui lundi, distribution d’eau bénite chez les gens, récolte, des œufs, des sous et dîner au «  grand Rocher «. Waouhhhh ! 

- Dimanche 20 avril
Il faut que je sois prudent dans ce que je vais raconter maintenant aussi je serai bref et surtout je ne citerai pas de noms réels  (on ne sait jamais que quelqu’un de mauvais lirait ce carnet). Parfois, j’aime bien de jouer au docteur dans la petite cabane en bois derrière chez nous. Avec des filles qui nous montrent leurs minous ou qui se frottent la poitrine. Je regarde attentivement comme elles sont faites là en-dessous (c’est drôle). On prend un petit bois ou une plume pour écarter. Parfois, elle touche ma floche. Ou alors c’est avec des copains ou des gars. On compare. Certains ont un kiki qui est tout rempli de veines (bearrkkk !). Ou alors qui sent très fort. Ou alors qui est plus grand que ma floche ou qui a des poils (mais ce sont des plus grands). On se touche jusqu’à ce que qu’on ressent une libération et tout de suite après je m’en vais. Vladimir m’a dit qu’il connaissait beaucoup de gars qui se montrent leur floche partout dans le village. C’est comme qui dirait une sorte de mode. Il connait même un grand qui donne des sous si tu la montres et s’il peut jouer avec, mais moi je trouve ça dégueulasse et je ne veux pas. On va aussi parfois dans les cabinets de la petite école là-haut. Sophie a dit que l’on était des sales de faire des trucs comme ça, mais Sophie ho hé hein bon …

«  Tour à tour, il secourut le Dauphin de France et le roi d’Angleterre, les templiers de Jérusalem, le suréna de Parthes, le négus d’Abyssinie, et l’empereur de Calicut. Il combattit les Scandinaves recouverts d’écailles de poisson, des Nègres munis de rondaches en cuir d’hippopotame et montés sur des ânes rouges, des Indiens couleur d’or et brandissant par-dessus leurs diadèmes de larges sabres, plus clairs que des miroirs. Il vainquit les Troglodytes et les Anthropophages. Il Traversa des régions si torrides que sous l’ardeur du soleil les chevelures s’allumaient d’elles-mêmes, comme des flambeaux ; et d’autres qui étaient si glaciales que les bras, se détachant du corps, tombaient par terre ; et des pays où il y avait tant de brouillard que l’on marchait environné de fantômes. C’est lui, et pas un autre, qui assomma la guivre de Milan et le dragon d’Oberbirbach. « 
                                                 ( Saint Julien l’hospitalier)


- Jeudi 1 mai

On peut dire que c’est le jour du début de la belle saison. J’adore mon vélo bleu, je le bichonne. C’est un vrai vélo d’homme avec une barre. Je sais le réparer quand j’ai une crevaison : bassin d’eau pour découvrir où est la fuite, petite râpe pour nettoyer la chambre à air, colle et rustine et ça tient ! (j’en suis tout étonné). Je mets de l’huile sur la chaine, resserre les boulons, regonfle les pneus etc… Ya juste raccourcir la chaîne que c’est trop duraille alors je vais chez le vieux Wirard , rue du vieux Chêne. Quel capharnaüm chez lui, des vélos partout, des pneus, des chambres à air, des outils, ça sent la graisse, l’huile et la poussière mais j’adore (note que «  on n’adore que Dieu seul ! « ).
Je coince aussi des cartes à jouer avec des pinces à linge de manière à ce que les rayons des deux roues les frottent : ça fait un de ces bruits, tu dirais un moteur. Je dévale, sans les mains, fond de balle ,  la route d’Houffalize vers l’école, c’est supérieur ! Plus tard, je serai pilote de formule 1.


                                   Mes amis de l'école Monville en 1961
      Ne me cherchez pas : j'étais en train de me faire charcuter à la clinique de Bastogne


