" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

jeudi 24 janvier 2013

"Sous...le Perron", - Paul-.





                            Rue de Campine, Fond-Pirette, Montagne Ste-Walburge, Hocheporte


En farfouillant dans les archives à l’Albertine de Bruxelles, je suis tombé sur les billets quotidiens, « Sous…le Perron,  « que signait, jadis dans «  La Gazette de Liège «,  un certain Paul.
Renseignements pris à la Libre Belgique, on m’informe que c’était Paul Libert, -Liégeois on s’en doute -,  qui était l’auteur de ces billets. Il signait également une rubrique au journal «  La Meuse « -«   Huit journaux en un »- sous le pseudonyme  tout aussi énigmatique : «  Monsieur Desk «.
Hélas, Paul Libert nous a quittés en 2011. Il est un peu comme le Roland Barthes liégeois.
 J’aimerais lui rendre hommage en proposant sur le Net certains de ses billets qui étaient très souvent d’une grande saveur.

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«  Sous … le Perron «  Paul


- «  La Gazette de Liège «, vendredi 19 janvier 1973

(…) Elle est affreuse, l’histoire liégeoise. Rien que des guerres, des meurtres, des décollations, et autres joyeuseté auxquelles nos ancêtres passaient le plus clair de leur temps. Il y a même eu une guerre de trente ans pour une fille qui s’appelait Adoule Porette, «  notre Hélène liégeoise ». (…)

- «  la Gazette de Liège «, jeudi 25 janvier 1973

Ce n’est pas une blague. On est entrain de creuser un grand trou, place du Marché, pour y planter un arbre. Peut-être sera-ce un platane, ou un catalpa, ou un magnolia ? Tout est possible, hormis un saule pleureur, parce qu’il fait triste.
L’arbre à ses débuts sera un manche à balais naturellement, mais très vite, surtout si c’est un marronnier, il sera en mesure de nous donner de l’ombre. Aujourd’hui, c’est un grand trou entre deux dalles du Perron ; demain ce sera un perchoir pour les oiseaux. On n’y croyait plus, aux arbres que l’on plante. La guerre des arbres serait-elle sur le point de finir dans cette ville vouée à la «  dalle » ?
Un petit trou dans un trottoir, un peu d’espoir pour la cité.






- La Gazette de Liège, mercredi 14 mars 1973



Tous les Liégeois connaissent Xhovémont, et la maison de retraite tenue par les Pères Jésuites. D’innombrables rhétoriciens y ont défilé, notamment, pour leur retraite de vocation, où ils étaient appelés à réfléchir sur le sens donné à leur vie. On sait que l’abbé Gerratz, déjà animateur de plusieurs maisons où sont accueillis des jeunes en difficulté, vient d’acheter la grande bâtisse de Xhovémont. Elle aussi va servir de résidence permanente à des jeunes qui n’ont pas la chance de pouvoir compter sur un foyer familial. On annonçait récemment la chose à un brave Liégeois, un homme dévoué, très soucieux de justice, mais n’ayant nulle attache avec la foi. La modification annoncée à Xhovémont ne lui plaisait pas : « C’est très bien d’ouvrir la maison des jeunes en difficulté, mais si on ferme pour eux une maison de retraite, où vont aller les pensionnés ? «  (authentique !)

Il y a retraite et retraite, celle des gens qui atteignent 65 ans, celle de militaires battus, celle des méditatifs …


- La gazette de Liège, lundi 26 mars 1973

(…) Notre Palais des Congrès aura désormais le personnel hautement qualifié et spécialisé digne d’une grande ville. En effet, grâce au sang-froid d’un fonctionnaire, on a pu faire paraître à temps l’avis rectificatif suivant :
«  Ville de Liège. Appel public, en vue de la constitution d’une réserve de recrutement de préposées aux vestiaires et aux toilettes de la régie le Palais des Congrès. Le certificat de milice dont il est fait mention dans l’appel paru ne doit pas être fourni. »
Ouf ! On a eu chaud !

- La Gazette de Liège, 31 mars 1973
Quand un capitaine anglais en a assez de bourlinguer sur toute les mers, il se choisit le meilleur coin pour y trouver la paix ou le creux de la vague. Il s’installe à Rhodes.
Notre péniche à nous, on l’avait faite très belle, on en était fier. Elle a glissé dans la brume de l’aube, ou dans le scintillement des fleuves en été. Elle a croupi dans les glaces, dégouliné sous la pluie, sur l’Escaut comme sur la Meuse. Elle a forcé le courant du Rhin, et, un jour, elle en a eu assez.
Alors elle est venue à Liège, et s’est laissée couler gentiment le long du mur du quai de la Batte.
Voir Liège et mourir. Et si j’étais directeur de notre office du tourisme, je la décorerais cette péniche. A titre posthume, évidemment.

