" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 17 juillet 2018

Jean Teulé : " Entrez dans la danse "



«  Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement et s’est répandue dans Strasbourg de telle sorte que, dans leur folie, beaucoup se mirent à danser et  ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois sans interruption jusqu’à tomber inconscients. Beaucoup sont morts. »
                                                            Chronique alsacienne, 1519.

Au début de cet étrange roman, Jean Teulé s’attachent tout particulièrement à deux couples dont Melchior ( graveur) et Enneline qui ont noyé leur enfant puisqu’ils n’avaient plus rien à lui donner à manger (même plus le lait d’Enneline). Les trop nombreux « danseurs » sont parqués dans un endroit bien précis de la ville, puis emmenés extra muros où on les tue.

Tout cela vous glace le sang, mais c’est bien le but recherché par Jean Teulé qui en a fait sa spécialité à travers ses remarquables romans.

Extrait :

-  ( à propos des indulgences plénières) Trois kreutzers pour une année en moins de purgatoire après votre mort ! Trois kreutzers, seulement. Pour cent florins, quels qu’aient été vos péchés, c’est le paradis direct ! Qui n’achète rien va en chier au moment du Jugement dernier. (…) Le pape Léon X garantit un pardon du Seigneur à ceux qui participeront financièrement à la construction de Saint-Pierre de Rome ! (…) Sans règlement d’indulgence, vous serez enterrés hors des remparts de la ville, dans une terre non bénite et donc votre résurrection sera impossible.


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Jean Teulé presente :


lundi 16 juillet 2018

Oufti ! Le Père Hubert cause de moi dans la presse très-très locale liégeoise




J’esplique. Depuis 2011, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de « Salut Maurice », le journal du quartier Sainte-Marguerite à Lîdge. Nous sommes une petite dizaine.En 2015, je fus désigné volontaire pour m’occuper du blog de ce même quartier dont certains d’entre vous connaissent l’existence via ma page facebook. C’est dans cette revue que « sévit » le Père Hubert. Avec d’autres personnes, il a donné naissance à « son » journal, il y de cela un peu plus de vingt ans. L’homme, lui, a presque septante-neuf ans et demi  là maintenant. Sa rubrique se nomme «  Les Hubertises ». Ses articles se veulent être un tantinet acerbes sur les bords (et les bords sont larges). Il va les regrouper et en faire un livre, incessamment sou peu. Or, il se fait qu’il cause de moi dans l’un ou l’autre de ses « délires ».

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1. Pour éclairer votre lanterne :

  Tovaritch Maurice, c’est donc notre journal qui égratigne quelques fois nos édiles communaux
 Willy, c’est Willy Demeyer, le bourgmess’ de Lîdge.
   Robert Ruwet est un écrivain-historien-liégeois, bien connu sur la place. Il est également mon collègue à «  Salut Maurice » et on va boire un pot à l’occasion.

Poutine

Poutine – Tes journaux, faut les coincer grave, Willy !  On m’a parlé d’un « Tovaritch Maurice ! » un peu remuant dans ta ville et qui te manque de respect. Par exemple,  des scribouilleurs comme ce Ruwet,  faut les éteindre.  Si tu veux, je te passe un flacon de polonium : deux gouttes dans sa bière et couic !
Willy -  Ruwet ne boit plus …
Poutine – Tes services secrets sont nazes, Willy.  Moi, j’ai des témoignages. Il se cache pour boire, le bougre !  Faudrait rajeunir les cadres de ta police communale.  Faut des gars plus jeunes et moins gros.  Et ce putain de Jean, tu le laisses faire ?
Willy – D’abord, c’est pas « putain », c’est « Catin ».  Et puis il n’est pas dangereux.  Il hante les bibliothèques… Il ne fait peur qu’aux vieux livres ! C’est un brave type.
Poutine – Ca n’existe pas les braves types.  Ils sont avec toi ou contre toi.  Il y a un hall d’entrée dans son building ?
Willy – Je crois que oui.
Poutine – Alors,  j’ai des spécialistes des halls d’entrée.  Ca prend dix secondes… Après, on fait une enquête et on ne trouve rien.
(…)

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2 . Pour éclairer votre lanterne :

Robert Ruwet est le même que celui déjà mentionné plus haut (des pareils, on n’en a fait qu’en un seul exemplaire, cô heureux !)
Jacques van de Weerdt est le fondateur de «  Salut Maurice » qui « commet » également un article intitulé «  le coin des aînés ». Ceux qui ont bien suivi savent maintenant qui se cache derrière le pseudo « Père Hubert ». Lui, ne veut pas que l’on divulgue qui se cache sous cette deuxième signature mais c’est un secret de polichinelle. Il n’y plus que lui qui ne sait pas que les autres savent (faut suivre, hein les mecs ..)

