" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 23 novembre 2010

Georges Simenon : " Les Petits Hommes "










Du 1 avril au 12 novembre 1974

Dans ses carnets, Simenon se confie. Et on découvre qu’il est un être assez anxieux : de sa santé, de son avenir alors qu’il est âgé de 71 ans, de celui du monde, de l’Europe, … Il nous parle beaucoup de Teresa, sa troisième épouse, de ses quatre enfants, de la médecine, de la psychiatrie qui l’ont toujours intéressé, un milieu dans le quel il compte de vrais amis. De la littérature, des romans, de la peinture, des plantes, des fleurs, des oiseaux,… - et bien entendu de la période qui l‘a profondément marqué, son enfance à Liège –.

Il s’interroge même sur le bien fondé d’avoir été le romancier fécond que l’on connaît. Il doute sur presque tout, souvent , ( une phrase revient comme un leitmotiv « je ne sais pas … « . Il a horreur de la politique, des « grands hommes « , de la vanité.

Un délice de simplicité que tous ces carnets qui nous entraîne vers une réelle philosophie.

Extraits :

- Lorsque j’étais encore jeune j’étais décidé à simplifier mon style à l’extrême et à n’employer dans la mesure du possible que ce que j’appelais les mots « matière « . Les mots abstraits, en effet, ont rarement le même sens pour deux individus. Ce soir, au moment de nous endormir, Teresa m’a dit : « Le langage ne sert qu’à créer des malentendus. Il vaudrait mieux se regarder simplement les yeux dans les yeux « .

- Je voudrais pouvoir décrire l’état dans lequel je me sens mais j’en suis incapable, car je ne le comprends pas moi-même. Au fond, je crois que j’ai connu des moments comme ça toute ma vie. Je me sens vide. Le monde me paraît irréel. (… ) Jadis, lorsque j’étais dans cet état, j’écrivais un roman et j’échappais ainsi à ma propre réalité. C’est peut-être la raison pour laquelle j’en ai écrit plus de deux cents.

- J’ai peut-être tort, mais j’ai la manie de tout prévoir, de tout préparer, minutieusement, de sorte que je connais mon emploi du temps pour une éternité. Il est vrai que c’est grâce à cela que j’ai pu écrire mes romans. Mais était-ce tellement nécessaire de les écrire ?

- J’ai cherché, comme je le disais hier, à comprendre l’homme. Je n’y suis pas arrivé pour la bonne raison que l’homme n’existe pas. Il aurait fallu que je m’applique à comprendre les hommes, les milliards d’hommes, et pour cela je ne suis pas outillé.

- J’ai vécu avec trois femmes. La première, je l’ai épousée à moins de vingt ans ; j’étais fiancé avec elle à dix-sept. Elle ne m’a pas rendu heureux pendant les vingt-deux ans, je pense, que j’ai vécu avec elle.

La seconde, j’ai cru l’aimer pendant quelques années, puis je me suis aperçu que toutes ces manifestations amoureuses étaient factices. Vingt à vingt-deux ans encore.

La troisième, Teresa, est assise en face de moi en ce moment. Il y a près de dix ans que nous nous aimons. J’espère qu’elle me conduira jusqu’au bout. ( …)

Il m’aura fallu plus de quarante ans de mariage avant de connaître l’amour.

- De la littérature, je me défends d’en faire. C’est même ce qui me gêne dans les deux ou trois « mémoires « que j’ai essayé de parcourir ( note : mémoires d’autres écrivains ). Toujours la belle phrase, le souci du langage, et, m’a-t-il semblé, assez peu de sincérité réelle.

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