- Samedi 31  mai
Me revoilà revenu à la maison après un long-long séjour à la clinique de Bastogne. J’explique. Le 3 mai, je crois, crise aigüe au soir : mal au ventre, terrible. Le docteur Bastin m’ausculte et décide de m’envoyer en urgence à la clinique de Bastogne et pour cause : obstruction intestinale. Aïe-aïe-aïe ! ! ! ( et c’est le cas de le dire). On m’a donc opéré et me voilà avec deux cicatrices : une de quand j’avais 6 semaines et qu’on m’a opéré de la sténose du pylore et celle-ci, un peu moins grande. Me v’la balafré et c’est pas très joli à voir mais enfin , faut ce qu’il faut. Ici (mes sœurs surtout) on m’appelle désormais : «  Le Miraculé «. Maman est restée quasi tout le temps à mes côtés. Heureusement ! Je vais pas tout raconter mais juste deux trucs qui m’ont marqué à vie : 1.- Quand on m’a enlevé les agrafes, j’ai gueulé comme un goret (c’est moi qui dit ça). 2. – Directement après l’opération quand je me suis réveillé, je crevais de soif et demandais à boire mais interdiction absolue. Même maman refusait ( et elle en était bien triste la pauvre). Elle avait juste la permission de m’humecter les lèvres avec un gant de toilette, une fois toutes les heures… J’ai eu beaucoup de visite de toute la famille, des voisins, des amis.
«  Qu’énne affaire ! «  comme on  dit à Lîdge …

«  Quand il eut sept ans, sa mère lui apprit à chanter. Pour le rendre courageux, son père le hissa sur un gros cheval. L’enfant souriait d’aise, et ne tarda pas à savoir tout ce qui concerne les destriers. Un vieux moine très saint lui enseigna l’Ecriture sainte, la numération des Arabes, les lettres latines, et à faire sur le vélin des peintures mignonnes. »
                                                          ( Saint Julien l’hospitalier)


- Lundi 16 juin
Très beau temps pour la kermesse à part une bonne drache orageuse vers 14 h. carrousels, mais surtout ce que je préfère maintenant : le tir et les scotters. Pour le tir, il faut bloquer sa respiration ( et ne pas avoir trop la tremblotte que j’ai …) mais ça va, j’m’en tire pas trop mal. Les scotters, j’adore mais pas les parents qui sont venus me tirer dehors d’une voiture : «  t’es pas tout fou ? « , rapport à ma récente opération. Total : plus de scooter, mer***de ! J’ai trop mangé de croustillons donc mal au ventre, hé, c’est malin. Paraît qu’on va avoir des examens mais je m’en fous. (*3) Sans compter qu’avec mon opération  on ne me cherchera certainement pas la petite bête, alors …


                   ...  au camp des louveteaux : Milou Clotuche, môa avec les fleurs, 
                                            Dédé Marx et Richou Rentmeister

Samedi 19 juillet
Voilà, nous sommes revenus du camp louveteau. Nous n’avons pas été loin, à Wiltverwiltz au Grand-Duché. Beau temps dans l’ensemble. Je m’étais promis de prendre de notes au jour le jour, ce que j’ai fait, mais je ne les retrouve plus, crotte ! J’étais chef de la sizaine des rouges et mon second était Emile Clotuche : heureusement d’ailleurs car c’est un chic type, plus malin et surtout milliard de fois plus débrouillard que moi … Nous avons été occupés tout le temps : jeux, balades, feux de camp, veillées, corvées, … et même un mini hyke pour nous préparer car bientôt nous serons scouts. Des chefs super sympas : Akéla bien sûr, Baloo, Python, Baghéra, ... Les parents et mes sœurs sont venus nous dire bonjour dimanche. Les sœurs sont déjà parties au camp et je suis donc le seul à la maison. «  As-tu compté les étoiles qui scintillent là-haut dans les cieux … «. Voici une photo : on ne rit pas de ma tronche, svp, merci !
Parrain Roscius et Tante Mimie m’ont offert un chien. Enfin, il n’est pas qu’à moi mais à tout le monde.  Il est brun, tout mignon. Je crois que nous allons l’appeler : «  Pompon «. Je l’adore !

«    Julien se mit à courir ; ils coururent. Le serpent sifflait, les bêtes puantes bavaient. Le sanglier lui frottait les talons avec ses défenses, le loup l’intérieur de ses mains avec les poils de son museau. Les singes le pinçaient en grimaçant, la fouine se roulait sur ses pieds. Un ours, d’un revers de patte lui enleva le chapeau ; et la panthère, dédaigneusement, laissa tomber une flèche qu’elle portait dans sa gueule. »
                                               ( Saint Julien l’hospitalier )

