" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 22 juin 2018

Georges Simenon : " La main dans la main "




Plusieurs « spécialistes » de Simenon – comme Jean Jour, Laurent Demoulin -  ont tendance à déprécier ces « Dictées ». Il me semble qu’ils ont tort (sauf le respect que je leur dois, comme dirait Brassens). En effet, elles fourmillent de renseignements sur l’homme, sur sa vie privée, sur Liège , etc., mais plus encore … Pour ma part, je les adore car elles ont le don de m’apaiser, ce qui est quelque chose. Elles sont d’une teneur hautement philosophique, sans en avoir l’air.

« La main dans la main » couvre la période qui va du 24 août au 7 novembre 1976. Simenon y parle justement du sens qu’il faut donner à ses dictées ; il nous décrit son « petit nid » sa maison en Suisse, sa vie de tous les jours ; il nous explique son amour pour la dernière compagne de sa vie : Teresa ; il s’inquiète de sa santé (l’homme est hypocondriaque) ; nous parle abondamment de ses enfants, de ses deux premières femmes,  de son enfance à Liège, etc.

Ces dictées de Simenon sont ma Bible !

Extraits :

- Ce qui veut dire que ces dictées sont avant tout égoïstes, qu’elles ne visent, chacune, qu’à me délivrer d’un phantasme. (…) Elles me débarrassent de scories qui encombrent mon cerveau et qui viennent parfois de très loin, sinon presque toujours de mon enfance.

-  Au fond de moi-même, je donnerais les deux-cents vingt romans que j’ai écrit pour mes dictées qui sont beaucoup plus chères à mon cœur, peut-être, au fond, parce qu’il s’agit de moi.

-  Je mesure un mètre soixante-douze ou plutôt un mètre soixante-dix car j’ai rétrécis.

- La fameuse pudeur Simenon. Elle est d’ailleurs résumée dans le titre de ma première dicté : Un homme comme un autre. Je ne parviens pas à me convaincre que je suis peu ou prou une exception. Et je me sens toujours un peu honteux lorsqu’on me compare à de véritables grands écrivains que j’ai admirés, souvent avec passion.


*  Il existe une histoire belge que je vais essayer de traduire, car elle est en wallon. Un homme a l’habitude d’exagérer et c’est connu de tous ses amis. Il parle d’une salle de danse dans laquelle il est allé la nuit précédente. Auparavant, connaissant son défaut, il a demandé à son ami de l’arrêter quand il va trop loin. Il le demande d’arrêter d’un seul mot : rastrains. Ce qui n’est jamais que le mot français : restreins. Il commence donc son récit de la nuit en parlant de la fameuse salle de danse.
  - Elle avait cent mètres de long.
Son ami et complice lui lance le signal convenu :
  - Rastrains !
Et celui qui racontait sa nuit se hâte d’ajouter, après les cent mètres de long :
  - Et un mètre de large.
Cette histoire illustre assez bien mon esprit. Quand les critiques parlent de cent mètres de long, je ne peux m’empêcher de me dire à moi-même :
   - Et un mètre de large !
Autrement dit, je n’arrive pas à croire aux cent mètres de long, à moins qu’ils soient corrigés par une largeur ridicule. Deux cent vingt romans … et un de large.

- Les Evangiles disent que l’homme n’est pas fait pour vivre seul. Il faut avoir une rude force de caractère pour le faire. Si je plains ceux qui en sont capables, je ne peux pas m’empêcher de les admirer.

-  (A propos de la Tour Simenon à Liège) Je n’en possède pas une seule action ni un centime de la société immobilière. Je ne dispose pas d’une seule pièce. Cela me vaut des lettres de gens me demandant si je n’ai pas la possibilité de leur y trouver un appartement.