-  « La Gazette de Liège », vendredi 14 septembre 1973

Vous vous promenez le soir vers la rue Vieuxtemps. Il fait entre chien et loup. Tout à coup, un jeune homme vous dépasse, braque un révolver contre votre ventre et, sans plus de façon … vous demande l’heure qu’il est !
Et si le personnage accosté de cette façon est une jeune fille de 17 ans, avouez qu’il y a de quoi «  tomber de sa maclotte «, comme on dit à Liège. Le malotru n’a pas été rejoint ; la gamine s’est remise de ses émotions, parce que cette petite Thérèse est courageuse. Mais vraiment, les belles manières se perdent ! Non mais, si chaque fois que vous voulez connaître l’heure, il vous prend la fantaisie de sortir un pistolet, où allons-nous ?


-  «  La Gazette de Liège «, samedi et dimanche 22 et 23 juillet 1973

Le coin où l’on joue à la pétanque, la Place de L’Yser, c’est un quartier pittoresque et qui tient du Midi, le jeu en question et les platanes, sous lesquels on joue. Deux chiens, un berger écossais et un bouledogue, se sont liés d’amitié, non pas par une  sorte d’aspect physique (ils sont tellement différents), mais par une sorte de camaraderie de voisins. Les animaux ont pris des habitudes, ils se promènent de concert, vont voir jouer à la pétanque, et se mêlent à la  foule, en Roture, car ils habitent ce coin-là.
Pourtant un jour, le bouledogue n’a plus vu son ami. Il s’est rendu chez lui et  a vu le berger confortablement installé au balcon.
     - Que fais-tu là ?
     - Mes maîtres sont en vacances. Ils m’ont enfermé à la maison.
     - Saute par-dessus la balustrade.
     - Que nenni, fit le berger. Pour attraper une gueule comme la tienne !
Pauvre bouledogue !





- La Gazette de Liège, mercredi 9 janvier 1974
Les péniches ont tendu leur câble d’amarrage, comme si, pour dormir, il leur fallait s’étendre. La Meuse est noire. Quelques reflets des lampes de la rue scintillent encore sur le dos des vaguelettes. Liège s’endort.
Les deux tours de Saint-Barthélemy et la maison Curtius, mémorial d’un temps à jamais révolu, s’effacent au crépuscule tandis que l’orgueilleuse cité administrative projette dans la nuit un reflet du perron brodé dans ses fenêtres.
A demain, Liège. Dors bien !

- La Gazette de Liège, mercredi 23 janvier 1974
Qu’est-ce qu’une «  Poutsure « ? (…) A Liège, c’est une « cicitrique «. (…) Ca se mange, ou plus exactement, ça se lèche sur une petite cuillère en plastic aujourd’hui, en bois jadis
C’est de l’acide citrique, ce curieux produit blanc qui pique à la langue et que les gamins vont cueillir au fond d’un petit sachet en papier que d’ailleurs on s’échange  et l’on collectionne pour rien, pour ça.

-  Idem, vendredi 8 mars 1974

La circulation se ralentit tout à coup. Ce n’est pas un camion, ce n’est pas un autobus qui bloque le flot des véhicules devant vous, non ! C’est Charles-Eugène. (…)
Charles-Eugène tire la charrette à la soupe et quand il arrive rue du Palais, il souffle un peu pour gravir la «  gripette «, et derrière lui les autres aussi ralentissent pour suivre le rythme de ses pattes.
Charles-Eugène, sa voiture à soupe montée sur pneus ! Un anachronisme non-polluant, et qui nourrit les petits oiseaux.

- Idem, samedi et dimanche 30 et 31 mars 1974

Vous aimez Liège et vous y flânez, parce qu’il fait beau temps, parce que les pigeons s’en donnent au soleil. C’est le printemps. Vous choisissez les vieilles rues que les différentes catastrophes nationales et internationales et aussi nos restructeurs-créateurs  d’ensembles ont bien voulu nous laisser !
Brusquement, c’est le coup de foudre. Vous tombez rue Saint-Remy sur une toute nouvelle construction inspirée du Mosan et tellement jolies avec ses fenêtres à meneaux et ses jeux d’angles comme une coquette qui se mettrait en valeur.
Bien sûr, rien n’est encore terminé, le toit se dessine à peine, mais que c’est donc joli ce bijou qui tombe exactement là où il fera merveille, dans une rue faite pour lui. Sérénité, calme, charme d’un passé dont nous avons oublié la formule et qui se découvre subitement au détour d’une ruelle.




- La Gazette de Liège, mardi 25 juin 1974

Stendhal l’a écrit : la vocation, c’est le bonheur d’avoir pour métier, sa passion. C’est rarement le lot des poètes.