- Samedi 26 juillet
Toute la sainte semaine, fenaison chez Parrain Louis (*4) ( en retard car trop de pluies aux mauvais moments). Mon rôle est de regrouper les bottes de foin pour que ceux des fourches aient plus facile, travail pas trop duraille, vu que  je suis toujours plus ou moins en convalescence… Mais je conduits le plus souvent le tracteur , le Deutz, ( j’adore et je m’y applique bien). Marcelle est sur le char, les autres ( Parrain Louis, Jean-Pol, Alain, parfois mon père) lui balancent des ballots. Elle ne suit pas.  Elle gémit : «  Non î d’ju, tout doux !, tas de sales d’jaunes : vous allez me faire mourir avant l’âge ! ». Elle est tot rôdge, pôv Marcelle !  Ambiance. Quand un ou deux chars sont pleins, on rentre mais d’abord un coup de limonade (j’crève de soif, mille d’jû !) puis je tape les ballots sur le monte-charge. Puis re-limonade avec des biscuits, des côs on boquet de tarte et puis on rattaque. J’a-do-re ! Sans compter que Marcelle me donne des sous. J’épargne pour acheter un enregistreur à bandes comme le père d’Etienne qui en a un, il me l’a montré l’autre jour. Mais faudra de la patience pour avoir tout le fric. J’irai sans doute élaguer dans le bois au mois d’août avec le paternel qui a dit qu’il me donnerait aussi des sous…


                                                      Je / ik   sur une plage de la mer du Nord

- Vendredi 15 août
Le moment tant attendu depuis un an : maman, mes sœurs et moi nous partons 15 jours à la mer. Cette année, ce sera Blankenberge, waouwww ! Mais tout d’abord la procession. Nous avons mis une statue de la Vierge sur le seuil,  entourée de fleurs. Je suis acolyte et mes sœurs portent des paniers de fleurs. Départ de l’église vers la gare.  Cinq autels sur tout le parcours, arrivée à la chapelle il est passé 11h et demi. Messe. Un bon dîner pour nous mettre en forme car la journée sera longue. 15h33, le train, « en route mauvaise troupe ! », comme dirait le paternel d’abord pour Liège où il faut changer. Puis le train de la mer. - >> Anecdote : je demande à un chef du train «  Ah, il faut changer de rails à Liège «. «  Non ! qu’il me répond «  l’homme. «  Tu laisses les rails où ils sont, tu changes juste de train » Waf-Waf ! -   On joue aux cartes et l’on s’arrête de jouer pour bien regarder le tunnel de Bruxelles. Il est bien passé 8 heures au soir quand nous arrivons enfin à la gare de Blankenberge. L’appartement est grand, les filles ont une chambre pour elle trois, moi une toute petite mais elle me convient à merveille (du moment que j’ai la paix !). Maman m’autorise à aller faire un tour seul sur la digue en me demandant tout de même de faire attention et de ne répondre et de ne suivre personne. Je la rassure : «  Je ferai croire si l’on m’accoste que je suis sourd et muet « que je dis. C’est chouette : partout des orchestres qui jouent sur les terrasses. Ça me plairait de me trouver une copine flamande ou bruxelloise. Je l’imagine rousse avec des cheveux très courts ou alors très longs et pleine de taches de rousseur. Miooouuum ! J’adore les rousses !

«  Ses grands yeux noirs brillaient comme deux lampes très douces. Un sourire charmant écartait ses lèvres. Les anneaux de sa chevelure s’accrochaient aux pierreries de sa robe entrouverte ; et sous la transparence de sa tunique, on devinait la jeunesse de son corps. Elle était toute mignonne et potelée, avec la taille fine. Julien fut éblouit d’amour, d’autant plus qu’il avait mené jusqu’alors une vie très chaste. « 
                                                    ( Saint Julien l’hospitalier)

