" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

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mardi 3 janvier 2012

Petites histoires de Liège à la Belle Epoque, de 1880 à 1914, dans le journal La Meuse



Le journal La Meuse a plus de 150 ans d'histoire. C'est durant la nuit de la Saint-Sylvestre 1856 que La Meuse fut fondée par quatre industriels passionnés : le banquier Nagelmackers, Félix Capitaine et les chevaliers Léon et Charles de Thier. Le premier numéro est sorti d'un petit atelier de la rue du Pot d'Or le 7 janvier 1856. Epais de quatre pages et tiré à mille exemplaires, il coûtait 20 centimes. Le premier portrait gravé au trait est apparu en 1872 ; la première photo en 1893 ; les premières rotatives en 1898. En 1910, apparition de la première rubrique sportive.

Dans son livre « Petites histoires de Liège et sa province à la belle époque «, l’historien Jean-Pierre Rorive nous relate des anecdotes, des faits divers, qui se sont passés chez nous de 1880 à 1914.

Un ouvrage digne d’intérêt, amusant, drôle, émouvant parfois ; ces courts billets sont souvent bien rédigés par des rédacteurs du plus célèbre journal liégeois. Jean-Pierre Rorive n’est cependant pas le seul auteur de cette compilation des évènements liégeois. Ses élèves se sont admirablement impliqués dans ce projet. Ainsi la dédicace : « A mes chers rhétoriciens 2006-2007 qui se sont le plus impliqués dans le dépouillement de La Meuse. «

- L’âme poétique wallonne, antithèse de la barbarie anglo-saxonne

Les bancs de nos squares, de nos boulevards, sont occupés par une foule oisive, chantant à sa manière un magnifique éloge de la paresse. Un psychologue ne manquerait pas de trouver en ce spectacle une manifestation de l’âme wallonne, contemplative, calme, plutôt rêveuse et spontanée. Car tout le monde n’est pas capable de s’asseoir sur un banc, d’y rester des heures entières dans le plus complet « farniente «. Il faut, pour cela, n’avoir rien à se reprocher, prendre le temps comme il vient, être sensible aux milles petits riens qui font les poètes. Il faut aimer le soleil, la verdure, l’eau. Il faut s’amuser au spectacle des jolivetés enfantines. Soyez certains qu’un Américain ne sait pas s’asseoir sur un banc. C’est pourquoi il est barbare. Savoir être paresseux, voilà ce qui distingue le Latin du Germain ou de l’Anglo-Saxon.

Dès lors, on ne peut que se flatter de voir nos concitoyens s’asseoir sur les bancs mis à leur disposition par une édilité prévoyante. Et ils n’y manquèrent pas, ainsi que nous venons d’avoir l’honneur de le dire. Vous rencontrerez sur les bancs du parc d’Avroy, l’ouvrier reconnaissable au paquet de tartines enveloppé de toile cirée déposée à ses côtés ; l’étudiant qui a « brossé « son cours et en fait de bouquin pioche quelque roman de Marcel Prévost ; l’employé qui vient se débarrasser de la poussière soporifique du bureau ; les amoureux penchés l’un vers l’autre et se racontant, bien plus par les yeux que par la parole, une histoire infiniment intéressante ; les petits apprentis envoyés « en course « ; des vieux suçant le bout de leur pipe qui s’obstine à tomber de leur bouche et, enfin, ces bonnes innombrables et lentes, que les enfants conduisent à la promenade.

En vérité, la vie est si courte qu’on serait disposé à croire que ceux-là sont les vrais sages.

(7 mai 1909)

- Crêpage de chignons

Le matin du 21 février, vers 8h30, les épouses L… et C…, deux voisines demeurant rue Hocheporte, qui avaient déjà eu, paraît-il, une dispute la veille, se rencontrèrent de nouveau rue de Bruxelles. Très montées l’une contre l’autre, elles commencèrent à se chamailler. A bout d’arguments, la femme L…, une vrai virago, ôta prestement l’un de ses sabots, et en appliqua deux terribles coups à la figure de son adversaire, à qui elle fit sauter quatre dents, tout en lui mettant le nez en marmelade. Elle allait continuer à taper dru si des passants n’étaient pas intervenus pour mettre fin à cette scène. C’est toute ruisselante de sang que l’épouse C… a regagné son domicile.

