" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 4 février 2011

Le rattachement de la Belgique à la France, selon Victor Hugo
















Vous le savez peut-être, amis internautes, la Belgique n’en finit pas de se chercher. On s’interroge, on se chamaille, on se gratouille les uns les autres, etc.

Et nous sommes toujours sans gouvernement. Depuis plus de 230 jours et à l’heure où vous lirez cet article, le compteur se sera sans doute encore emballé. Comme on dit chez nous, cela ne peut pas continuer durer jusqu’à la saint-Glin-Glin.

Certains parlent de scission de la Belgique, d’un rattachement de la partie francophone à la France. Figurez-vous que cela ne date pas d’hier. Est-ce une bonne solution ? Vous connaissez mon courage : je ne prendrai pas parti. Gloups !

Voyons plutôt, pour info, ce qu’en pensait Victor Hugo et ses proches.

Extrait du livre « Lettres de Belgique «

Journal d’Adèle Hugo – octobre 1854

A déjeuner. Présents : M. Meurice, Mme Meurice, M.Téléki, mon père, mes frères, moi, Auguste Vacquerie.

Les Etats-Unis du monde. Point de départ : configuration géographique de la France par rapport à la Belgique.

Charles : Il est possible que Bonaparte envahisse la Belgique et mette une armée sur le Rhin.

Victor Hugo : Quoique je n’approuve rien de ce que peut faire ce drôle, pourtant, je trouverais bon que la Belgique soit envahie par la France, conquise par elle, et gardée comme faisant partie de la France.

Charles : Mais les Belges ont leur nationalité et leur droit de patriote ; s’ils veulent rester belges et non devenir français, ils sont da ns leur droit.

Victor Hugo : Non. Ils ne doivent pas se refuser à l’agrandissement de la France, qui porte en elle l’idée, la civilisation, le progrès. Ils ne doivent pas se refuser à la nature, qui a assigné la Belgique dans les limites naturelles de la France. La Belgique est à proprement dire un département français comme l’Alsace, comme la Franche-Comté ; elle n’a pas plus le droit de se refuser à faire partie de la France que la Franche-Comté ou que l’Alsace.

Charles : Mais pourtant, il y a quelque chose qui est au-dessus des lignes géographiques, des dispositions territoriales de la France, c’est l’idée patrie. Les Belges sont belges et sont dans leur droit de ne pas être français.

Victor Hugo : C’est absolument comme si tu disais que la Franche-Comté et l’Alsace sont dans leur droit en ne faisant pas partie de la France.

Charles : Sans doute, la Franche-Comté et l’Alsace pourraient parfaitement se faire Etats indépendants ; puis la comparaison même n’est pas absolument juste, car les Belges ont leur langue, leur gouvernement. Les Alsaciens et les Franche-Comtois parlent français.

M. Meurice : Je vous demande pardon, Charles ; les Alsaciens parlent allemand à Strasbourg. La langue usuelle n’est pas le français, c’est l’allemand.

Charles : C’est possible ; n’ayant pas voyagé, j’ignore. Mais dans tous les cas, la Belgique aussi parle belge et a plus de journaux écris en belge qu’en français.

Victor Hugo : C’est contestable. Les Belges parlent généralement un patois français d’ailleurs. Ce serait rendre service à la Belgique que d’en faire un département français. Qu’est-ce que la Belgique a donné comme hommes ? Qu’ont-ils donné comme écrivains ? Ne vaudrait-il pas mieux pour elle qu’elle fit partie d’un grand pays que d’être un petit peuple.

Charles : Alors, si les grands Etats absorbent les petits, si la France absorbe la Belgique, pourquoi la Hongrie ne deviendrait-elle pas l’Allemagne ? L’Allemagne aussi pourrait dire : Je suis plus grande que la Hongrie ; la Hongrie doit devenir Allemagne.

Victor Hugo : L’Allemagne n’a pas eu en Europe une influence comparable à celle de la France, ni comme art, ni comme idée, ni comme langue, ni comme action politique, ni comme la guerre. Quant à la Hongrie, c’est un grand Etat qui compte quinze millions d’habitants, n’est-ce pas, Téléki ?

M. Téléki : Oui, à peu près.

Victor Hugo : La Hongrie parle hongrois, et ne bégaye pas l’allemand.

Charles : Au bout du compte, je trouve que la Hongrie a le droit de rester Hongrie, que la Belgique à celui de rester Belgique, que l’Alsace doit de faire Alsace, la Franche-Comté, Franche-Comté ; ou plutôt, qu’il ne doit plus y avoir ni Hongrie, ni Belgique, ni Allemagne, ni France, ni Alsace, ni Franche-Comté. Il ne doit rester que l’Europe et la Commune.

Victor Hugo : Alors nous retournerons à l’état sauvage.

François : Avec la vapeur, le fil électrique, la presse ?

Victor Hugo : Ne m’interromps pas. C’est l’état sauvage. Il faut que les petits peuples se fondent dans les grands peuples. Il faut que la Belgique se fonde dans la France, que la France se fonde dans l’Europe, et si la France s’y oppose, nous l’y forcerons comme nous y aurons forcé la Belgique. Il faut qu’à son tout l’Europe se fonde dans le monde, et qu’après avoir vu les Etats-Unis d’Europe, nous voyions les Etats-Unis du monde.

Charles : Cela revient à ce que je disais.

Victor Hugo : De l’unité de la France sortira l’unité de l’Europe ; de l’unité de l’Europe sortira l’unité du monde. Les Etats-Unis du monde auront pour gouvernants les penseurs, les philosophes, les écrivains. Les Etats-Unis du monde auront pour Assemblée l’institut. L’avenir est à la science et à l’art.

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Vous pouvez trouver « ma critique « de ce livre ici :

http://catinus.blogspot.com/2011/01/lettres-de-belgique-de-michelet.html

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