- Samedi 30 août
Nous voici revenus de la mer. Qu’est-ce qu’on a eu bon ! Presque toujours du beau temps et quand il a plu, nous avons été nous promener dans les dunes. Nous avons été également deux fois à Méli-Park à Adinkerke, super chouette. Sinon, plages le matin, retour pour le dîner à l’appartement avec glaces pour dessert ; je me dévoue pour aller les chercher au magasin où sert souvent une très jolie rousse, mmmhhh !  Re-plage l’après-midi jusque 18 ou 19h.  Vers 16h30, on peut aller dans l’eau (faut attendre trois heures après avoir mangé !) On se marre comme des p’tits fous avec mes sœurs. J’adore quand les grosses vagues me recouvrent. Je me fais parfois gronder par les sauveurs . Pèches aux crevettes ou pêche aux crabes sur les brise-lames. Mes sœurs aiment de jouer au magasin : elles  confectionnent des fleurs en papier de toutes les couleurs et elles les échangent avec d’autres filles contre de coquillages. Parfois, je joue avec elles aussi mais je préfère quand même faire un gros château de sable ou un grand trou dans la plage. Maman en profite pour faire de longues siestes bien méritées ou de lire le journal, des magazines ou un livre . Pôv maman, va ! Elle en voit bien avec voilà nous autres … Elle a  déjà son ticket pour le paradis …
Vers 17 h30, je vais sur la digue écouter les orchestres qui jouent sur les terrasses. Parfois, j’y reviens encore au soir. Y en a qui jouent sacrément bien. Y a des filles, mais elles sont toujours en groupe ou à deux et j’ose pas trop-trop. P’têt que je suis trop timide mais surtout je ne sais pas comment m’y prendre. J’en ai accosté deux ou trois (pas des rousses note que). Je leur demande où elles habitent ? Une à Bruxelles, l’autre à je ne sais plus où, l’autre dans un patelin que je ne connaissais même pas. Mais après ? Je sais pas trop quoi dire … Misère !
Je vais aussi parfois presque jusque Zeebrugge qui est tout près.
. Il fait plus calme sur cette partie de la plage. L’autre jour, deux gamines voulaient aller de ce côté-là et leur père leur a répondu : «  Il n’y a rien  à voir par-là !«   Il a bien tord, l’homme. Enfin. Ah oui, j’oubliais : on a été tous ensemble en excursion à bord d’un bateau de plaisance. Un bateau amphibie qui roulent avec des pneus jusqu’au bord de l’eau puis après il plonge ( si j’ose dire) et navigue sur la mer. Qu’est-ce que c’est chouette ! Nous avons été quelque fois au salut du soir à l’église et bien sûr à la messe du dimanche. Avec les sœurs, on se marre car de vieilles dames flamandes disent «  Bet voor ons « , ce qui signifie, «  Priez pour nous «  mais tu jurerais entendre «  Bêtes féroces « . En tout cas c’est ce que nous entendons, nous. ..

- Dimanche 31 août
J’ai écrit deux dizains :

Dizains sur la mer et sur Liège, à la manière zutiste.

                                        1.

En ces temps-là, comme l’eut dit mon évangile
Ma p’tite famille et moi, prenions l’ train à Gouvy,
Localité d’là-bas, zonant en terres ardennaises ;
Nous nous rendions chaque fin août aux lèvres de la mer
Oostende, Heist, Blankenberge, Oosduinkerke, La Panne
Front de mer, coquillage, crabes, crevettes, pelles z’et seaux ;
Etape hallucinante en la bonne gare des Guillemins,
Déjà j’écrivais ton nom, Liège déjà tant adorée.
Notre trop bonne mère-sainte veillant sur ses ouailles,
Nous attendions, jouant au paradis sur tes pavés, un tchouf-tchouf.

                                         2.

Gigantesque et enivrante locomotive, empanachée de bouffantes volutes,
Odorantes de charbon et d’huile dans cette chaleur étrangement moite
des quais tout bleus où je comptais les paires de rails, deux quatre
Six huit dix douze, plus un là-bas tout au bout : Liège aux treize quais ;
Ville déjà mythique pour nos yeux d’enfants, trois filles un gars ;
E pericolos sporghesi,  il est dangereux de se pencher par les fenêtres,
Des nuées de ritals nous entouraient toutes aussi fiévreuses ;
Nous étions de la même tribu celle des voyageurs au long court,
Amsterdam-Bâle puis Milan, sans doute Rome et la Sicile ;
Simple arrêt plus prosaïque pour la famille des quat’lapinos à Gouvy-les-bains-de-pieds.


Demain, on rentre à l’école. Zut, crotte et super !



Dimanche 21 septembre
La guerre Gouvy-Gare contre Gouvy-Village a repris de plus belle. Ils viennent nous narguer en gueulant : «  Fils de curé ! «  ou «  Pisseurs de travers ! «. Nous on réplique : «  Paysans du Danube ! «  ou mieux «  Dégénérés ! «. Puis on se fout des tournioles. Mais quand nous nous retrouvons à l’école, nous sommes les meilleurs amis du monde. Va savoir, toi ! Hier, on en a attrapé un. On l’a déshabillé (à poil, p’tite quéquette !) et on l’a foutu dans la prison de chez Clotuche (*8)  en lui jetant des graines à la figure. Il pleurait, le pôv chou ! Pour finir on l’a libéré avec juste son slip et il s’est enfoui par le talus du chemin de fer, ses habits à la main.