Martine à Liège

Bon, du comique, qu’ils disaient.  Parce que, avec les trucs philosophiques à deux balles de van de Weerdt, les sempiternelles rues à deux balles de Ruwet et les vieilles histoires à deux balles de Catin, pas sûr que les lecteurs se marrent !   Bon, ça fait 6 balles, j’ai vidé mon colt.

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3. Pour éclairer votre lanterne :

Joseph Deleuse est également un de mes collègues à « Salut Maurice ». Il est LE spécialiste de la Légia, cours d’eau qui descendait sur Liège (pour faire court).
L’hôpital Saint-Joseph va fermer en (septembre) 2019. J’y exerce un bénévolat à l’accueil depuis 2007. J’y suis également chirurgien … du cerveau à mes temps perdus.

C’est un grand navire

Ainsi en sera-t-il de St-Joseph, créé à l’origine pour soigner les mineurs accidentés, il y a cent ans, du temps où le charbonnage était l’industrie principale de notre région.  En ce temps-là, il y avait des « bonnes sœurs » avec leurs énormes voiles qui leur donnaient l’air d’hirondelles et qui gagnaient leur paradis en soignant les ouvriers... 
Mais, en 2018, plus de bonnes sœurs et plus d’hirondelles non plus !  La mondialisation et les pesticides !
Peut-être ces bâtiments finiront-ils comme les temples khmers, peu à peu envahis par la jungle ?  J’imagine Jean Catin ou Joseph Deleuse faisant visiter ces ruines à des groupes de touristes japonais : « ici, c’était la cafétéria, là, le bloc opératoire, là le présentoir des « Salut Maurice ! », attention, à gauche, un serpent ! … ».


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4. Pour éclairer votre lanterne :

Robert Ruwet a écrit (entre autres) jusqu’à ce jour plus de vingt livres qui racontent Liège que je vous recommande plus que vivement ( chez Noir Dessin, par exemple). Il a signé l’un deux « Liège en cinquante bistrots ». C’est dire s’il en connaît un bout sur la question. A côté, je ne suis qu’un amateur.

Le quartier se redresse

Les cafés.  Célébrés par Robert Ruwet et Jean Catin, ils ont des noms qui m’enchantent.  « Au bon coin », « Aux portes de Liège », « Au bienvenu », « Chez Christian », « Au Khéops ».  Et puis… et puis il y a (avait !) Wazobia !  Ah, mes amis, Wazobia, celui-là c’est le sommet. Wazobia c’est toute l’Afrique, le brame des éléphants dans la foret équatoriale, les femmes aux seins nus qui dansent en se tortillant, la nuit, autour des braseros, au son des tam-tams.  Ah, Wazobia, tu es comme une fusée qui s’envole de Ste-Marguerite vers la mystérieuse Afrique.

