" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 25 janvier 2011

" Lettres de Belgique " de Michelet, Gauthier, Nerval, Dumas, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Huysmans, Vallès, Mallarmé, Verlaine, Mirbeau




















Au 19 ème siècle, de très nombreux français viennent visiter la Belgique. C’est un tout nouveau pays, il y a peu faisant encore partie de la France. On y parle le français, il n’est pas trop éloigné, on peut le visiter via le train. Dépaysement garanti ! Puis « la Belgique suscite chez les Français le goût immodéré de la comparaison ; les églises plus badigeonnées, la Senne au lieu de la Seine, le temps plus cru et l’herbe plus drue, les femmes plus blondes, les draps plus petits et la bière inférieure au vin « ( Nicole Savy ).

Y viennent également des écrivains qui racontent notre pays. En bien et/ou en mal.

Jules Michelet, Théophile Gauthier, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas qui fuit ses créanciers, Victor Hugo, exilé en Belgique pour motifs politiques, Charles Baudelaire, qui se fuit lui-même en croyant fuir Paris, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine qui fuient tous deux la France, la famille et l’ordre moral, Jules Vallès, Joris-Karl Huysmans, Stéphane Mallarmé, Octave Mirbeau.

Ce petit ouvrage, recueil de textes de ces écrivains, constitue un merveilleux guide de voyage ( encore d’actualité, pour une partie ). Des anecdotes croustillantes, de l’exagération, de la méchanceté, de la poésie, des éloges, de l’admiration, de la description méthodique, bref, de beaux miroirs même s’ils sont parfois déformés. Le récit de Gérard de Nerval, par exemple, est des plus réussis.

Un véritable délice ! Qu’il convient de posséder dans sa bibliothèque ou à portée de main. Je l’ai emprunté aux « Chiroux « mais vais le commander chez mon libraire.

Tout y est bon, rien à jeter

Extraits :

Jules Michelet

- La Flandre est une Lombardie prosaïque, à qui il manque le soleil et la vigne.

- La Belgique est une Lombardie, dont Anvers est la Venise, Bruxelles, Milan, Liège Gênes

Gérard de Nerval

- ( à propos des coteaux de la citadelle à Liège )

Et bien ! du rempart où j’étais tout à l’heure, ce qui présente l’aspect d’un simple coteau, il faut descendre encore par une foule de sentiers obliques, pour arriver par une porte masquée dans l’intérieur de la place, enfoncée dans la montagne comme la gorge du Vésuve.

- Les habitants de cette bonne cité ne peuvent pardonner à Dumas d’avoir prétendu qu’on ne peut y trouver à dîner qu’à une certaine heure du milieu de la journée, où ces peuples ont l’habitude de prendre leur nourriture ; secondement, que le pain y est inconnu, et qu’on n’y mange que du gâteau et du pain d’épice ; ensuite, que les Wallons, habitants de la province de Liège, ne peuvent souffrir leurs compatriotes les Brabançons ; enfin, que les draps de lit sont étroits comme des serviettes, les couvertures à l’avenant, et qu’un Français ne peut demeurer couvert dix minutes dans ces lits liégeois.

Alexandre Dumas

- Après les pigeons, la grande passion des Belges est le combat de coqs. Les combats de coqs défendus en Belgique, comme tout est défendu dans ce bienheureux pays, où l’on peut tout faire, pourvu qu’on n’en demande pas la permission.

Victor Hugo

- ( A Anvers ). Je suis monté sur le clocher, six cents seize marches, quatre cent soixante-deux pieds, la plus haute flèche du monde après Strasbourg. C’est tout à la fois un édifice gigantesque et un bijou miraculeux. Un Titan pourrait y habiter, une femme voudrait l’avoir à son cou.

- Le badigeonnage belge a trois nuances, le gris, le jaune et le blanc. Il est tricolore, comme il convient à un Etat constitutionnel. Le blanc s’applique aux églises, le gris aux hôtels de veille, le jaune aux maisons de campagne et aux édifices de fantaisie om le Belge vient folâtrer le dimanche.

- Mais la vieille cité de saint Hubert, jadis église et forteresse, commune ecclésiastique et militaire, ne prie plus et ne se bat plus ; elle vend et achète. C’est maintenant une grosse ruche industrielle. Liège s’est transformé en un riche centre commercial. La vallée de la Meuse lui met un bras en France et l’autre en Hollande, et, grâce à ces deux bras, sans cesse, elle prend de l’une et reçoit de l’autre. Tout s’efface dans cette ville, jusqu’à son étymologique. L’antique ruisseau Legia s’appelle maintenant le Ri-de-Coq-Fontaine.

Charles Baudelaire

- ( Bruxelles ) Le pavé irrégulier, la fragilité et la sonorité des maisons, l’étroitesse des rues : l’accent sauvage et immodéré du peuple. Peu de trottoirs. Pas de vie dans la rue. Tristesse d’une ville sans fleuve. Pas d’étalages aux boutiques. ( … ) Le visage belge ou plutôt bruxellois, blafard ou vineux, bizarre construction des mâchoires, stupidité menaçante. La démarche des Belges, folle et lourde. Ils marchent en regardant derrière eux, et se cognent sans cesse.

Paul Verlaine

- Liège, elle, n’a pas changé. Du reste, pourquoi l’aurait-elle fait ? N’a-t-elle pas toujours, outre ses monuments, son palais de justice et ses si curieux cloîtres, ses bords admirables de Meuse, et son mont-de-piété, qui vaut le voyage ? C’est peut-être, en plein pays wallon, l’échantillon le plus flamand de toute la contre, y compris Amsterdam lui-même.

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