«  Il était enveloppé d’une toile en lambeaux, la figure pareille à un masque de plâtre et les deux yeux plus rouges que des charbons. En approchant de lui la lanterne, Julien s’aperçut qu’une lèpre hideuse le recouvrait ; cependant, il avait dans son attitude come une majesté de roi. « 
                                                 ( La légende de Saint-Julien l’hospitalier «)

- Premier novembre
La Toussaint. D’abord la messe le matin, puis les vêpres à l’église où le curé a cité la longue litanie de tous les noms de famille de nos aïeux décédés. Ya même un Jean Catin mais ce n’est pas moi, hé ! ya rien qui presse… Nous avons été sur les tombes de l’ancien cimetière jouxtant l’église ; celle de la famille Catin –où sont ensevelis mon frère Jean et ma sœur Marie-Louise - , celles de la famille Nisen-Kaesch. Ensuite, grimpette vers le nouveau cimetière où est enterré Albert Nisen. Beaucoup de monde partout. Tous les cousins et cousines ont rendez-vous chez grand-mère, nous sommes tellement nombreux que Marcelle envoie les gosses dans les étables ou près des poules : le bonheur pour môa et mes sœurs ! On vient juste chercher un boquet de tarte, puis un gaufre, puis un boquet de tarte, etc… et boire un verre de grenadine ou de menthe à l’eau. Marcelle avait bu comme un coup de trop et elle parlait en courant ici et là,  si bien qu’elle a avalé une cigarette allumée : qu’est-ce qu’on s’est marré. Nous avons «  aidé «  parrain Louis à soigner les vaches.

«   L’empereur, pour prix d’un tel service, lui présenta dans des corbeilles beaucoup d’argent : Julien n’en voulut pas.  Croyant qu’il en désirait d’avantage, il lui offrit les trois quarts de ses richesses : nouveau refus ; puis de partager son royaume : Julien le remercia ; et l’empereur en pleurait de dépit, ne sachant de quelle manière lui témoigner sa reconnaissance, quand il se frappa le front, dit un mot à l’oreille d’un courtisan ; les rideaux d’une tapisserie se relevèrent, et une jeune fille parut. « 
                                               ( Saint Julien l’hospitalier )

-  Samedi 6 décembre
Lever exceptionnel à 6 heures du matin (ça fait déjà plus d’une heure que je ne dors plus). C’est maman qui vient nous chercher… Ô merveille ! , Saint-Nicolas est passé ! Pour moi, outre l’assiette de bombons, des téléphones à piles avec un long-long fil - juste un comme je voulais !-   «  Les aventures de Tintin : on a marché sur la Lune « , deux «  Bessy «  un «  Jo et Zette » : le Manitoba ne répond plus « , deux «  Bob et Bobette « …  quoi encore, un rouge Klaxon pour mon vélo et une culotte bleu en velours pour les louveteaux, Pour les filles, je ne sais même plus, ah si des jupes, des robes, etc… Et un monopoli «  pour tous « . Pompon a reçu de bons biscuits pour chiens. Merci Saint-Nicolas !

«  De l’autre côté du vallon sur le bord de la forêt, il aperçut un cerf, une biche et son faon. Le cerf, qui était noir et monstrueux de taille, portait seize andouillers  avec une barbe blanche. La biche, blonde comme les feuilles mortes, broutait le gazon ; et le faon tacheté, sans l’interrompre dans sa marche, lui tétait la mamelle. »
                                           ( La légende de Saint Julien l’hospitalier)

- Jeudi 25 décembre
Hier, c’était le réveillon de la Noël. Nous avons regardé la télé dans le salon du premier étage où il fait bien bon. Au programme des Mickeys et des dessins animés sur Télé Luxembourg : «  Grand Galop et petit trot « , Jappy Toutou et Papy toutou « , etc… Et puis sur la télévision belge «  La famille Trapp en Amérique « . Maman aidée de Marcelle nous avait préparé des bonnes petites choses à manger dont des choux malakoff. J’ai pas pu regarder le film jusqu’au bout car il fallait que je parte m’apprêter pour la messe de minuit, je suis acolyte. «  Minuit chrétien, c’est l’heure solennelle « . J’adore les chants de la chorale à la chapelle ! « Trois anges sont venus ce soir m’apporter de bien belles choses. … ». Il fait caillant, il a gelé sec et ya du verglas. Brrrr ! Retour à la maison. Bisous de joyeux Noël, puis je file au lit car demain, je sers à la messe basse à 7h30 …