samedi 14 juillet 2018

vendredi 13 juillet 2018

Un exhibitionniste dans les rues de Huy en 1511





« C’était le soir du dimanche 7 décembre 1511. Après avoir bu, plus que de raison sans doute, quelques jeunes gens en vinrent à faire un ridicule pari. Pour le prix d’un demi-setier de vin, Henri le Batteux s’engagea à suivre Jean de Tavier à travers toute la ville de Huy, de la rue des Brasseurs à la porte Saint-Germain, sur l’autre rive de la Meuse, dans le plus simple appareil, avec une hallebarde sur l’épaule. Et sous les yeux ébahis, effarouchés ou rieurs des bons bourgeois, ce curieux cortège se mit en marche. Jean de Tavier traversa la veille à la façon d’un grand seigneur, suivi d’un serviteur en armes mais « tout nut à la discovert de son humanité. » Les magistrats municipaux, avertis de cette sortie peu banale, considérèrent que « c’estoit chose infalme et desplaisante à Dieu. » et punirent sévèrement nos farceurs. Henri le Batteur fut condamné à se trouver sur le marché complètement nu « sauf son humanité » cette fois, pour ne pas outrager les regards des Hutois et Hutoises et à y être battu de berges par deux « bribeurs » ; ensuite, il fut conduit jusqu’à la porte saint-Germain portant une chandelle de deux livres, puis ramené au marché pour y être lié à un piquet pendant trois heures. Quant à Jean de Tavier qui avait été « l’esmoveur » de cet excès, il fut condamné au paiement de deux voyages d’Outremer à verser entre les mains du rentier de la ville. Enfin, les gais compagnons qui avaient participé à cette aventure n’échappèrent pas à la répression et pour y avoir assisté sans avoir tenté de l’empêcher, ils furent condamnés à payer pour Noël deux livres de cire, l’une à la Collégiale et l’autre pour le luminaire de l’église Saint-Remi dont ils étaient les plaisants paroissiens. »

                                                                    R. van der Made

Un article paru dans «  La vie wallonne illustrée », au 3ème trimestre 1958.
Merci au centre de documentation de « La vie wallonne », Cour des Mineurs à Lîdge !

mardi 10 juillet 2018

La vie liégeoise au XVIII ème siècle




Panorama de Liège au XVIII è siècle


La Meuse en Avroy en 1740


Article de Carlo Bronne, paru dans la « Vie wallonne, revue illustrée » du 2 ème trimestre 1954, pp 71 à 76
Résumé.

«  Comme le ciel redevient clair après l’orage, le XVIII è siècle liégeois est tout accalmie et douceur de vivre. Le vent des révoltes est tombé, le tonnerre des combats s’est tu : pendant quatre-vingt ans, la paix va revenir, permettant à la ville d’embellir, à la bourgeoisie de s’enrichir, aux mœurs de se policer. Le nouveau prince-évêque, Jean- Clément de Bavière, est fasciné par l’éclat de Versailles. Il n’était pas favorisé par la nature. S’il faut en croire Saint-Simon, il était « fort bossu par derrière, un peu par devant mais point du tout embarrassé de sa personne ni de ses discours ». Prodigue, « un peu ratier et bouffon, il était aussi peu cérémonieux que possible ». Un jour, le premier d’avril, il avait fait annoncer qu’il prononcerait lui-même le sermon. Avec gravité, suivi de toute sa maison, il se dirigea vers la chaire, y monta et attendit que le silence fut complet. Alors, éclatant de rire, il cria : « Poisson d’avril ! » et dégringola les escaliers tandis que la musique et timbale se déchaînaient et que les fidèles se regardaient avec stupeur.
(…)
Un avocat hollandais, grand collectionneur d’estampes et d’épitaphe, s’émerveilla, dès 1705, des surprises que Liège lui réservait. Au monastère Saint-Laurent, on lui montra dans de vastes tiroirs de précieux habits pontificaux brodés d’or, de perles et de pierres, et puis des vases et des croix, des mitres, des missels. Au Collège des Jésuites Anglais ( devenu plus tard l’hôpital des Anglais), il parcourut les jardins en terrasses ornés de cadrans solaires et de statues de souverains britanniques.
(…)
Afin de dégager le Perron avaient été démolies les maisons voisines : la Folie, le Cornet, la Roulette, le Pot d’étain, la Baleine et les Trois roses. La Féronstrée fut plusieurs fois aérée par le recul de la façade de l’église St-Georges et la destruction des masures branlantes. Non loin de là, venait d’être bâti l’hôtel d’Ansembourg. Rue des Célestines, le baron de Crassier s’était fait construire une demeure assez vaste pour abriter les soixante-deux camées et les trois mille huit cents pièces de son médailler, sa galerie de peintures et sa bibliothèque qui renfermait la première Bible de Gutenberg et l’évangéliaire de Notger. Le 23 mars 1734, le feu prit soudain au Palais ; quand on put le maîtriser, il ne restait rien du portail d’entrée et de l’aile faisant face à la cathédrale. On se préoccupait d’aménager des perspectives et des promenades. Deux quais de pierre, plantés d’arbres, longeaient la Meuse au faubourg d’Avroy et au faubourg St-Léonard. On alla jusqu’à éclairer les rues - innovation sensationnelle ! – au moyen de lanternes suspendues. Non seulement les intérieurs se faisaient plus douillets mais les divertissements du dehors devenaient moins rudes.
Ce n’était pas l’avis du baron de Poellnitz, proche de Frédéric 1er de Prusse. Il dit « Les plaisirs de Liége consistent à boire. Il y a peu de société parmi les femmes et les hommes sont beaucoup au cabaret. On y a de bon vin de Bar et de Bourgogne et de la bière encore meilleure. L’un et l’autre n’étant pas bien chers, les Liégeois s’en donnent à cœur joye. Comme ils ont d’ailleurs la tête fort chaude et qu’ils sont de grands parleurs, railleurs et médisants, il arrive que leurs festins finissent comme les Comédies Italiennes. On accuse les Liégeois d’être peu sincères et on les appelle les Italiens des Pays-Bas. Ils sont ivrognes, querelleurs et vindicatifs … Ils aiment les procès et la chicane. J’avoue que de toutes les nations que j’ai pratiquées, il n’en est point pour qui j’aye moins d’estime… Je ne parle que du gros des Liégeois qui m’ont paru tels que je les dépeins. Si je leur fais tord, je leur en demande pardon. »