(22 février 1896)

- Cascade d’urine

L’escalier qui relie la place Notger à la rue Pierreuse est devenu une véritable pissotière. Si on ne remédie pas à la situation, l’hiver la transformera bientôt en une cascade pétrifiée infranchissable.

(21 octobre 1884)

- Risque plus de faire noir

« Veut-on savoir par combien de lampes notre ville est éclairée ? Par 2.587 lanternes à gaz et 1.343 lampes à huile. «

(20 octobre 1885)

- Poils à gratter ?

Couverture de lit ou de voyage en poils de chameau légères et très souples, recommandées contre le rhumatisme et les maladies nerveuses.

(27 février 1886)

- Concours de laideur

Après les concours de beauté de Londres, Spa, Turin, Nice et Paris, voici qu’un imprésario yankee organise à Liège un concours de laideur. La lauréate, celle dont le visage aura été jugé la plus repoussante, recevra un prix de 5.000 dollars. En outre, son portrait paraîtra dans les journaux locaux.

(20 février 1889)

- Pervers pèpère

Un individu, vêtu d'un long paletot, coiffé d'un chapeau brun - un fou peut-être - commet depuis quelques temps des actes d'une révoltante immoralité. C'est surtout au Boulevard d'Avroy que ce sinistre personnage se livre à ses honteux exploits, accostant les dames seules. Avis à la police.

(18 septembre 1889)

- C’est donc à cause de ça …

« Les affections du système cérébro-spinal telles que la débilité, l’impuissance, la perte de mémoire, le ramollissement du cerveau, les pertes séminales résultant de l’abus de liqueur et des plaisirs sexuels sont guéries en peu de semaines par les pilules du Docteur Louvet, 5 francs le flacon. Pharmacie de la Croix-Rouge, 16, Pont-d’île, Liège

(4 janvier 1893)

- Machine à gosses

Une dame de la rue du Péry, Mme J… a accouché hier à la Maternité de son vingt-cinquième enfant. Oui, vous lisez bien, son vingt-cinquième. Lorsque son mari est allé faire la déclaration de naissance, il a dû réclamer un troisième livret de mariage. Les conjoints étant à peine âgés de 45 ans, il y a encore des espérances. Actuellement, avec le nouveau-né, la famille se compose de 15 personnes.

(8 mai 1897)

- Ancêtres du peep-show

A la fin de 1899, rue Pont d’Avroy, à peu près en face de la rue Tête-de-Bœuf, deux individus avaient installé, dans une maison de commerce inhabitée, des appareils de vues photographiques. Moyennant 10 centimes, tout le monde pouvait se régaler de photos obscènes ! Le parquet est descendu et la maison a été fermée.

(1er janvier 1900)

Contentes de revoir des toilettes ?

« Femmes énervées ! Toujours constipées ! Vous avez le teint jaunâtre, mal à la tête, mauvaise bouche, la langue chargée, Madame ? Pas d’appétit, douleurs d’entrailles, et avec cela un caractère irritable à l’excès qui rend la vie odieuse à vous … et aux vôtres ? C’est la fâcheuse constipation ! ! ! Voulez-vous voir disparaître tout cela ? Remplacez les purgatifs, pilules médicinales noires et tisanes étrangères par les bonbons laxatifs de Vichy Fedit-comprimés dont les effets sont doux et agréables. Echantillons Franco contre 60 centimes en timbre-poste. Vivario pharmacie, 52 rue de l’Université-Liège."

(29 mai 1990)

- Culotte pour Verviers

L’équipe du Liège Football Club jouait hier à Cointe une belle pour la coupe provinciale avec Verviers Football Club. L’équipe liégeoise l’a emporté par le score peu ordinaire de 19 goals à 0 .

