" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 11 décembre 2010

Georges Simenon : " Un homme comme un autre "















En 1972, Simenon décida d’arrêter d’écrire des romans. Il acheta un bête enregistreur grâce auquel il grava, en audio donc, puis sous la forme de livres, ce qui allait devenir ses fameuses « Dictées « . Sur ces bandes magnétique, il grava , jour après jour, tout ce qui lui passait par la tête.

Nous sommes en 1973. Comme un leitmotiv, chez cet auteur de tout premier ordre, les souvenirs de son enfance à Liège reviennent encore et encore. Son arrivée à Paris, en décembre 1922 ( il à 19 ans ), sans le sou, préparant tel un éclaireur, la venue tout proche de ce qui allait être sa première épouse, Tigy, liégeoise elle aussi. Il fit la connaissance de l’écrivain B.V. et de sa ligue. Il raconte cet époque où il écrivait ses premiers contes et ses premiers romans érotiques, coquins, ou à l’eau de rose, son boulot de secrétaire auprès du Comte T.

Dans ce tome, il nous décrit sa famille, les qualités mais surtout les défauts majeurs de des deux première épouses, le bonheur enfin trouvé auprès de Teresa, sa compagne. Et puis nous livre quelques détails sur ses enfants, de sa santé morale et physique, des commentaires sur l’actualité de l’époque…

Bref, un délice et mine d’informations pour cet auteur que je porte aux nues - j’ai relevé pas moins de 44 passages très-très intéressants - .

Oufti !

Extraits :

- Il faut ajouter que la femme a toujours représenté pour moi un être exceptionnel que j’ai en vain essayé de comprendre. Cela a été, en somme, ma vie durant, une quête presque sans fin. Et comment aurais-je créé des dizaines, peut-être des centaines de personnages féminins dans mes romans sans ces aventures de deux heures à dix minutes ?

- Nous étions un après-midi sur les Grands Boulevards avec Henri Duvernois et il me disait, la main sur mon épaule, car il était beaucoup plus grand que moi : - Il y a un moment dans la vie, Sim, où on ne peut plus faire l’amour ! Et bien, à ce moment-là, on ne trouve plus en soi matière à écrire. On le fait quand même, à cause de l’habitude, des besoins d’argent, d’une certaine gloriole. Mais je peux t’avouer que, depuis trois ans , je fais du faux Duvernois, autrement dit, je me plagie.

- ( à Paris, début des années ’20 )

Souvent, le soir, j’écrivais « pour moi » ,comme je disais alors. C’était des récits de huit à dix pages que je ne tapais pas à la machine mais que j’écrivais à la main. Régulièrement, après une heure ou une heure et demi de travail, j’étais obligé d’aller vomir, comme j’ai dû le faire tant de fois plus tard.

- Au fond, je crois que l’homme qui aime vraiment la femme est presque fatalement un homme sans amis.

- Je savais qu’il existait des poissons dans la mer. J’en connaissais certaines espèces pour les avoir vues dans les poissonneries et pour en avoir mangé. Je n’imaginais pas leur vie.

Soudain, je la découvrais. L’eau était limpide, transparente. On pouvait voir la tête d’un congre à l’affut dans son trou. On pouvait voir aussi des girelles multicolores nager par bancs et tout à coup affolées par un poisson plus gros qui les mangeait. Il y avait les crabes, les langoustes, les raies, les murènes, que sais-je encore ?

Nuit et jour, ces poissons se guettaient les uns les autres, selon leur grosseur et selon les moyens de défense, pour s’entredévorer.

On m’avait appris, enfant, que la nature était harmonieuse et paisible.

Ici, elle n’était ni harmonieuse, ni paisible. Chaque poisson, chaque coquillage devait être sans cesse sur ses gardes sous peine d’être déchiqueté et dévorer. Une insensibilité totale. Rien qu’un perpétuel appétit.

( … ) J’aurais dû le savoir. Je le savais, d’une façon théorique, comme tout le monde. Mais ici, sous le ciel bleu, dans une mer bleue, c’était mille drames auxquels j’assistais chaque jour.

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