lundi 9 juillet 2018

Jean d'Ormesson : " Au revoir et merci "




Cet essai date de 1966. Le « jeune homme » nous parle de sa famille et de lui-même - avec des longueurs certaines, si j’ose -. Il y aborde abondamment d’autres thèmes : sa jeunesse, ses études, la recherche de l’ouverture d’une carrière - mais où ?- ; il s’attarde peu sur son épouse, son mariage, sa fille Héloïse ( un jardin secret ?) .  Et encore, sans retenue, il nous raconte : son père, nous parle de l’art, des artistes, de ses nombreux voyages, en Italie par exemple. Beaucoup de choses encore sur l’argent, l’amour, Dieu, … et , pour terminer : l’univers.

Il reste, comme toujours chez Jean d’O, des pépites, de petites perles.

Extraits :

- Vieillir est, jusqu’à ce jour, et pour un bon bout de temps j’imagine, le seul moyen de ne pas mourir.

- La philosophie, pour reprendre la formule de Renan est « la plus ennuyeuse des sciences inexactes ».

- Et dans les instants de découragement qui faisaient précisément partie de ce tempérament de nerveux et qui succédaient trop souvent des exaltations illusoires (François-Régis Bastide et beaucoup d’autres devaient reconnaître plus tard dans ce caractère sinusoïdal, en dépit de mon scepticisme, le type même des Gémaux), je me répétais, au fond des larmes que, parmi tant d’autres, je n’étais presque rien.

-  Un patron me définit aimablement, mais non sans justesse, comme un « intellectuel de nursery ».

-  « Comment va votre confrère Untel ? » - « Oh ! à moitié gâteux » - « Ah ! il va mieux ! »

-   Fauchés, ils demandaient à un chauffeur de taxi stupéfait : «  Donnez- nous-en pour trente-sept francs dans la direction de Saint-Séverin ».

-  Ecrire, en tout cas, ce n’est pas pour soi, comme le prétendent les menteurs et les benêts, écrire c’est pour les autres, c’est être jugé, c’est se précipiter au-devant des jugements de lecteurs, des critiques, dans les meilleurs des cas pour la postérité.

- On raconte que sur le mur d’une école, tracé à la craie, s’étalait le faire-part classique : « Dieu est mort ! signé : Nietzsche », et qu’une main pieuse ou prudente ou simplement soucieuse d’équilibre avait barré l’inscription et avait écrit au-dessous : «  Nietzsche est mort ! signé Dieu ».

- Allons ! encore un effort. Encore quelques petites choses ridicules et sublimes pour les plaisirs de Dieu dans ce monde inutile. Et puis au revoir et merci. Monde inutile, ridicule, sublime. Toute ma vie, jusqu’à la mort, je me demanderai quoi faire. Quoi faire ? Voilà, je me suis présenté. Un certain appétit pour la gloire, à défaut pour la publicité, ni beau ni laid, bonnes études, bonne santé, plus d’argent que la moyenne, vie sexuelle normale, toujours bourgeois, trente-huit ans. Salut et fraternité. Allez, au revoir – et encore merci.