Un de nos plus (curieux) poètes, Noël Ruet, repose à Paris, au cimetière de Saint-Ouen, depuis 1965. Il était monté à Paris, y a vécu et y repose. Si vous passez par là, une rose à la main, pensez à lui qui écrivait en un poème inédit :
      «  Mes roses, mes sœurs lumineuses,
          Et vos sœurs blanches, les colombes,
          Pour que mon âme soit heureuse,
         Venez ensemble sur ma tombe. »

(note : j’ai tapé «  curieux «, car on ne sait pas lire le qualificatif imprimé dans l’article. Or un poète est presque toujours «  curieux «, donc …)


-  Idem, jeudi 21 juin 1974

On nous a dit, monsieur le Bourgmestre, que votre intention était de faire de Liège une ville propre. (…) Il y a aussi le fait que l’on ne sait par où commencer. (…) Je vous propose de revoir le problème des enseignes. Foin de plastique ! Foin de néons agressifs ! Non, de jolies enseignes, taillées dans de la pierre ou modelées par des ferronniers d’art. Quitte à doter d’un pris le concours de la plus belle enseigne. L’idée elle-même devrait être originale ou folklorique et aussi on pourrait, le nez en l’air, apprendre la très belle histoire de la cité ardente.


- La gazette de Liège, vendredi 29 août 1974



Une petite guêpe de rien du tout s’est introduite au palais de justice. Elle a choisi une gentille dactylo, la méchante guêpe, et a planté son dard quelque part dans le mollet de la demoiselle.
Un aimable chef-garde est arrivé au galop, avec sous le bras, la boite orné d’une croix rouge. Il a nettoyé l’enflure, en a retiré délicatement le dard et désinfecté la plaie.
Chez les guêpes, une justice immanente veut qu’elles meurent quand elles ont fait les méchantes. S’il en était ainsi chez les hommes, il n’y aurait bientôt plus grand-chose à faire au palais !
Le chef est rentré au corps de garde et, au bureau, le tic-tac de la machine a repris.
Le train-train de tous les jours a repris dans la torpeur d’un bureau, au mois d’août.




- Lundi 14 octobre 1974

Les Liégeois ont eu plusieurs papes au cours des temps. Il en est un, Gérard de Bourgogne, chanoine de l’église de Liège, puis évêque de Florence, pape sous le nom de Nicolas II qui se distingua par son humilité car il lavait tous les jours les pieds à douze pauvres. (…)

-  Mercredi 20 novembre 1974

(…) Si l’on en croit l’historien Sirius, le premier pape liégeois fut Frédéric, fils de Gothelon, duc de basse Lorraine. Frédéric, archidiacre de l’église de Liège, élu pape, prit le nom d’Etienne X (…) Cet excellent Pape était horriblement tourmenté par le démon, si l’on en croit son historien, et c’est l’abbé de Cluny qui l’en délivra. Il en mourut à Florence en 1058.       


SOUS… LE PERRON                      PAUL

- La Gazette de Liège, samedi et dimanche 22-23 mars 1975

(…) Lambert-le-Bègue, chanoine de Liège, a fondé chez nous en 1180 le béguinage de Saint-Christophe. Il en existait aussi un à l’hôpital St-Julien en Outremeuse, où logeaient dix-huit béguines dont treize avaient un jardin. A la fin du XVI ème siècle, il y avait encore le béguinage de St-Antoine et Ste-Barbe rue Agimont, celui du Faucon, en Bergerue, celui de la rue St-Pholien, celui de Ste-Catherine, rue des Tourneurs, celui de Ste-Marie Magdeleine rue du Casque, celui de St-Etienne et Saint-Denis en Souverain-Pont, de St-Jacques et St-Martin au mont St-martin, et celui du St-Esprit et de Ste-Anne derrière les Ursulines en Hors-Château. (…)

- La gazette de Liège, lundi 24 mars 1975

Au XI ème siècle, Liège, centre et nœud des communications entre le Nord, le Sud et l’Est, recevait de nombreux voyageurs. Tous n’étaient pas riches. Alors les étrangers de passage chez nous, s’ils ne pouvaient se payer l’hostellerie, pouvaient, si leur séjour ne dépassait pas un jour, être hébergés à Saint-Agathe, au faubourg St-Laurent, où il y avait place pour six pèlerins.
Ils pouvaient aussi de rendre à l’hôpital des Coquins (cuisiniers !) près de St-Christophe. Mais si le voyageur séjournait plus d’un jour, il devait se rendre à l’hôpital Mostard (ou de la moutarde !) rue du Pont. Là on y restait trois jours. La ration journalière était de une livre de pain, un quarteron de fromage et un pot de bière. Par contre à l’hospice Saint-Jacques ou du petit Saint-Jacques, on était reçu trois jours ; et au départ on «  touchait «  dix sous.
A l’hôpital Saint-Julien, on logeait les pauvres voyageurs. Il ya avait deux grandes chambres, l’une pour douze hommes, l’autre pour douze femmes ! Enfin, partout on recevait les pauvres aux couvents ; car, dira le chroniqueur, la charité a toujours été dans le cœur des Liégeois.
A suivre >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

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