- Mercredi 31 décembre
Ah oui, j’avais oublié de dire que pour la Noël, j’avais reçu un super beau livre sur les Cosmonautes où tout est bien expliqué avec des images et des photos. Telstar, le bib-bip, Youri Gagarine, John Glenn… Super ! J’espère qu’un jour je serai cosmonaute … Il a neige deux jours mais pas très fort cependant nous avons pu aller en traineau. Maintenant, ce n’est plus que du verglas casse-gueule. Avec les sœurs, nous avons décoré les deux sapins, un en bas, l’autre au salon du second. Nous avons écrit les cartes de bons vœux à nos parrains et marraines respectifs. Ce 31 décembre, un nouveau réveillon un peu comme celui de la semaine dernière. Demain nous irons souhaiter les bons vœux à toute la famille et aux voisins. Bonne, sainte et heureuse année !

«  Et voilà l’histoire de Saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve sur un vitrail d’église, dans mon pays. « 
                                              ( la légende de Saint Julien l’hospitalier (*9)




                                                          NOTES

(*1)   Ma Marraine était ma tante, la sœur de mon père, soit Marie-Thérèse Catin. Elle était célibataire. Sa profession : négociante, donc pas «  commerçante «,  ni encore moins «  indépendante « , elle tenait à ce terme. Elle vendait de la lingerie ( des sous vêtements aux pulls, pantalons, robes, …) mais également des tissus, de la laine, du fil, du coton, des dentelles, … Elle recevait donc la visite de «  voyageurs «  et pas des «  représentants «  (elle tenait également à ce  terme). Qui sait, elle a peut être proposé l’hospitalité et un lit (en tout bien, tout honneur !) à un de ces voyageurs qui arrivait chez elle en toute fin de journée plutôt que d’aller à l’hôtel (mais là, je délire un peu sans doute). Enfant, J’ai longtemps écris le mot «  marraine «  avec un " M " majuscule.

( *2)  Mes parents tenaient un magasin de matériel électrique et d’électroménager, au 11 rue de la gare. En 1981, j’ai repris leur commerce durant 25 années. Mon père, François, était électricien. Il faisait des installations électriques complètes ou partielles dans des maisons, sans oublier la plomberie, les dépannages divers, et l’érection des premières antennes télé sur les toits. Il aimait rire et raconter des blagues salaces avec ses clients. Encore maintenant, on me dit  souvent : «  Tu ressembles à ton père tout craché ! «  C’est vrai qu’il m’a laissé un tas de choses ( des bonnes et des moins bonnes, hé !). Ma mère, Marguerite, s’occupait du magasin, de son mari, de ses quatre gosses, du nettoyage de la maison, des repas ( délicieux !). Elle tricotait, faisait des vêtements, tenait son jardin potager et fleurs, etc... Bref : on n’en fait plus des pareils ( j’ai dit !). J’ai trois sœurs et, enfants, nous nous entendions à merveille. Au jour d’aujourd’hui, nous nous retrouvons régulièrement à Liège ou à Gouvy avec un même bonheur.

(*3)  « Bien apprendre mes leçons » n’était pas une véritable préoccupation pour bibi. Certains allaient s’en inquiéter de plus en plus : mes parents, mes oncles et tantes, mes professeurs, mes voisins, … beaucoup de monde. Mais pas moi…

(*4)  Louis Nisen était mon parrain. Il vivait depuis toujours avec sa sœur, Marcelle. Tous deux étaient célibataires sans enfants et tenaient une ferme en plein milieu du village. Ils s’entendaient à merveille. Ils nous ont marqué … à vie.

(*5) La légende de Saint-Julien est un joyau, pur à 100 %. Voici ce qu’en dit Italo Calvino :
" La Légende de Saint Julien est peut-être le témoignage d'un des plus extraordinaires itinéraires spirituels que l'on ait jamais écrit en dehors de toutes religions. "
Le livre que j’emmènerais sur une île déserte.

2 commentaires:

  1. Bonjour' je suis aussi de Gouvy. Peu d'années de 58 à 62, mais ces années ont également marqué mon enfance très heureuse dans ce petit village. Je suis le fils du gendarme LAMBOTTE ,qui habitait à côté du Végé chez Wuinand Marquet en face chez

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