" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 13 novembre 2010

Georges Simenon : " Les Libertés qu'il nous reste "


















Le journal intime de l’auteur du 30 novembre au 17 décembre 1978.

Simenon vient de perdre tragiquement sa fille Marie-Jo et entre dans un long deuil. L’hiver s’installe, la pluie, le vent, le froid. Il nous conte ses promenades en compagnie de sa troisième épouse, Teresa, dans les rues de Lausanne ou à proximité de sa maison en Suisse. Il nous parle de cette époque-là … Certains démographes annoncent 100 millions d’habitants en France en l’an 2000…

Sommes-nous libres ? Nous reste-t-il une once de liberté ? Pouvons- nous encore choisir quoique ce soit ou tout est-il déjà pensé, prémâché, régi, régulé par le pouvoir politique, social et financier ?

Des lignes merveilleuses également qui concernent son enfance dans sa « bonne vieille ville de Liège « . Voilà, pour l’essentiel, l’esprit du XVIII ème volume de ses « carnets « qui ne cessent de m’enchanter. Un délice !

Extraits :


- Je connaissais tous les habitants de la rue et mes deux premiers amis s’appelaient Armigneau et Jean Gordine qui devait hériter de son père la plus grande imprimerie de Liège. ( … ) Le jeune Horisse, blond et assez frèle, qui avait une peur bleue des chiens et dont le père était épicier place du Congrès. Ces garçons-là ont formé le premier petit cercle humain auquel j’ai appartenu. Notre jeu favori était les billes. ( …).

( … ) J’étais loin de me douter qu’un jour la rue Pasteur deviendrait rue Georges- Simenon et j’en demande bien pardon au grand Pasteur.

- (…) Il y en avait un qui m’impressionnait fort, avec son chapeau noir à large bord et sa lavallière. C’était un poète wallon qui, entre autres, écrivait chaque jour un petit billet en dialecte dans un journal de la ville et qui remplissait les fonctions de bibliothécaire à la Bibliothèque Municipale. Ainsi, non seulement il écrivait, non seulement il était poète mais il régnait sur des milliers de livres qui sentait bon le vieux papier. ( …) M. Vriends et moi sommes devenus, malgré la différence d’âges des sortes de complices. ( …) Je crois que c’est la première fois de ma vie que j’ai reçu un traitement de faveur (…)

- ( … ) Il y avait un élève qui était encore plus pauvre que moi et qui venait à pied de Beaufays, un village à six kilomètres environ de la ville. Il s’appelait Neef, mais, comme il y avait un autre Neef, fils de châtelain, qui venait en classe à cheval, suivi d’un palefrenier, on l’appelait Neef-le-pauvre par contraste à Neef-le-riche. Mon seul ami était Neef-le-pauvre, bien entendu, chez qui il m’arrivait d’aller passer quelques jours pendant les vacances (…).

- Ayant rencontré une jeune fille , Sylvie, qui recevait chaque semaine un amant, ingénieur à Anvers, je louai un petit appartement meublé boulevard de la Constitution et je l’y installai, passant parfois la nuit entière avec elle et rentrant à pas feutrés, avant que ma mère se réveille. (…)

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