" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 9 janvier 2012

Georges Bernanos : " Nouvelle Histoire de Mouchette "



Avec Mouchette, nous plongeons dans un monde de misère extrême. Où les gens vivent comme des bêtes, sans loi ni morale si ce n’est celle du plus fort, où règnent violence, alcoolisme, promiscuité infecte. Mouchette une gamine, qui vit seule contre tous, celle qu’on nomme tête de rat, vermine, sauvage, malapprise, petite traînée, … Oui, elle connaîtra les coups de ceinture de son père, l’ignominie distillée par Madame, la maîtresse d’école ; les railleries des autres élèves, filles et garçons, les attouchements de ce qu’elle nomme son amant un hors la loi, la mort épouvantable de sa mère, jusqu’à sa propre dernière longue descente dans la vase…

Le style de Bernanos exerce tout son poids sur ce récit plein d’effroi : chaque mot, chaque phrase semblent peser plus lourd que les mots, la langue, le style que nous employons aujourd’hui.

Ainsi tiré de la quatrième de couverture : « Tableau saisissant, d’une tragique vérité, qui vous empoigne à la gorge ! «.

De remarquables paragraphes, à propos du suicide, que vous trouverez plus bas.


Extraits :

- La cendre est froide depuis longtemps, et il n’y a plus d’allumettes à la maison, car le père rafle la boite, avant d’aller passer la nuit au cabaret. Tant pis ! Le frère devra se contenter du biberon froid, qu’elle glisse d’ailleurs, comme d’habitude, pour l’attiédir au creux de son corsage.

- On croit généralement que l’acte du suicide est un acte semblable aux autres, c’est-à-dire le dernier maillon d’une longue chaîne de réflexions ou du moins d’images, la conclusion d’un débat suprême entre l’instinct vital et un autre instinct, plus mystérieux, de renoncement, de refus. Il n’en est pas ainsi, cependant. Si l’on excepte certaines formes d’obsessions qui ne relèvent que de l’aliéniste, le geste suicidaire reste un phénomène inexplicable, d’une soudaineté effrayante (…)

- Le geste du suicide n’épouvante réellement que ceux qui ne sont point tentés de l’accomplir, ne le seront sans doute jamais, car le noir abîme n’accueillent que les prédestinés. Celui qui déjà dispose de la volonté meurtrière l’ignore encore, ne s’en avisera qu’au dernier moment. La dernière lueur de conscience du suicidé, s’il n’est pas un dément, doit être celle de la stupeur, d’un étonnement désespéré.

- La simple pression de sa paume suffisait à maintenir son corps à la surface de l’eau, pourtant peu profonde. Un moment, par une sorte de jeu sinistre, elle renversa la tête en arrière, fixant le point le plus haut du ciel. L’eau insidieuse glissa le long de sa nuque, remplit ses oreilles d’un joyeux murmure de fête. Et, pivotant doucement sur les reins, elle crut sentir la vie se dérober sous elle tandis que montait à ses narines l’odeur même de la tombe.

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