(13 janvier 1902)


- Enfin une gare du Palais digne de ce nom

Un bâtiment spacieux, confortable et bien éclairé a enfin remplacé l’immonde baraque qui enlaidissait la rue de Bruxelles. Quand on songe que, depuis des années, on a installé à Jonfosse, à grands frais, une superbe station dont le chef est pris d’ahurissement chaque fois qu’il aperçoit un voyageur et, alors que depuis des années encore, on réclame une gare convenable pour le Palais qui reçoit chaque jour un grand nombre de voyageurs, on est quelque peu surpris des lenteurs traditionnelles des pouvoirs publics. La presse n’aura pas bataillé pour des prunes.

(10 juillet 1902)

- Preuve de la nocivité de la cocaïne

Le docteur Marfan, médecin des hôpitaux de Liège, démontre la nocivité de la consommation de cocaïne par un exemple patent. L’un de ses patients a une fille de 13 ans, intelligente et bien portante. Depuis huit ans, suite à une rhinite qui gênait sa respiration, le père n’a cessé de se « cocaïniser «. Il est devenu obèse, il éprouve des troubles nerveux, des hallucinations avec des crises violentes et est aujourd’hui incapable de travailler. Sa deuxième fille, âgée de 8 ans, venue au monde deux mois après le début du traitement est chétive mais intelligente. Son garçon de six ans, né en plein traitement à la cocaïne, est un « idiot complet « et le petit dernier un « idiot microcéphale «.

(6 juin 1902)

- Bientôt une centenaire à Liège : un évènement

Melle Lebrun, rentière, qui habite les cloîtres de Saint-Jean atteindra, lundi prochain 8 septembre, l’âge de 100 ans. Liège possédera donc bientôt une centenaire.

(2 septembre 1902)

- Petites annonces roses

« Zouzou. Pourquoi être méchante ? Ce n’est pas ma faute et le temps devient bien long sans toi. Un gros baiser. «

« Demoiselle sérieuse, bien élevée, étant seule désire communiquer avec jeune fille, même condition pour sortir ensemble. Ecrire b, Meuse, V.L. 10 «

(8 octobre 1905)

- Momifié avant sa mort

Lundi, vers 17 heures, l’homme momie installé à la foire s’est suicidé en se tirant un coup de révolver dans la tempe.

(10 octobre 1905)

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Et particulièrement ici les anecdotes qui se sont déroulées dans mon quartier : Sainte-Marguerite :


- Pauvre petit chien !

Hier vers 17 heures, un petit chien de race qui suivait son maître a été pris sous les roues d’un tram à son passage rue Saint-Séverin. De nombreuses personnes accourues aussitôt vers le lieu de l’accident constatèrent, avec une émotion poignante, que la voiture était passée sur le cou du pauvre animal qui se tordait horriblement. Le propriétaire dût alors accomplir la pénible mission d’achever l’œuvre commencée et d’un vigoureux coup qu’il assena sur la tête, le petit chien ne bougea plus.

(8 mai 1891)

- La joie qui tue

Hier matin, une dame de la rue Sainte-Marguerite, Mme Drapier, est tombée subitement sans connaissance à la nouvelle que son fils avait amené un bon numéro au tirage au sort. Tous les soins prodigués à cette pauvre femme n’ont pu la ramener à la vie, et là où la joie aurait dû régner, la mort avait étendu son voile funèbre.

(26 février 1892)

- Méprise d’un champion de lasso

Samedi à 18h30, en passant rue Sainte-Marguerite près de l’établissement de Fontainebleau, un charretier agitait furieusement son fouet dont la lanière alla soudainement s’enrouler autour du cou d’un piéton qui le suivait. Croyant qu’un camarade facétieux lui avait saisi son fouet, le voiturier continua son chemin, riant et traînant à sa remorque le passant à moitié étranglé, pris dans un vrai lasso. Prévenu par les cris des spectateurs, le conducteur étourdi, s’aperçut de sa méprise et le patient, enfin délivré, s’éloigna en se plaignant vivement, car une forte raie bleuâtre se dessinait autour de son cou.