-  Si je devais réécrire aujourd’hui « Lettre à ma mère », le livre serait probablement assez différent.

mercredi 20 juin 2018

Pierre Bellemare : " L'empreinte de la bête "




Cinquante histoires où l’animal joue un rôle de très à assez important, racontées par un grand conteur. Toutes intéressantes ( = dignes d’intérêt). J’ai tout particulièrement pointé :

- «  La bête qui valait une fortune » : que m’a donné Jane le jour de mon anniversaire ?
- «  Le corbeau du Romain » : combat singulier entre un Romain, un Gaulois et un corbeau en 360 avant J.C.
- «  Il faut sauver Pussy » : Pussy, la chatte, a-t-elle été empoisonné au corned beef ?
- « Le paradis de animaux » : Cui-Cui, le poussin sans plume et Dick le chien.
- «  Les huit pattes de la peur » : Jean-Paul Steiger, l’ami des animaux.
-  « Le retour des hirondelles » : des hirondelles sauvent tout un village.
- « Les dauphins nous aiment » : et Jack le dauphin n’a pas la mémoire courte …
- « La loutre du roi » : celle de Pologne est une vraie terreur.
- «  Les griffes du chat » : le chat Indiana et les trois sœurs californiennes.
- «  Un bien curieux cheminot » : et Glasgow le chien, Jack le babouin.
- « La grand-mère immobile » : et son chien Galopin.
- «  Un gros gibier » : ou les malheurs de François le chasseur.

Bref, de petites merveilles !

Guy Bedos : " Joyeux anniversaire ! "

mardi 19 juin 2018

Le nom wallon des étoiles





Les comètes dites « les étoiles à queue » = « steûles à cowe ou «  cawe ». Leur rareté est proverbiale et elles présagent guerre ou malheur.

Les étoiles filantes – lès mohèyès steûles (les étoiles mouchées). A Malmedy, un dicton rapporte que « lu dîh d’awout èt lès nut’ d’après, les steûles su’ mohèt » = le dix d’août et les nuits suivantes, les étoiles se mouchent. Lorsqu’on en voit une dans le ciel, il faut faire un vœu.

Vénus dite l’ «étoile du berger » = steûle dè bièrdji.

La Voie Lactée, en liégeois de Liège : pazè d’saint- Djâque = sentier de saint Jacques. A Grand-Halleux : li vôye di saint-Djâque.

La Galaxie. La légende de l’antiquité attribuait la galaxie à quelques gouttes de lait échappées du sein de Héra allaitant Héraclès. On retrouve un écho christianisé de cette poétique explication dans le terme usité à Liège : « li tête (ou li sin) d’la Vièrge ».

Les Pléiades sont un groupe de six ou sept étoiles. Nos parlers désignent cette « basse-cour céleste ». Ainsi à Gouvy-Limerlé : « li keûvresse avou sès poyons » = la poule et ses poussins. A Bovigny , « li poyette ».

Pour la petite Ourse, la dénomination « char » ou « charriot » est la plus répandue. La construction du char. En Ardenne, on dira les trois bœufs. A Limerlé : « li tchèron ». A Basse-Bodeux, on est plus biblique : « tchar d’Abraham ».

Courts extraits d’un article de vingt pages paru au premier trimestre 1948 dans la « Revue de la vie wallonne illustrée ».

dimanche 17 juin 2018

L'implantation du chemin de fer et du téléphone en Ardenne à la fin du 19 è siècle






D’un séjour au pays de Bastogne qui dura six ans, j’ai gardé le meilleur souvenir. J’y trouvai de multiples sujets d’observation : la contrée, les gens, les mœurs, le langage. Sur les grand’ routes de cette région, qui mettent fréquemment une bonne lieue entre les villages,  la marche à travers boue et poussière, selon les saisons, parait monotone. La vue est vite rassasiée de molles ondulations qui établissent une perpétuelle alternance : pâture, petite sapinière, plan de pommes de terre, taillis, champ de seigle et d’avoine. Le vaste plateau, s’étendant de Gouvy à Libramont, n’est pas très pittoresque. Contraste significatif pour les narines accoutumées aux parfums efféminés des villes. L’immensité des landes, le profond silence dont s’imprègnent les sous-bois mystérieux des sapinières et des croupes boisées, dégagent un sentiment de farouche grandeur.