(22 juillet 1895)

- Strip-tease à la messe

Un accident tragi-comique a provoqué mercredi matin un vif émoi parmi les fidèles qui assistaient à la messe de 8 heures en l’église Sainte-Croix. Le service allait finir, quand, subitement, on vit une dame ôter prestement son chapeau, son paletot, sa taille et son cache-corset. La malheureuse venait d’être prise soudain d’une attaque de folie. Le sacristain, averti, est aussitôt accouru et, à l’aide de deux hommes, a revêtu la pauvre femme de son paletot et l’a emmenée. C’est, paraît-il, une personne habitant la rue Haute-Sauvenière, dont les facultés mentales étaient dérangées depuis quelque temps.

(24 février 1899)

- De la salubrité des vespasiennes

L’endroit et fort peu élégant urinoir adossé à l’église Saint-Denis va enfin disparaître. La construction d’un petit « monument « d’aspect convenable s’imposait en cet endroit central de la ville. ( … ) Celui de la place de l’église, au quartier Sainte-Marguerite, est toujours dans un état tel qu’il est presque en permanence insalubre.

(10 novembre 1910)

- Voleur ou fétichiste ?

Mercredi, un nommé B…, tailleur, demeurant rue Sainte-Marguerite entrait dans la cour d’une maison de la rue Sainte-Catherine où il vola du linge qui séchait. Le voleur avait été aperçu et une plainte fut déposée. Ce jeudi matin, la police se rendit à la demeure de B… qui fut arrêté.

(7 novembre 1912)

- Victime de l’hiver

Avant-hier matin, un pauvre vieux joueur d’orgue ( de Barbarie ) âgé de 63 ans, qui faisait sa tournée habituelle, se trouvait rue Mont-Saint-Martin. Soudain, il s’affaissa et resta couché sur le sol, ne pouvant plus articuler un seul mot. Deux agents de police intervinrent et relevèrent le malheureux. C’était un nommé B… Il a été conduit à l’hôpital des Anglais où il resta en traitement. B… venait d’être atteint d’une congestion cérébrale causé par le froid.

(17 décembre 1899)

- Enfin une gare du Palais digne de ce nom

Un bâtiment spacieux, confortable et bien éclairé, a enfin remplacé l’immonde baraque qui enlaidissait la rue de Bruxelles. Quand on songe que, depuis des années, on a installé à Jonfosse, à grands fracas, une superbe station dont le chef est pris d’ahurissement chaque fois qu’il aperçoit un voyageur et alors que, depuis des années encore, on réclame une gare convenable pour le Palais qui reçoit et déverse chaque jour un grand nombre de voyageurs, on est quelque peu surpris des lenteurs traditionnelles des pouvoirs publics. La presse n’aura pas bataillé pour des prunes.

(10 juillet 1902)

- Disparition d’une Cour des Miracles

On sait que le conseil communal a décidé la suppression d’un groupe de vieilles habitations situées au coin de la place des Arzis et de la rue Wacheray, en vue de la rectification de cette dernière rue. Les travaux de démolition sont poussés avec une telle célérité que, d’ici quelques jours, il n’y aura plus de traces des anciennes bâtisses en question. Au centre de ce pâté de constructions vétustes, il existait une espèce de Cour des Miracles, bien connue des habitants de la localité. C’est un coin original de l’ancien faubourg Sainte-Marguerite qui a vu se succéder bien des générations et qu’on ne verra pas disparaître sans mélancolie.

(16 février 1906)

- Cadeau de Saint-Nicolas repris le lendemain

Ceux qui ont été singulièrement favorisés vendredi, ce sont les charretiers et les femmes chargées de l’enlèvement des bacs de cendres. En effet, leur besogne quotidienne a été allégée ce jour-là de façon tout à fait extraordinaire. Dans quantités de rues de nos quartiers populaires, la plupart des ménagères, par suite des préoccupations de la Saint-Nicolas, avaient oublié de déposer comme d’habitudes leurs bacs sur les trottoirs. Dans la partie haute de la rue Sainte-Marguerite, par exemple, à 9 heures du matin, on n’en remarquait pas un seul devant les habitations. Bien des charrettes de nettoiement public ont donc presque circulé à vide à travers la ville. Mais voici le hic pour les charretiers communaux : samedi matin, ils ont été réellement accablés sous la charge de travail.

(9 décembre 1907)


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