Levé de bonne heure, le paysan gagne ses champs qu’il arpente derrière bœuf et charrette pendant des heures et des heures. Se taire est son habitude. Les longues journées de ce labeur silencieux en font un être taciturne, muet, presque par déformation professionnelle. L’agriculteur, parfois, « avait du mal » - comme on dit là-bas – à nouer les deux bouts. Au bon vieux temps, il n’y avait pas d’engrais artificiel. D’ailleurs, la  voie ferrée qui les propagea, ne fut établie qu’après 1870. Pouvait-on parler d’agriculture ? Hormis quelques arpents d’avoine, toute la glèbe était envahie, jusqu’à l’entrée des villages, par des genêts grands à hauteur d’homme. Le paysan trouvait ses modestes ressources dans la plantation de pommes de terre, les trucs et l’élevage des porcs, la cochonade. On ne connaissait pas de mets succulents chez ce rustre souvent repu de bouillie à la farine d’avoine. Pouvait-on parler de laiterie quand l’agriculteur trouvait à peine le moyen d’alimenter son pauvre petit bétail.

Avec l’apparition du chemin de fer, on peut songer à faire venir des engrais chimiques. Bouleversement dans la vie rurale : les landes furent défichées et cultivées ; les paysans qui, presque tous, étaient débiteurs du notaire, commencèrent à prospérer. Mais ne croyez pas que tout cela se fit sans difficultés : l’installation du chemin de fer frisa l’épopée. Tous les Ardennais n’étaient pas ralliés à l’idée de civilisation.

Quand le téléphone fit son apparition, ce fut la même histoire. Ecoutons l’un de ces Ardennais plus clairvoyant : «  Pensez qu’en cas de maladie grave, l’homme de l’art ( = le médecin) pourra se trouver plus vite à pied d’oeuvre. Lorsqu’une personne meurt, c’est une perte tout court mais si le malheur veut que c’est une bête, et bien, mon ami, c’est une perte d’argent, vous perdez l’sou ! Pour soigner une vache, l’artisse ( = le vétérinaire) ne peut jamais arriver trop tôt. Avec le téléphone, il est de suite sur place … Il n’y eut jamais de plus belle invention ! »
Et voilà comment le téléphone s’implanta en Ardenne.





Extraits d'un article de Joseph Meunier paru dans la « Revue wallonne illustrée » en août 1936, intitulé « Par les chemins d’Ardenne dans la région de Bastogne ».


vendredi 15 juin 2018

Agnès Dumont : " A qui se fier ? "




En quatrième de couverture : «  Voici le quatrième recueil d’Agnès Dumont. On y retrouve Liège et sa banlieue qui servent de décor à la plupart des nouvelles. Avec humour et tendresse, l’auteur nous parle des gens d’ici, de leurs joies, de leurs peines, de ce qu’ils disent et surtout  de ce qu’ils ne disent pas. »

Sympa !

Extraits :

- Qui s’est déjà promené avec une lampe de poche dans les recoins de son cerveau, à part moi ?

- C’est souvent moi qui paie la première tournée. J’aimerais que ce soit par générosité mais d’après mon psy, il s’agirait plutôt d’un banal besoin de reconnaissance.

- J’avais senti mon courage qui s’enfuyait par un trou invisible, sans rustine à l’horizon.

- « On va trouver une solution ». On, c’était moi bien sûr, un pronom qui m’allait comme un gant trouvé sur un banc, oublié par son proprio : indéfini, vague, sans brio.

- Henri lui racontait des blagues de blondes qui nageaient toujours au milieu de la piscine parce qu’elles étaient un peu connes sur les bords.